La terre semblait gémir sous le poids des événements, tandis que je m’enfuyais avec mon fils. La cacophonie des hurlements, la lueur des éclats rougeoyants dans le ciel, tout indiquait que notre réalité s'effilochait, laissant place à une toile apocalyptique.
Je maintenais fermement le morceau de bois entre mes doigts crispés. Cet artéfact donnait la réponse à tout ce que je refusais d’admettre. Il était devenu le point focal de mes angoisses. Je ne pouvais m’empêcher de le scruter avec inquiétude.
Arthur semblait me questionner du regard, mais aucun son ne traversa ses lèvres et me suivit. Je n’ai pas tous les détails de sa captivité, mais c’était un petit garçon jovial et curieux, qui n’était plus que l’ombre de lui-même. Je ne veux pas qu’il souffre plus de la situation, je dois trouver un endroit où il sera en sécurité.
Je pris une profonde inspiration, tentant de rassembler mes forces, pour courir, encore, et l’emmener le plus loin possible, n’importe où. Il ne chercha pas à comprendre et se mit à me suivre. Que dois-je faire ? Nous ne pourrons pas fuir éternellement. Le basculement ne fonctionnera pas, quelques jours tout au plus et tout recommencera. Arthur ne doit pas revivre ces horreurs, il n’a que 11 ans.
Et eux, ils se souviennent. Est-ce une preuve de la validité de ma théorie ou juste un biais de confirmation ? Ce stupide bout de bois, je voudrais tant qu’il ne soit pas réel.
Les ruelles étroites offraient un refuge momentané, un porche délabré nous accueillit alors que nous étions à bout de souffle. Si tout est vrai, alors il ne sert à rien de cavaler au hasard en attendant la fin du monde. Je sortis une carte virtuelle indiquant la position des portes en temps réel d’après mes simulations théoriques. Mais la réalité n’a pas suivi ce schéma et ces portes volent en éclats ou ne vont pas tarder à le faire. Je dois vérifier si les explosions sont aléatoires, et quelles portes tiennent encore le coup. Il faut que j’aille à mon bureau. Tout le monde cherche à fuir sans savoir vers où se diriger, personne ne se posera de question.
En traversant la ville en décomposition, nos pas résonnaient sur le goudron devenu liquide par endroits, évitant d’écraser les dépouilles calcinées qui jonchaient le sol. Mais cette partie de la ville subissait une étrange quiétude, alors qu’elle devrait être assaillie de toutes parts par des abominations de la nature. N’y a t-il donc plus rien à détruire ici ?
Je poussais alors une porte dérobée du seul endroit sur Terre, qui pourrait donner des réponses, évitant tous les dispositifs de sécurité encore fonctionnels, serrant fermement la main d’Arthur dans la mienne. Mon bureau était encore plus calme, seul le tic-tac régulier et incessant de la pendule brisait le silence. Arthur se figea instantanément. Je n’avais pas pensé que ça pourrait le bouleverser autant. Mais la vue de cette porte le paralysa, laissant de douloureux souvenirs ressurgir. Cette porte qui l’avait transporté, enfermé dans un cachot précaire, avec à peine assez pour survivre, pendant près de 5 ans. Cette porte qui avait détruit en lui toute son innocence d’enfant. Quand je l’ai retrouvé, ils l'insultaient, l’assommaient de questions, l'accusaient de crimes ignobles, tandis que eux, lui infligeaient des tortures à longueur de journée, impitoyablement. Mes poings se serrèrent à cette pensée. Ils n’avaient pas le droit de lui faire ça. Pas à mon petit garçon.
Mais j’avais au moins des réponses à mes questions, et puis je l'avais retrouvé, c’est l’essentiel. Je replaçai mon siège entre lui et la porte, lui bloquant la vue, et me replongea à l’étude de ces portes et leur placement dans l’espace. La solution était devant moi, mais je refuse de l’accepter, il doit y avoir une alternative.
“Docteur Maxwell, vous êtes là ?” Le docteur Galilei fit irruption dans mon bureau, elle semblait ébranlée par la situation, “Je suis désolée, je n’aurais pas dû mettre votre parole en doute.”
“ Vous avez agi selon les informations que vous aviez, vous n’êtes pas à blâmer.“
- “Je pensez que vous aviez perdu la tête, que vous vous inventiez des histoires pour adoucir votre conscience.”
- “Quelles que soient mes raisons, j’ai fait ce que j’ai fait, et je ne regrette absolument pas” je regardais Arthur qui attendait patiemment à mes côtés. “Allez-y, vous pouvez le dire, je suis la pire des ordures, j’ai laissé la moitié de la population se faire attaquer, quand à l’autre moitié, c’est comme si je l’avais moi-même tuée.”
Les lumières des lampadaires projetaient des ombres à travers la pièce, créant un spectacle silencieux tandis que je regardais le docteur Galilei qui n’osait pas me répondre.
La vérité crue, exprimée à voix haute, avait un drôle d’effet. Si je veux que mon fils puisse grandir sereinement, je dois prendre mes responsabilités. Cette solution n’est pas parfaite, mais c’est la seule que je connaisse.
Je me tournai vers Arthur, je veux qu’il me regarde : "Il faut que tu me fasses confiance, d’accord ? Je vais trouver une solution, tu n’auras plus rien à craindre. Je te le promets."
Puis vers mon adjointe : “Occupez vous de lui quelques instants, vous voulez bien ?”
Je n’ai pas envie d’attendre plus longtemps, sinon je vais le regretter et ne rien faire du tout. Alors, je tourne les talons et m’enfuis, une fois de plus.
“Vous voulez peut-être que je vous plaigne ? Oui, vous êtes un monstre, et je vous le dis avec tout le respect que j’ai pour vous. Et vous n’en êtes pas moi inhumain.”
“Je sais.” Je m’éloignais aussi vite que possible.
VOUS LISEZ
Dédale
Mystery / ThrillerQue feriez-vous si les portes s'ouvraient devant vous, dévoilant des mondes imprévisibles et dangereux ? Bienvenue dans l'univers créé par le docteur Henri Maxwell, un savant fou aux idées sinistres. Ce monde où chaque porte est une menace crachant...
