Chapitre 4

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Les pneus crissent contre l'asphalte détrempé alors que j'accélère, mes doigts crispés sur le volant. Chaque respiration de Safia est une agonie, chaque seconde un rappel de notre fragilité. Elle est à mes côtés, haletante, le visage pâle, les sourcils froncés sous l'effet de la douleur. Ses mains tremblent légèrement sur son ventre gonflé, et je sais que quelque chose ne va pas.

« Emilio... ça fait mal, » murmure-t-elle, la voix brisée, et chaque mot est comme une lame traversant mon cœur.

« On y est presque, Safia. Tiens bon, s'il te plaît, » je souffle, bien que je me sente impuissant. L'angoisse me tord l'estomac. Cette situation échappe à mon contrôle, et je ne supporte pas ça. J'accélère encore, ignorant les feux rouges, les voitures qui klaxonnent autour de nous. Rien d'autre ne compte que d'arriver à cet hôpital à temps.

Chaque minute semble une éternité. Les contractions de Safia sont de plus en plus rapprochées, et sa respiration devient erratique. Ses mains agrippent fermement son ventre, son visage se tordant de douleur. Ses cris, étouffés mais chargés d'une détresse palpable, résonnent dans la voiture. Mon cœur bat à tout rompre.

Je jette des coups d'œil fréquents dans sa direction, incapable de masquer la peur qui me ronge. Son état se détériore rapidement. J'ai l'impression de voir la vie glisser entre mes doigts, impuissant.

« Emilio... quelque chose ne va pas. Je... je le sens. »

Ses mots sont comme un coup de poing dans l'estomac. Mon regard se fige sur elle, luttant pour ne pas laisser la panique me submerger. « Non, Safia, ne dis pas ça. On va y arriver. Tu vas y arriver. Il va y arriver. »

Mais même en disant ces mots, je ne suis plus sûr de rien.

Finalement, l'hôpital apparaît au loin, une lumière froide et stérile se détachant dans la nuit. Je m'engouffre dans le parking des urgences, ne prenant même pas la peine de garer la voiture correctement. Je coupe le moteur, sors précipitamment, puis fais le tour pour aider Safia à sortir.

Ses jambes vacillent sous elle, et je la soutiens de mon mieux, sentant sa faiblesse me transpercer. Elle est habituellement si forte, mais là... là, je sens une fragilité qui me fait mal. Son souffle est court, ses paupières papillotent, et je lutte pour la garder consciente.

Un médecin s'approche rapidement avec une équipe, et Safia est immédiatement prise en charge, allongée sur une civière. « Contractions rapprochées, probable détresse fœtale, » annonce l'infirmière en vérifiant ses constantes. J'entends ces mots, mais c'est comme un coup sourd à mes oreilles. Détresse fœtale. Les battements de mon cœur résonnent dans ma tête, et je suis soudain envahi par la peur la plus primaire.

Je serre la main de Safia, refusant de la lâcher. Elle me regarde, son regard brouillé de douleur, mais aussi de quelque chose de plus profond. Une peur qui nous lie, qui transcende tout ce que nous avons vécu.

« Monsieur, nous devons l'emmener en salle d'accouchement immédiatement. »

Je hoche la tête, bien que je me sente terriblement seul. « Je viens avec vous. Je... je ne la laisse pas. »

Nous traversons les couloirs à une vitesse folle, tout se mélange autour de moi. Les lumières blanches, les bips des machines, les voix médicales. Je suis dans un cauchemar éveillé, essayant de comprendre ce qui est en train de se passer.

Nous arrivons dans la salle d'accouchement, et je me tiens à côté de Safia, lui tenant toujours la main. Le médecin s'affaire autour d'elle, une expression grave sur le visage. « Nous devons vérifier l'état du bébé immédiatement. »

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