5 ans plus tôt
Flanquée de Jay, j'avançais à grands pas en direction de la grille qui barrait l'entrée de l'allée privée dans laquelle nous vivions. Depuis l'incident, je n'avais pas renoué de liens avec mon frère, et lui non plus ne semblait pas enclin a sauter dans mes bras. Nous nous enfermions entre les murs d'un mutisme de plus en plus étroit à mesure que le temps s'écoulait.
_ Swan ! Appela soudain la voix de Raven derrière moi.
Je fit volte-face et vit ma soeur, vêtue de l'habituel tailleur bleu de travail, courir dans ma direction, le poing levé vers le ciel sans nuages. En arrivant à ma hauteur, elle me tendit la main pour lentement déplier ses doigts, dévoilant ainsi à mes yeux grands ouverts le pendentif en forme de cygne argenté qu'elle m'avait offert quelques jours plus tôt.
Avec un sourire qui illuminait tout mon visage, je m'en emparais avec une main tremblante et le regardais en silence. Raven attrapa la chaîne et le passa ensuite autours de mon cou avant de revenir se planter devant moi. Il tomba sur le haut gris en synthétique qu'il fallait toujours arborait pour aller à l'école. Jay observait la scène sans ouvrir la bouche, ses grands yeux verts émeraude faisant la navette entre Raven et moi. Je murmurai alors d'une voix presque éteinte :
_ Je ne suis pas sûre de le mériter...
Ma soeur secoua alors doucement la tête.
_ Bien sûr que si, répondit-elle en caressant délicatement mon épaule, et puis il te faut du courage pour affronter la journée du Test, non ? Même si tu n'as pas besoin de le porter pour que ce soit vrai, je suis certaine que maman sera avec toi aujourd'hui. Bonne chance.
Raven déposa un baiser sur le haut de mon front avant d'enlacer Jay et de repartir en courant vers la maison. En tournant les talons, mon frère et moi arrivâmes devant une voiture toute en longueur, sans roues, flottant a quelques centimètres du sol, et qui semblait nous attendre. Deux portes s'ouvrirent, commandée par le chauffeur et donnant accès à des places individuelles face à la router. Nous nous y engouffrâmes. Désormais isolée de Jay, je commençais à triturer le pendentif de ma mère.
Plus jeunes, Raven, Jay et moi étions inséparables. Depuis quelques années, depuis certainement ma rencontre avec Leho et la mort de maman, un gouffre avait commencé à se creuser entre nous. Bien sûr, Raven endossait toujours à la perfection son rôle de grande soeur en nous protégeant, Jay et moi, mais c'était de ma faute. Je m'étais éloignée, continuant à creuser pour repousser ma famille. Il était probablement temps d'arrêter cette folie. Après tout, comme me l'avait toujours dit mon père, on ne pouvait compter que sur sa famille dans les temps difficiles.
C'était décidé, ce soir j'aurais une discussion avec Jay, mais pour le moment, il fallait que je me concentre pour chasser l'angoisse qui montait petit à petit en moi. Le Test approchait à grands pas, celui qui allait définir dans quel train je montrai pour le restant de ma vie.
Lorsque le chauffeur arriva devant l'immense bâtiment, aux airs de Congrès en plus petit, je descendis rapidement et fit quelques pas sur la place, aux dalles immaculées, de l'Académie. Sur les côtés, d'immenses panneaux faisaient défiler des vidéos de publicité ventant les produits de la Technoïde, la branche recherche et développement d'Eden.
_ Pas trop stressée ? Interrogea soudain une voix derrière moi.
Je me retournai pour croiser les prunelles noires de Leho. Pour l'occasion du Test, il avait enfin coiffé cette tignasse en bataille. Pour une fois, sa chemise grise n'était pas trop débraillée, et il s'était rasé. Malgré moi, et en dépit des résolutions que j'avais prise, je souriais.
_ Certainement plus que toi, compte tenu du fait que tu sais qui tu es depuis des années.
Il opina du chef avant d'enrouler ses bras autours de ma taille pour me rapprocher de lui.
_ Et toi aussi. Comme je te l'ai dis, tu es une artiste Swan. Les artistes sont des êtres libres, des oiseaux qu'on ne mettra jamais en cage et qui chanteront leurs convictions jusqu'a ce qu'on les entendent.
Je soupirai. Leho avait un don pour faire des phrases ronflantes, mais qui au fond, ne disaient jamais rien. Pour le coup, ce n'était pas forcément vrai, mais peu importe. Une sonnerie retentit tandis que l'Académie ouvrait ses portes. C'était l'endroit qui concentrait tous les enfants d'Eden, de leurs trois ans jusqu'à leur majorité à vingt-deux, et leur entrée dans le monde du travail. Comme un troupeau de mouton, les élèves, marée de gris, avancèrent en direction des immenses portes dorée de l'entrée. Encadrées par deux statues à l'image de celle du colosse de Rhode, elles étaient ornées de gravures qui représentaient les six nations restantes les plus importantes de la Terre, créatrices d'Eden : la France, le Québec, l'Ecosse, la Grèce, le Japon et le Portugal.
_ Prête ? Me demanda Leho en enlaçant ses doigts aux miens.
Je me sentis alors soudainement coupable. Vis à vis de mon père, des promesses que je lui avais faites, mais surtout envers celle que je m'étais faites à moi-même. Je m'écartai alors doucement de mon petit-ami. Il ne sembla pas vraiment remarquer mon geste, attiré par les cris de joie que poussaient ses amis à l'autre bout de la place. Il se précipita vers eux, me laissant plantée là.
Tant mieux, ce sera plus facile comme ça. Puis, je repris ma route. Jay avait déjà disparu dans le flot d'élèves, alors je me contentai de suivre la marée à l'intérieur du hall des Six Nations. Les plus jeunes se divisèrent en année de naissance pour ensuite prendre les ascenseurs de verre qui les conduiraient jusqu'a leurs salles de classe, tandis que ceux à qui il ne restait que deux ans, restaient dans le hall. Nous connaissions la procédure. Chacun de nous allait être appelé, puis conduits dans les salles de Test, et ressortirions avec notre futur tout tracé.
La marraine de l'Académie de notre promotion avança donc sur un promontoire, en replaçant ses mèches blondes platines autour de son visage de porcelaine. Louise Brimont, juge au Congrès, qui avait récemment condamné un criminel à la peine capitale, se tenait à présent devant nous. J'étais littéralement en admiration devant elle, son intelligence, sa beauté, son charisme. Elle toussa dans son poing fermé, avant d'approcher l'amplificateur vocal de sa bouche carmin :
_ Bienvenue à la journée du grand Test.
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Omega
Ficção Científica"Swan Espinay, vous avez été reconnue coupable de tous les chefs d'accusation portant contre vous." J'ai été piégée, accusée d'un crime que je n'ai pas commis et envoyée dans la prison la mieux gardée de l'univers : la Terre. Les truands les plus da...
