La flamme se reflète dans les prunelles folles de Nyco. Il passe lentement le bout de son index au-dessus du briquet, prenant ainsi un malin plaisir à ressentir la chaleur du feu chatouiller sa peau. Un lambda est un pyromane, cela ne fait aucun doute. Je promène mon regard autour de nous et me demande comment il fait pour résister à ses pulsions et ne pas cramer la végétation luxuriante de Paris. Je dois bien reconnaître que, si j'avais eu un choix à faire, je n'aurais pas pris de malade mental dans mon groupe.
En pivotant vers Kali, je tente de distinguer le tatouage sur son cou, sans y parvenir. Il fait trop sombre, et la lumière produite par Nyco n'est pas suffisante. Tant pis, ce sera pour plus tard.
Nous prenons sur la gauche et gravissons une colline qui vient à bout de mes forces. Haletante et ruisselante, je suis obligée de faire appel à toute ma concentration pour suivre les fouines. Il y a tellement d'obstacles que je suis constamment contrainte de me baisser pour éviter une branche, de me contorsionner pour passer entre deux troncs ou de bondir au-dessus d'un buisson. Cela ne m'empêche pas de me faire écorcher par un agresseur de bois. La ronce laisse une balafre écarlate sur le dos de ma main, et je ne peux retenir un cri, à la fois d'exaspération et de douleur. Kali ne m'adresse qu'un coup d'œil dédaigneux avant de retourner auprès de son ami pyromane. Ce dernier se met à lui chuchoter tout bas à l'oreille, mais je parviens quand même à saisir quelques bribes de conversation :
_ T'es complètement malade de ramener une débarquée à la station... T'sais bien... Va tout balancer... sûr... Si l'ombre décide pas d'la trucider avant...
Je ne tique même plus. Apparemment tout le monde veut me trucider, alors pourquoi ce serait différent chez les fouines ? Je décide d'y aller petit bout par petit bout : une marche après l'autre. D'abord, j'essaye de survivre jusqu'à ce soir, ce qui implique évidemment avaler quelque chose. Pour tenter de faire disparaître la douleur dans mes muscles et la faim qui tenaille mon estomac, je me plonge dans ma mémoire, retourne à une époque où tout était plus simple : celle durant laquelle ma mère était encore en vie. Je n'ai plus beaucoup de souvenirs avec elle, ils s'estompent avec le temps. Sa voix à complètement disparue, son rire aussi, les traits de son visage deviennent flous, mais d'autres choses demeurent. Elle était d'une douceur infinie et d'une intelligence redoutable. Son acharnement à son travail avait été quelque chose qui l'avait toujours frappé, mais pas influencé pour autant. Je sais qu'elle aurait aimé me voir réussir dans mes études. Elle n'aurait certainement jamais imaginé que sa fille se retrouverai un jour sur Terre.
_ Presse toi petit oiseau ! Crie Kali par dessus son épaule en me tirant de ma torpeur. On va pas passer la nuit ici quand même !
Je tourne la tête et accélère légèrement l'allure avant de l'immobiliser complètement. Mon regard tombe sur la façade en pierre d'un immeuble, taguée d'un trident. Poseidon. Je n'y avais plus repensé depuis mon extraction de la cellule, depuis que Louise Brimont m'avait traité de folle. Mais je ne l'étais pas. J'ai bien vu qu'elle reconnaissait ce nom, que cela lui évoquait quelque chose. Et voilà que, sur Terre, l'ombre du dieu grec me poursuivait. Ca ne peut pas être une coïncidence. Je suis innocente. Poseidon est coupable. Je ne sais pas encore ce que ce nom signifie, si c'est un groupe, une personne, une chose, mais je sais que c'est à cause de cela que ma vie a basculée. Il ne me reste plus qu'à faire la lumière sur cette histoire et prouver au monde que les erreurs judiciaires existent.
Je l'ai distinctement entendu, ce nom. Dans un flot de sang qui se déversait tout autour de moi, ma sois-disant victime avait annoncé le nom de son véritable agresseur. Ou tout du moins une piste : Poseidon. Voilà donc par où je commencerai.
Cette résolution me donne le peu d'énergie nécessaire pour rattraper les fouines de Passy. Le coeur regonflé, nous entamons une descente en pente douce. Les vestiges des immeubles Haussmaniens nous observent, muet, conservant les secrets d'une civilisation autrefois puissante. Les Terriens s'arrêtent sur un plateau qui surplombe la Seine. Comme une piste de décollage qui s'élance, l'ancienne station de métro, à l'architecture respectant les codes de l'art nouveau, se tient devant nous. C'est probablement la partie la mieux conservée du quartier, et visiblement prise d'assaut par les fouines. Pour transformer ce lieu de désolation en véritable foyer et forteresse, ils avaient choisis l'endroit parfait. Bien plus accueillant que la place inquiétante de Leho et Myrah.
Ici, je peux apercevoir des témoignages de la France passée : des canapés sous des guirlandes de lampions côtoient des tapis en velours et des tableaux d'impressionnistes. Je n'ai pas de mal à reconnaître les nénuphars de Monet, jouxtant une toile de Boudin. Des chefs d'œuvre oubliés par Eden lors de l'Exode. D'autres peintures sont accrochées un peu partout. Une bibliothèque a été aménagée dans un mur de dalles blanches, et, au dessus des portes d'entrées, les panneaux indiquant le nom de la station : Passy. Sur les rails se trouve un train dont les wagons ont été transformés en chambres individuelles avec des lits, d'autres lampions colorés, et les effets personnels de chacune des fouines.
Moi qui avait toujours détesté la l'impersonnalité de ma chambre dans le quartier de l'Olympea, je reste subjuguée face à autant de beauté. J'entend Kali laisser échapper un petit rire amusé dans mon dos, tandis que Nyco bondit par-dessus un tourniquet pour aller se vautrer dans l'un des nombreux fauteuils.
_ Je parie que tu ne t'attendais pas à ça en débarquant, lance Kali à mon oreille. Bien plus accueillant que la pyramide d'Omicron, non ?
Malgré moi, j'hoche doucement la tête.
_ Bienvenue dans ton nouveau chez toi.
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Omega
Ficção Científica"Swan Espinay, vous avez été reconnue coupable de tous les chefs d'accusation portant contre vous." J'ai été piégée, accusée d'un crime que je n'ai pas commis et envoyée dans la prison la mieux gardée de l'univers : la Terre. Les truands les plus da...
