Hatice est en train de lire un livre de poésie lorsque Bayezid la rejoint dans la bibliothèque du palais. La jeune fille lui sourit chaleureusement tandis qu'il s'assoit sur un fauteuil en velours rouge en face d'elle. La pièce a une inspiration britannique mais conserve un charme oriental. De grandes étagères en bois contiennent de nombreux livres et des guéridons sont disposés à des endroits stratégiques. Des voilages en soie partent du haut d'une étagère à une autre pour créer un endroit magique et reposant. Le Sultan Mehmet est un grand admirateur de lecture. Refaire cette bibliothèque, qui était un endroit sobre et sans âme à son couronnement, a été l'un de ses premiers projet de rénovation.
Des concubines se tiennent près de la jeune Sultane et s'incline devant le Shezade. Bayezid les regarde à peine et zyeute la couverture du livre de Hatice.
– Ce sont des poèmes écrits par le Sultan Suleyman, lui explique-t-elle, à destination de la Sultane Hurrem. Je ne comprends pas toutes les références mais je trouve son écriture jolie.
Bayezid hoche la tête. Il a déjà entendu parler de cette Sultane mais il ne connaît pas toute son histoire. Il sait juste que c'était le grand amour du Sultan et qu'elle était originaire d'un endroit proche de la terre natale de sa mère.
– Tu n'es pas avec les garçons en train de t'entraîner à l'épée ? L'interroge la jeune fille après un moment de silence.
– Non, je n'avais pas envie ce matin.
Hatice ne relève pas mais le regarde par dessus son livre. Bayezid sait qu'elle est en train de l'analyser. Hatice a toujours été forte pour analyser les autres et comprendre ce qu'ils ressentent. Sa sœur Haya est un peu pareille. Mais Bayezid a plus d'affinité avec Hatice tout de même.
– Murat ne t'en veut pas tu sais, lâche Hatice sans prévenir, il faut que tu arrêtes de culpabiliser pour cette histoire.
Bien que les faits remontent au mois dernier, Bayezid s'en veut toujours d'avoir mis son frère en danger. Il baisse les yeux face aux remarques de sa sœur.
– Je sais bien. Mais en tant que grand frère j'ai failli à mon devoir.
Hatice soupire face à cette analyse de la part de son frère.
– Les garçons et le sens du devoir... marmonne-t-elle.
Bayezid arque un sourcil sans comprendre le sarcasme de sa sœur.
– Je suis un homme Hatice, mon devoir c'est de vous protéger, pas de vous mettre en danger.
La jeune fille ferme son livre d'un coup, faisant sursauter son frère, avant de le poser sur le guéridon cuivré à côté d'elle.
– Et bien si tel est ton devoir, arrête d'éviter Murat.
Bayezid se rend compte que sa culpabilité lui a fait éviter son frère.
– Tu as raison Hatice, admet-il en se levant. Je vais aller le voir.
Hatice lui sourit.
– J'ai toujours raison, approuve-t-elle avec un clin d'œil.
Bayezid quitte la pièce en la saluant et la jeune fille reprend sa lecture.
Ibrahim Pasha, Hassan Bey et d'autres vizirs sont présents pour le conseil du jour. Mehmet est assis à son trône et écoute des vizirs avec attention. Ils sont en train de l'informer qu'un groupe de rebelle se rapproche du palais depuis ce qui s'est passé lors de la chasse. Mehmet apprend que le groupuscule qu'ils ont éliminé le mois dernier n'est qu'en fait un morceau d'une plus grande organisation. Les vizirs sont en train de proposer différentes approches pour éliminer ce groupe.
Mehmet se tourne alors vers son Grand Vizir. Ibrahim Pasha approche des soixante-dix ans et commence à montrer des signes de vieillesse. Ses cheveux à l'origine noirs sont devenus blancs comme sa barbe.
– Ibrahim Pasha, comment pensez vous qu'il faudrait intervenir ?
