Un jeu de pouvoir s'installe progressivement sous mes yeux. La gagnante du combat et le dénommé Tarek s'affrontent du regard, sans prononcer un mot. La tension est palpable. Tous les criminels sont pendus au moindre de leurs mouvements, attendant de savoir qui plierai le premier. J'ai la sensation d'assister à une bataille entre deux animaux sauvages pour le contrôle du territoire et de la meute. Même s'ils sont plus calmes, cela n'empêche pas de les faire jouer selon les règles du règne animal.
C'est finalement Tarek qui cède, fulminant et grommelant. Il tend à la jeune fille son poing fermé. Cette dernière recueilli alors dans ses mains en coupe un objet que je ne distingue pas. Elle semble rayonner de fierté.
Soudain, elle relève la tête et plante ses yeux noirs dans les miens. Mon coeur fait un bond dans ma poitrine, ma respiration se bloque et je me fige, les ongles enfoncés dans l'écorce de l'arbre auquel je suis accrochée. L'ombre d'un sourire se dessine sur ses lèvres pulpeuses, puis elle revient à Tarek et opine rapidement du chef. Elle exécute une révérence grossière avant de faire signe à un gamin d'une vingtaine d'année de la suivre. Celui-ci bondit derrière elle et les deux fouines s'en vont en courant du pont d'Iéna. Je les suis du regard, sans pour autant oser bouger d'un centimètre. Ils remontent la colline et disparaissent dans la bruyère entre deux énormes construction recouvertes de végétation.
Les bandits disposés sur le pont finissent par se disperser et repartir dans la direction opposée. Après un instant, j'ose finalement mettre en action mes muscles tremblants. J'avance de quelques pas sur ma branche, déplace des feuilles qui m'obstruent la vue et reste coite devant le spectacle impressionnant des ruines de la Tour Eiffel. L'ancien symbole de la France, autrefois majestueuse et connue dans le monde entier, n'est plus que l'ombre de la grande dame qu'elle avait été. Je ne distingue pratiquement pas le premier étage sous toute cette mousse. Le sommet a été arraché, décapité. Seul le premier étage et une partie du second sont encore debout.
Les hommes de Tarek s'arrêtent en bas des différent pieds et rentrent tous dans le monument. Je n'y avais pas pensé, mais si les prisonniers jouent selon les règles de la vie sauvage, le plus fort d'entre eux doit certainement habiter les terres les plus convoitées. Et quel meilleur endroit que la Tour Eiffel ? Elle qui surplombe tout Paris, qui offre une vue dégagée, symbole d'un monde autrefois puissant. Voilà pourquoi il ne faut surtout pas que j'aille sur la rive gauche : ne pas marcher sur les terres du criminel le plus influent de la capitale.
Il ne faut pas que je reste là, et que je n'oublie pas que j'ai passé un marché. Même si Myrah ne remettra probablement jamais la main sur moi, que je pourrai m'enfuir aussi loin que possible, l'idée d'avoir un clan, moi aussi, me plait bien. Après tout, si chacun à trouvé sa place dans cet endroit dévasté, pourquoi pas moi ? Je pourrais faire partie de la bande de Goliath et Obélix, peut-être même redevenir amie avec Leho. Enfin, je pourrais essayer de lui pardonner.
Je bondis hors de ma cachette et atterrit tout en douceur sur le tas de feuille en bas de mon perchoir. En me redressant, j'entend un craquement sonore qui me fait sursauter. Je lève le menton et tombe nez à nez avec le tranchant d'une lame sur lequel la lumière de la lune se reflète. Je déglutis péniblement. Décidément, la discrétion ce n'est pas mon fort. Instinctivement, je lève les mains en l'air, en priant intérieurement pour que ce soit Leho, Myrah ou n'importe qui d'autre qui me laisserai peut-être une chance de m'en sortir.
Mon agresseur fait un pas dans la lumière : il s'agit de la gagnante du combat de tout à l'heure. Je me surprend alors à penser que le nom de son groupe est bien trouvé. Elle ressemble à un rongeur, mesquin, sûr de lui et serait capable de se faufiler n'importe où.
_ Eh bien, lance-t-elle avec un sourire en coin, le petit oiseau est tombé de son nid ?
Lentement, elle fait glisser son couteau le long de mon cou pour finalement dégager mes cheveux qui tombent en rideau devant mon visage, dévoilant ainsi la marque sur mon cou. En voyant l'oméga, ses yeux, ronds comme des billes, s'ouvrent un peu plus. Elle arque un sourcils.
_ Meurtrière ? J'aurai plutôt parié sur une artiste révolté...
Je ne sais pas si ce sont ses paroles ou bien l'occasion qui se présente, mais je réagis aussitôt. Je donne un coup de coude dans son bras tendu, repousse son arme menaçante avant de balancer le talons de ma botte dans son ventre. Le souffle coupé, elle recule de quelques pas, m'offrant une porte de sortie royale. Je ne sais pas si c'est vraiment la meilleure stratégie pour intégrer son groupe, mais je cela vaut la peine d'être tenté. Au lieu de m'enfuir, je m'immobilise au-dessus d'elle et attrape son couteau.
_ Très bien, le petit oiseau est plus dangereux que je ne l'aurais cru, ricana-t-elle en se relevant. Selon les règles de la Terre, tu viens en quelque sorte de gagner un duel. J'ai une dette envers toi. Que veux-tu ?
Trop facile, je me dis aussitôt. Elle vient de se battre et de remporter un combat contre, certes un gamin, mais un gamin qui semblait plutôt combatif. Ce n'est pas normal que je parvienne à renverser la situation aussi facilement. Je sens le piège à plein nez... D'autant plus quand je vois une étincelle briller dans ses prunelles noires. Non, il y a décidément quelque chose qui cloche.
_ J'ai volé ça à une bande d'abrutis, lui dis-je en faisant tourner entre mes doigts la broche d'Omicron. Disons qu'ils sont pas très contents. Aide-moi à leur échapper et ta dette sera effacée.
Nouvelle technique, mais qui semble porte ses fruits. A cet instant, je n'arrive pas à savoir laquelle de nous deux à pris l'ascendant sur l'autre. Je ne pense pas trop m'avancer en affirmant que c'est elle. La jeune fille tend son bras, me demandant ainsi silencieusement de l'aider. J'enserre aussitôt son poignet et tire d'un coup sec. Une fois sur ses pieds, elle sourit.
_ Kali, dit-elle en serrant ma main avec force.
_ Swan, je réponds rapidement.
_ Alors je n'avais pas tord ? Rit-elle en penchant la tête sur le côté. Tu es vraiment un petit oiseau tombé du nid.
J'opine doucement du chef avant d'ajouter, le doigts sur mon tatouage, avec un air sérieux :
_ Un oiseau qui a des crocs.
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Omega
Science Fiction"Swan Espinay, vous avez été reconnue coupable de tous les chefs d'accusation portant contre vous." J'ai été piégée, accusée d'un crime que je n'ai pas commis et envoyée dans la prison la mieux gardée de l'univers : la Terre. Les truands les plus da...
