L'immense sourire de Thomas en FaceTime m'angoisse. Il a toujours l'air bien trop heureux de me voir. Il suinte la bienveillance. C'est une machine à culpabilité.
-Alors comme ça, maintenant tu me ghostes ?
Il a prononcé cette phrase sur le ton de la plaisanterie, mais je peux difficilement m'empêcher de le prendre autrement que comme un reproche. Il faut pourtant à tout prix que j'évite de montrer le moindre signe qui puisse trahir mon état d'anxiété.
-J'étais avec mes parents quand j'ai reçu tes message, et à chaque fois que je sors mon téléphone ils font une crise de nerf.
-C'est marrant, parce qu'à chaque fois que tu m'en parles, j'ai l'impression que c'est les pires parents de l'univers. Alors que quand je suis là ils sont adorables.
-C'est parce qu'ils sont absolument fans de toi. Peut-être qu'ils sont misogynes aussi je sais pas. C'est probablement du sexisme.
Il rit et ça me rappelle à quel point il est facile de le faire rire. Ça fait partie des choses qui m'ont plue chez lui. Qui m'ont poussée à accepter de sortir avec lui. Parler avec Thomas, c'est comme socialiser en mode facile. L'amour le rend hyper réceptif à la moindre de mes blagues, elle lui donne l'illusion que toutes mes pensées sont profondes et que tous mes sentiments sont valides. C'est presque de la vénération. Ça me plaisait à l'époque, et ça me plairait sans doute toujours si je n'avais pas passé la nuit dernière avec une fille.
-Mais donc j'en déduis que ça ne s'améliore pas avec eux ?
-Un peu. Ça se stabilise à un état médiocre, disons. Et toi, comment ça se passe avec tes potes ?
-Très bien. On est allés courir ce matin dans la nature, c'était hyper beau. Là je viens de rentrer, je t'avoue que je un peu claqué. On est sortis dans un club hier soir, j'espère que tu toléreras cette prise de risque. Lucas a essayé de séduire une dizaine de filles, sans succès.
-Et je ne doute pas que toi aussi.
-Bien-sûr, tu me connais. J'ai dragué toutes les meufs que j'ai pu.
-Avec énormément de succès par contre, forcément.
Il rougit en souriant. Il est mignon malgré tout. C'est insupportable.
-Forcément. C'était une nuit très agitée mais je me suis dis que tu me pardonnerais.
-Je vais y réfléchir.
-Et toi, pas de surfeur stylé sur la Côte d'Azur pour faire chavirer ton coeur ?
-Étant donné qu'on est en haut d'une falaise, c'est assez difficile de surfer. Dans la piscine, à la rigueur. Mais ça doit pas être pratique. Je suis pas sûre de pouvoir tomber amoureuse d'un surfeur de piscine.
-Ouf ! Rassuré de me savoir à l'abris.
-Par contre je me suis faite draguer par un ado de 15 ans. Très beau gosse. J'ai failli céder.
-Qu'est-ce qui t'as retenu ? La peur de finir en prison ?
-Ça et puis le fait que c'était un petit con. D'ailleurs il est encore à la piscine, tous les jours j'ai peur de croiser son regard, j'ose même plus sortir. Mais bon, je l'ai viré devant le barman qui m'a traitée de féministe et de chieuse.
-Si toi t'es féministe, qu'est-ce qui se passera quand il rencontrera de vraies militantes ?
-Le "féministe" ça te fait réagir mais pas le "chieuse" ?
Il éclate de rire.
-En vrai, de loin, quand on te connait pas, on pourrait...
-Attention à ce que tu vas dire !
-Non mais disons que tu as une certaine tendance au passif agressif avec les inconnus... ça fait ton charme bien évidemment.
-Trop aimable.
Un silence s'installe. Pour l'instant, je me débrouille plutôt bien. On a ironisé sur nos tromperies mutuelles, le sujet est probablement clos. Si je ne fais pas de faux pas, je devrais m'en tirer sans problème.
-T'as réfléchi au voyage que je t'ai proposé, juste tous les deux ?
Non. J'avais complètement zappé qu'il voulait m'inviter dans sa pseudo lune-de-miel.
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Bain de minuit
Romance[romance lesbienne] En vacances avec ses parents, Jade s'ennuie profondément. Après une énième dispute, elle se réfugie à la piscine de l'hôtel où elle rencontre Lou. Petit à petit, Jade ne passe plus ses journées qu'à attendre les prochaines retrou...