Le Grand Vizir réfléchit un instant en se frottant sa longue barbe avec une main distraite.
– Je pense, votre Majesté, qu'il faudrait renforcer la sécurité du palais et des portes de la ville pour empêcher les rebelles d'entrer.
Mehmet approuve d'un hochement de tête puis Hassan Bey se permet d'intervenir à son tour :
– Je pourrais prendre quelques hommes et aller espionner...
Mehmet se tourne vers son bras droit et ami.
– Oui, prends trois hommes avec toi Hassan. Tu nous feras part de vos observation au futur conseil.
Hassan Bey s'incline devant son Sultan puis quitte la pièce sans tarder. Mehmet se lève à son tour et annonce la fin du conseil.
Les Vizirs s'inclinent devant lui tandis qu'il quitte la pièce. Il prend le chemin du Harem et se dirige vers la chambre de sa mère. La Sultane Samira est toujours de bons conseils.
Mehmet entre dans la chambre de sa mère et celle-ci l'accueille avec un sourire. Mehmet la salue en lui embrassant la main comme il le fait à chaque fois. La Sultane est vêtue d'une robe opaline parsemée de différents brillants. Un diadème assorti épouse majestueusement sa tête et sa chevelure striée noir-argenté. Ses yeux ambrés brillent en voyant son fils et Mehmet discerne de petites rides à la commissure de ses yeux.
– Valide, la salue-t-il chaleureusement.
– Mon fils, lui répond-t-elle en souriant.
Mehmet se dirige sur le balcon avec elle et voit ses deux aînés en train de s'entraîner à l'épée. Bayezid a une technique parfaite. Il est fort et robuste. Murat est plus filiforme mais rapide.
– Cela fait plaisir de les revoir ensemble, observe Samira d'une voix douce. Depuis votre retour, Bayezid était un peu en retrait.
– Je l'avais remarqué aussi, répond Mehmet sans quitter ses fils des yeux.
– C'est important que tu lui montres que tu es là pour lui Mehmet, lui rappelle Samira. C'est ton premier fils donc ton héritier techniquement.
Mehmet ne relève pas la fin de sa phrase et se contente de rebondir sur le début :
– C'est ce que je fais Valide, ne t'inquiètes pas.
Samira hoche la tête.
– D'ailleurs, l'heure serait peut-être venue que Bayezid ait sa chambre personnelle. Il va bientôt avoir douze ans.
– Oui tu as raison, convient le Sultan, je parlerai avec Safir.
Samira se rapproche de lui avant de continuer :
– Je pourrais l'aider à organiser cela.
Mehmet accepte d'un geste de la main puis se tourne vers sa mère. Il commence à lui parler de la menace rebelle qui grossit doucement à l'extérieur d'Istanbul. La Sultane l'écoute en fronçant les sourcils puis approuvent les mesures prises par son fils.
– Ces traîtres ne s'approcheront pas de nous Valide, l'assure Mehmet d'une voix convaincue.
La Valide hoche la tête puis prend néanmoins une voix inquiète :
– On ne peut jamais prévoir ce qui arrivera, mon fils. J'espère juste que si le Seigneur nous met face à cette épreuve, il ne nous abandonnera pas pour autant.
Mehmet ne répond rien puis prend la main de sa mère avant de la baiser et de quitter la pièce.
Aux portes de la ville, une rébellion se propage lentement, telle un poison. Les hommes du Sultan sont arrivés trop tard. Ils ne trouveront rien où ils cherchent. Les tentacules des rebelles se sont agrippées à différents points stratégiques de la ville... et même du palais.
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Sultane
RomanceLorsque Selena est arrachée à sa famille par des cavaliers de l'Empire Ottoman, elle ne s'attend pas à ce que le destin lui réserve. Timide et innocente, la jeune femme devra mûrir pour se faire une place parmi les autres concubines et protéger sa n...
