Je cherche

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Mauss et Charlie 

Il faisait nuit dans la chambre. En réalité, il faisait nuit dans tout l'appartement. Je n'avais pas ouvert les fenêtres depuis trois jours. Depuis, ma gorge déglutissait difficilement et je ne sortais la tête de ma couverture que pour tirer sur le joint de cannabis que je venais de rouler. Trois jours, mais ça pouvait être deux, quatre, sept. C'était facile de perdre le sens des réalités. Et puis, c'était exactement ce que je voulais. Perdre le sens des réalités, ne pas sentir le trou dans mon estomac. J'attrapais mon téléphone et composais le numéro sans avoir besoin de me reporter à ma liste de contacts.

Il y avait une ironie douce à tout cela.

Il avait juré qu'il serait toujours ma famille, que je pourrais toujours compter sur lui. Pour le bon, comme pour le mauvais. Au final, il m'avait baisé et bloqué. Ce n'était peut-être pas ironique, simplement triste.

Le numéro que vous venez de composer n'est pas attribué.

Et j'étais pathétique. J'avais espéré jusqu'à la fin de la mise en terre qu'il n'apparaisse. Il devait savoir. Je ne pouvais pas croire qu'il ne savait pas. Il avait choisi de ne pas venir. Il avait choisi de me baiser et de me bloquer.

Je tirais à nouveau sur le joint.

Pathétique, pathétique, pathétique. Mais au moins, dans quelques minutes, je ne serais plus en mesure de véritablement y penser.

La sonnette de la porte d'entrée retentit, me faisant sursauter. Mais en dehors de la surprise, je n'eus aucun mouvement. Je n'avais aucune intention de répondre. Pourquoi faire ? C'était quoi le but de tout ça ? De la vie, de la mort, de la fraction de temps que nous passions sur Terre ? Aucun, il n'y avait pas de but, simplement de la peine. Alors j'allais rester dans mon lit et faire comme si je n'existais pas. Ouais, le cannabis me rendait toujours philosophe.

Des coups commencèrent à retentir sur la porte. Peu importe qui se trouvait derrière celle-ci, il serait bien déçu de comprendre que je n'avais vraiment aucune intention de sortir de mon lit.

— Sienna, c'est monsieur Cortès. Nous avons appris pour vos parents...

La fin de sa phrase se perdit dans le son des coups qu'il continua de porter contre mes murs.

— Sienna, je veux juste avoir une conversation rapide avec vous.

Je crus percevoir une conversation dans le couloir, puis la porte d'entrée s'ouvrit.

— Comment vous avez fait pour entrer ? murmurai-je, la voix trop faible par le manque d'usage pour pouvoir m'exprimer plus fortement.

— Votre voisin m'a indiqué que vous gardiez un double des clés dans la trappe de l'aération.

Il attrapa le joint dans ma main et l'éteignit, sans oublier de me jeter un regard noir.

— Qu'est-ce que vous faites ici ?

— On ne t'a pas vue en classe depuis l'accident de tes parents ; je voulais savoir comment tu allais.

Le rire guttural qui s'échappa de ma gorge fit se lever la chair de poule sur mes bras.

— Ils en avaient absolument rien à foutre.

— De tes études ?

— De moi, murmurai-je avant de lui tourner le dos.

— J'en ai quelque chose à foutre, répondit-il en soulevant la couverture du lit pour provoquer une réaction chez moi.

— Pourquoi ?

MuseOù les histoires vivent. Découvrez maintenant