Lips Of An Angel

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Hinder 

Un orage était apparu dans le ciel londonien, ce qui avait décalé l'heure du vol. Pourtant, le destin avait été en ma faveur et nous étions arrivés en temps et en heure. Malgré moi, j'étais stressée. Je n'avais pas mis les pieds sur un circuit de Formule 1 depuis le Grand Prix de Belgique, ce qui datait de plusieurs mois déjà, et entre-temps ma vie avait tellement évolué que j'avais failli perdre mon centre de gravité.

J'étais nerveuse à l'idée d'arriver sur le paddock, je ne savais pas comment les gens allaient réagir à ma présence. L'interview de Max avait eu des échos positifs, nous étions plus que jamais les « amants maudits ». J'attendais un appel de Netflix à tout moment.

Jos avait fait le déplacement avec moi pour s'assurer que tout se passe bien, notamment pour que je puisse voyager avec l'ensemble de mes médicaments et mon infirmière. Le vol avait été long et douloureux. J'avais perdu l'habitude de passer autant de temps debout, mais il était hors de question que je manque la course et encore moins le sprint. Max allait être sacré champion du monde et je voulais être présente pour lui. Plus que cela, je commençais à être fatiguée de la séparation physique entre nous.

– Est-ce que tu peux tenir toute la course dans le garage ou tu préfères que nous nous rendions au club ? demanda Jos alors que nous arrivions aux abords du circuit.
– Je veux voir Max avant qu'il monte dans la voiture, répondis-je en observant les alentours.

Le parking était plein. Entre voitures de luxe et piétons, la Formule 1 avait créé sa propre sphère, sa petite bulle protectrice au Qatar.

– Je vais m'assurer qu'il y ait une chaise pour toi.
Je secouai positivement la tête en signe de remerciement.

En faisant le choix du garage, je faisais également le choix d'être visible par l'ensemble des caméras. J'espérais que le réalisateur du week-end ne trouve pas d'intérêt à me faire apparaître sur les écrans géants. Peut-être que si j'avais pris le temps d'enfiler mon uniforme Red Bull, ma présence serait moins visible. Mais il était trop tard pour le regretter. Nous étions arrivés. Je pris une grande inspiration avant de sortir de la voiture.

Mes cicatrices me tiraient chaque fois que je bougeais, la brûlure rappelant à mon bon souvenir les incidents. J'avais parfois, pour ne pas dire souvent, la sensation d'être toujours allongée sur le carrelage de la cuisine, ou prise au piège dans la voiture. J'avais du mal à accepter que le traumatisme persiste sans doute bien après que mes blessures physiques aient pris totalement le temps de guérir.

Une forme d'excitation m'envahit quand nous pénétrâmes dans le paddock. Ici, c'était chez moi : les visages familiers, l'odeur de l'essence, le bruit des moteurs. C'était mon univers, je n'avais aucune raison d'être nerveuse ou stressée. Au contraire. Nous étions dans mon île de paix, là où rien ne pouvait m'arriver.

– Sienna !

Je tournai la tête vers le visage éclairé du grand sourire de Lando Norris. Depuis ma chute dans sa piscine, nous avions étrangement développé une forme d'amitié. Il était l'un des seuls pilotes, avec Ricciardo, à avoir pris la peine de m'envoyer directement un message pour s'assurer de mon état de santé. J'imaginais qu'il se sentait, à juste titre, plus concerné par l'histoire que les autres. Si ce n'était pas pour sa maman, j'aurais pu finir de me vider de mon sang dans sa piscine.

– Je suis content de te voir ici, en forme, poursuivit-il avant de me faire la bise. Max doit être ravi que tu sois là.
– Il ne le sait pas encore, c'est une surprise.
– Oh, il va être ravi. Je dois filer, mais on se capte demain soir pour célébrer son titre ?
– Avec plaisir, répondis-je, puis je l'observai s'avancer en direction du garage McLaren.

MuseOù les histoires vivent. Découvrez maintenant