Chapitre 53

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L'année XX27 a commencé et Dilara arrive à son terme. La femme a le ventre bien arrondi et elle fait les cents pas dans sa chambre en ayant une douleur au dos. Son emprisonnement a vieilli prématurément la jeune femme. Ses traits se sont tendus. Son teint est devenu plus pâle. Elle a également maigri malgré sa grossesse.

Tous les jours, Fatma Hatun était sa seule visite et la seule personne qui lui adressait la parole. Les sage-femmes qui venaient l'ausculter avait interdiction de lui parler.

Mais cette fin de grossesse rappelle également à Dilara que sa vie arrive à son terme. Elle le sait. Dès que son enfant viendra au monde, elle sera exécutée. Dilara n'a aucune idée de qui s'occupera de son bébé. La Valide Sultane ? Leyla Sultane ?

Elle espère simplement que son enfant ne sera pas laissé à une nourrice.

Dilara regarde par sa fenêtre avec nostalgie. Elle se demande ce qu'aurait été sa vie si elle avait été moins pressée. Si son plan avait fonctionné différemment. Dilara n'est pas prêteuse et elle voulait le Sultan et le pouvoir pour elle seule.

Peut-être aurait-il fallu se débarrasser de Safir Sultane en premier ? La jeune femme sait que la Sultane ne rejoint plus le Sultan dans sa chambre. Elle sait que Leyla en a l'unique possession.

Dilara a mal joué la partie et elle a perdu. Échec et mat.

La jeune femme s'assoit sur son siège qu'elle a réussi à agrémenter de coussins puis continue de fixer l'horizon. Sa main se pose machinalement sur son ventre. Dilara a essayé de ne pas éprouver de sentiments pour l'enfant à naître car elle sait que celui-ci n'aura même pas le temps d'ouvrir ses yeux avant de lui être enlevé. Malgré cela, son coeur tente de la faire souffrir.

Dans ses moments de solitude, elle s'imagine son visage. Héritera-t-il de ses yeux bleus ? Dilara ne le saura jamais. Elle ne peut que se l'imaginer.

La porte s'ouvre et Fatma Hatun arrive avec son repas. Elle le pose sur la petite table en bois et approche le tout du fauteuil de Dilara. La jeune femme la remercie poliment puis commence à manger. Ces derniers jours, Dilara ne sait plus de quoi discuter. Son moral est assez bas à l'idée de sa mort.

Fatma Hatun la regarde manger sans rien dire. Intérieurement, la vieille Kalfa éprouve de la pitié pour cette femme qui s'est faite engloutir par le palais. Elle n'a pas le droit de lui dire qui s'occupera de son enfant.

La jeune femme termine son plat mais entame que peu son dessert.

– Dilara il faut manger, lui demande Fatma Hatun.

Je n'ai plus faim Fatma Hatun, lui répond la femme en se tenant le ventre.

Une grimace perle sur son visage tiré et Fatma Hatun arque un sourcil :

– Tout va bien ?

Depuis quelques heures, Dilara ressent des contractions. Mais elle refuse de se l'avouer.

– Ce n'est rien, juste le bébé qui donne des coups.

Fatma Hatun hoche la tête puis attrape le plateau pour quitter la pièce.

Alors que la porte allait se refermer, Dilara pousse un cri en se tenant le ventre. Fatma Hatun confie le plateau à un Agha avant de demander au deuxième d'aller chercher la sage-femme. Elle sait que la jeune femme a commencé le travail.

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