Chapitre 67

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Prise à notre conversation, nous n'avons même pas entendu Eddy ouvrir et j'en conclus qu'il a les clefs de chez ma meilleure amie.

Moi : Je vais peut-être vous laisser...

Eva : Non, reste bichette, s'il te plait.

Elle se lève et attrape ma main dans la sienne. Je lui souris et hoche la tête. Eva se tourne vers Eddy, le visage dur. Je sais qu'elle est passée en mode défensive pour se protéger.

Eva : T'as oublié quelque chose. Faut dire t'as filé tellement vite que ce serait pas étonnant. Non, je sais, tu es venu récupérer les affaires que t'as laissées ici.

Eddy : Tu m'en veux et je peux le comprendre. J'aurais pas dû partir comme ça, mais qu'est-ce que tu veux que je te dise. J'ai merdé et je te demande pardon, mais je flippe. Putain Eva, je suis encore étudiant ! Même si je passe plus de temps ici que là-bas, je vis dans une colocation avec trois gamins attardés ! J'ai pas une thune ! Comment je vais pouvoir faire en sorte que vous ne manquiez de rien toi et le bébé ?

Eva : Je m'en fous carrément de tout ça ! En plus, t'aura fini tes études quand le bébé naitra et puis on peut très bien vivre ici ! Mais pour moi, tout ça, ce sont des prétextes à la con ! Avoue plutôt que tu as réalisé que tu ne m'aimais pas autant que ça et voilà !

Eddy : Pure connerie ! Je t'interdis de remettre mon amour pour toi en cause ! Je t'aime comme je n'ai jamais aimé personne et comme je n'aimerais plus jamais personne ! Tu es drôle, magnifique, gentille, douce, carrément sexy... Tu me complètes, tu es mon autre moitié, mais...

Eva : Mais rien du tout, moi tout ce dont j'ai besoin là, c'est de ton amour justement...

Eddy se précipite vers elle et l'embrasse à pleine bouche. Pour répondre à son étreinte, Eva lâche ma main. Je suppose que ma présence n'est plus nécessaire. Discrètement, je quitte l'appartement de ma meilleure amie en fermant derrière moi. Avec leur discussion passionnée, Eddy l'avait laissé grande ouverte, mais je pense que pour ce qui va suivre, il vaut mieux qu'elle soit close.

Tout s'arrange, j'en étais sûre. Dans la rue, je hèle un taxi et rentre chez moi. Sur le chemin qui me ramène, nous passons devant le cimetière. Je demande au chauffeur de s'arrêter. Surpris par le changement de programme, il ne fait néanmoins aucun commentaire.

Je rejoins la tombe de ma mère et comme à chaque fois, j'ai un étau qui me serre le cœur. Elle est partie bien trop tôt. Je sais que je pourrais compter sur Marion pour me donner des conseils avec le bébé et aussi pour réussir mon mariage, mais c'est pas exactement la même chose. Je m'assieds face à la pierre tombale en silence. Il y a tant de choses que je voudrais lui et en même temps. À chaque fois que je fais un monologue à une pierre, je me sens ridicule. Alors, à la place, je ferme les yeux et essaie de me rappeler de nos moments ensemble.

Je me souviens d'une nuit, il y avait eu un orage énorme. Je n'ai jamais aimé ça, mais cette nuit-là, ça m'avait réveillé en sursaut et en pleurs, j'avais couru dans la chambre de mes parents. En me portant dans ses bras, maman m'avait reconduite dans ma chambre. Elle m'avait que ce n'était pas grave d'avoir peur. Puis, elle m'avait dit que c'étaient les anges qui jouaient au bowling dans les nuages. Que parfois, ils étaient maladroits et la boule cassait les lumières, ce qui provoquait les éclairs et que le bruit du tonnerre, c'était quand toutes les quilles tombaient.

Je me souviens l'avoir regardée dubitative et elle avait éclaté de rire. Son rire était si doux... Puis, elle m'avait expliqué la cause des orages. Pas évident pour une enfant de 5 ans, mais elle avait réussi à me rassurer et surtout, elle m'avait doucement caressée les cheveux jusqu'à ce que je me rendorme. C'était une très bonne maman, j'espère que je le serai aussi... Je souffle et sèche mes yeux et rentre chez moi, pour de bon cette fois.

Je serai pilote de courseOù les histoires vivent. Découvrez maintenant