_ Coupable, résonne la voix implacable de l'amer réalité.
Une fois que la juge aux cheveux blonds platine prononce son verdict, les votes me condamnant s'enchaînent comme une pluie battante de lames s'enfonçant dans ma chair. Face aux injures de la foule, aux vivats approuvant la décision des juges, aux visages autrefois familiers qui maintenant me tournent le dos, je reste de marbre.
Oui, tout ce qu'il me reste c'est ma dignité, et je m'en drape en dépit du sol qui se dérobe petit à petit sous mes pieds. Je ne peux rien faire d'autre après tout. Ils ont attaché mes poignets avec des sangles trop serrées, comme si j'étais une folle furieuse qui avait besoin d'entrave. En face de moi se dresse un parterre de nuance de bleu que des badaud curieux, ou simplement pervers, abordent. Des centaines d'yeux m'assassinent alors que je me sens déjà morte au fond de moi. L'amphithéâtre dans lequel se joue la pièce de mon jugement est rempli à craquer. Certains sont assis sur les marches, quand d'autres restent debout près des portes du fond. Mais tous ont la même expression : celle d'un dégoût profond. Plantée sur l'estrade en demi lune, face au gradins, je n'ai aucun moyen d'échapper à leurs regards courroucés.
Cette sensation d'impuissance, de déchirement qui allait bientôt s'imposer quand viendrai l'heure des adieux. Aurais-je au moins l'occasion de les faire, ces adieux ? En aurais-je l'envie ? Quand je vois les regards froids, comme s'ils ne me reconnaissaient pas, de ma propre famille, je me dis que peut-être était-ce plus raisonnable de ne pas les serrer une dernière fois dans mes bras.
Je sens les sanglots étrangler ma gorge, comprimer ma poitrine et embuer mes yeux. Avec un mouvement de tête, je les refoule. Je ne veux pas paraître faible, même si tout est déjà perdu. Le reste de la séance passe alors très vite, bien plus vite que les précédentes, quand mon jugement n'avait pas encore été rendu, quand ma sentence n'avait pas encore été prononcée et que mon sort était encore débattu. De longs mois durant lesquels j'avais encore une lueur d'espoir.
Des gardes en armure bleue viennent attraper les sangles qui font de moi un animal aux yeux de mes semblables, et m'entraînent hors de l'amphithéâtre.
J'allais atteindre la porte grillagée qui me ramenais à mes quartiers quand je sens un violent choc a l'arrière de mon crâne, aussitôt suivis de cris stridents. D'abord sonnée, le monde se met à tourner dangereusement. Mes genoux se dérobent sous mon poids. Si les soldats n'avaient pas été là, je me serais écroulée sur le sol.
_ Va brûler en enfer ! Hurle une voix familière dans mon dos, que je sens vibrante d'émotion.
Je n'ai pas le courage de me retourner, parce que je la reconnais tout de suite. L'objet qui est venu frapper ma nuque glisse jusque dans mon champ de vision et mon coeur se brise en mille morceaux : gisant sur le sol, tel le cadavre d'un passé révolu, se trouve un pendentif doré représentant un cygne majestueux. Cette fois je n'ai plus la force de retenir mes larmes. Une goutte roule sur ma joue, perle au bout de mon nez avant d'aller s'écraser sur le collier brillant.
En reprenant mes esprits, je fais mine de me pencher pour ramasser l'objet, quand la poigne d'un garde se referme sur mon bras, déjà meurtri par les frottements de la sangle. Il me tire en arrière et m'éloigne de la dernière chose qui peut me raccrocher à un souvenir heureux. Cette fois je refuse de me laisser faire : je cri, je rue et me débat comme une forcenée, donnant des coups de pieds et poings dès que j'en ai l'occasion. Il me faut ce collier. Absolument.
_ Laissez-moi ! Je m'époumone en donnant des coups de dents dès qu'il essaye d'approcher son bras d'un peu trop près. Lâchez-moi ! Laissez-moi !
Bientôt, d'autres mains viennent en renfort pour m'immobiliser, seulement cela ne fait qu'attiser ma rage et je me contorsionne de plus belle pour tenter de leur échapper. Ce n'est que lorsqu'un colosse vient empoigner ma taille et serrer bien trop fort mon torse que je sens mes forces s'amoindrir. Il m'empêche de respirer. Je n'arrive plus à hurler, plus aucun son ne sort de ma bouche.
Sur le sol en marbre blanc, à seulement quelques mètres de moi, demeure le collier. J'ai l'impression qu'il me nargue, se joue de moi pour mieux me le faire payer ensuite. Car oui, je me doute bien que je vais subir les conséquences de mon esclandre, mais je m'en contre fou à cet instant. Je le veux.
Une aiguille s'enfonce soudain dans mon cou, et a peine quelques secondes plus tard, le monde se met à tourner. Les spectateurs deviennent flous, pour ne plus ressembler qu'à une masse informe de nuance de bleu, des vagues d'une mer d'huile. Je relâche mes muscles, tombe dans les bras de mon geôlier, vidée de toute énergie. Avant de sombrer, avant de succomber, j'aperçois au loin les prunelles vertes qui me sont tellement familières. Et puis c'est le noir complet.
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Omega
Ciencia Ficción"Swan Espinay, vous avez été reconnue coupable de tous les chefs d'accusation portant contre vous." J'ai été piégée, accusée d'un crime que je n'ai pas commis et envoyée dans la prison la mieux gardée de l'univers : la Terre. Les truands les plus da...
