William
Qu’ai-je fait ? Est-ce que je viens réellement de pousser Maxwell à travers la porte ? Je cherche un signe tangible, un indice concret qui me prouverait ce qui c’est vraiment passer. Mais il n’y a rien d’autre qu’un monde en désolation. Absolument rien. Pas même le couteau fournis par le laboratoire. Mes mains tremblent. L’ai-je donc vraiment fait ? Je viens de le poignarder et de l’envoyer dans un autre monde, le condamnant définitivement. Cette pensée me glace le sang, mais le paysage mort autour de moi ne laisse aucune place au doute.
Je n’ai pas le temps de penser à ce qui vient de se passer, le monde autour de moi commence à se plier, se tordre, disparaître et se recréer en même temps, dans un jeu d’ombres et de lumières. En faisant traverser la porte à Maxwell, l’équilibre a été rétabli, il s’agirait donc du basculement inverse. Je sens comme des forces de traction me tirer vers l’horizon, puis me jeter au sol par une gravité surpuissante, avant de me soulever, m’arrachant à la réalité. Le paysage se déforme, ce qu’il restait des rues et des bâtiments se désagrègent, les débris semblent défier le cours du temps avec des trajectoires improbables, le ciel lui-même se déchire en lambeaux. La panique, l’impuissance, la peur, les regrets, toutes ces émotions me tenaillent, me brisent et détruisent bien plus que ne pourrait le faire la douleur, me broyant de l’intérieur. Des cris résonnent dans les rues dévastées, ceux de ces bêtes, de mes voisins, de ma famille, de mes amis et de tous ces inconnus encore en vie, un écho terrifiant de la tragédie qui nous entoure. J’entends des claquements, je vois des couleurs dont je n’avais pas conscience, je ressens des émotions qui n’existent pas. Un vent glacial mord ma peau alors que l’horizon se déchire devant moi, mes muscles se contractent dans un effort désespéré pour rester ancrés dans la réalité qui s'effondre. Nous sommes aspirés, je ne sais pas par quoi, je ne sais pas vers où. Aspirés dans une abîme sans fond, incapable de savoir s’il s’agit d’une simple illusion. L’air autour de moi disparaît, j’ai dû mal à respirer, je n’arrive plus à prononcer le moindre son, ma tête bourdonne, je me sens suffoquer, emporter dans une tempête incontrôlable. Le chaos environnant se mue en un maelström de débris et de poussière, frappant les vestiges d'un monde effondré.
Puis tout s’apaise, d’un seul coup. Le silence. Un silence pesant, qui questionne sur l'étrangeté de notre réalité. Ça y est, nous sommes rentrés ? Je regarde autour de moi, sans avoir la force de me relever complètement, et je les vois. Tous ces innocents au regard hébété, ne réalisant pas ce qui vient de se passer. Mais ils sont là, et vivants. Et en me relevant péniblement, j’aperçois aussi la ville détruite, la tristesse imprimée sur les visages, cette souffrance perfide qui nous ronge de l'intérieur. Puis j’entends leurs sanglots étouffés et leurs appels désespérés. Nous ne sommes pas tous revenus. Alexandre, et tous les autres disparus ne reviendront pas. Les cadavres qui jonchaient les rues, eux aussi, sont toujours là. Les monstres, les portes, Maxwell ne sont plus que des souvenirs. Les disparus ne reviendront pas, les morts resteront morts, et notre monde est condamné à l'oubli.
Maxwell, son visage tordu par la peur, la confusion et la douleur alors qu’il est englouti par un éclat aveuglant de lumière, s’évanouissant dans le néant. Cette image-là, elle s’est profondément ancrée dans ma mémoire, et je ne crois pas que quoi que ce soit pourra l’en déloger. Elle s’est incrustée dans ma conscience comme une épine empoisonnée. Mais je ne suis pas certain qu’il s'agisse de remords, il n'aurait jamais franchi cette porte, et personne ne devait plus mourir par sa faute, ça avait assez duré. Et puis, c’est comme les autres. S’il rentre dans son monde, alors c’est comme s’il n’avait jamais existé dans celui-là. Est-on véritablement coupable d'un crime si la victime n'a jamais existé ?
Si tout est réellement fini, alors pourquoi est-ce que je ne me sens pas libéré de ces portes ? J’en viens à me demander si je ne regrette pas le moment où je ne me souvenais plus, au moins, j’étais heureux et j’arrivais à sourire, c’était factice , mais je ne me sentais pas aussi mal. Est-ce que tous ces sacrifices étaient nécessaires ?
Nous sommes vivants. Des survivants au visage marqué par la douleur et le deuil. Des témoins muets des ravages causés par les machinations de Maxwell.
Mais pour moi, il n'y a pas de soulagement, pas de répit de la douleur qui me déchire le cœur. Je m'effondre à genoux sur les débris brisés de notre ancienne vie, mes larmes mêlées à la poussière et aux cendres qui jonchent le sol. J'ai fait ce que j'ai cru être juste, mais à quel prix ? Je me sens submergé par une overdose d’émotions, alors que je réalise que rien ne sera jamais plus comme avant.
Et la dernière chose que j’entends, c’est le rire joyeux d’un enfant innocent, qui a enfin le droit de vivre, un échos d’espoir. Et je m’écroule.
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Dédale
Mystère / ThrillerQue feriez-vous si les portes s'ouvraient devant vous, dévoilant des mondes imprévisibles et dangereux ? Bienvenue dans l'univers créé par le docteur Henri Maxwell, un savant fou aux idées sinistres. Ce monde où chaque porte est une menace crachant...
