24/ "Tu viens de donner une arme de destruction massive à un babouin"

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Je me précipite jusqu'au toit de la station de métro de Passy et fonce vers Kali. Cette dernière tapote du pied et hausse les sourcils en me voyant débouler comme une folle. Elle jette un coup d'oeil à Noam, toujours en position pour tirer sur Goliath et Leho. 

_ Les cinq minutes ne sont pas passées... Tu es plus douée que ce que je croyais comme médiateur...

_ J'ai pas réussi à les convaincre, je riposte, essoufflée et tremblante. 

_ Je retire ce que je viens de dire, grommelle Kali avant de pivoter vers le tueur en série, envoie leur une volée.

Noam hoche la tête d'un mouvement presque imperceptible et s'apprête à tirer mais à nouveau je l'arrête en hurlant et en agitant les mains :

_ Myrah va nous prendre en porte à faux par le Labyrinthe. Plusieurs gars l'accompagne. Ceux qui sont aux pieds de la station ne sont qu'une diversion. Il faut faire vite ou nous serons pris en sandwich !

Une lueur d'inquiétude illumine les iris sombres de Kali. Elle resserre sa prise sur son fusil avant de me le lancer. Je le rattrape gauchement, mais ne fais pas de dégâts : apparement la sécurité est mise. 

_ Tu sais te servir de ces trucs ? Demande-t-elle en sortant de sa botte un flingue. 

Je la regarde ahurie, faisant la navette entre mon arme et celle qu'elle vient comme par magie de sortir de sa cachette. Elle semble remarquer à quel point je suis perdue et soupire. 

_ Noam, charge-toi d'elle. Nyco et moi on descend pour accueillir notre chère amie Myrah.

_ C'est une connerie de lui faire confiance, contre le criminel en se redressant légèrement. Même si elle ne se retourne pas contre nous, je te parie tout ce que tu veux que, maladroite comme elle est, ses tirs finiront par être dirigés contre nous. Tu viens de donner une arme de destruction massive à un babouin. 

Kali le fusilla du regard. Pendant un instant, les deux fouines se toisèrent sans rien dire alors que moi je reste plantée là, les bras ballant. Enfin c'est la sensation que j'ai. En baissant la tête vers le fusil, je me dis que ce ne doit pas être si compliqué que cela de le faire fonctionner. Après tout, si des abrutis de robots ou Gardiens peuvent le faire, pourquoi pas moi ? Je ne suis pas un babouin, contrairement à ce qu'affirme Noam. 

_ On a plus le temps pour ça, tranche fermement la jeune femme avant de filer rejoindre Nyco en bas.

Une fois seule avec le tireur d'élite, celui-ci me dévisage. Il se retourne ensuite vers sa cible, charge son arme, met son oeil dans le viseur.

_ Ne tire pas sur Leho, je demande d'une voix timide. S'il te plait. 

Ses grands yeux bleus se braquent sur moi et j'ai l'impression que mon sang se glace dans mes veines. Il ne répond pas, je n'ai aucune idée de s'il accepte ma requête ou non. Le coup de feu pars, et un cri déchirant y fait réponse. J'ai bien trop peur pour voir qui a été victime de Noam. Je prend mon courage a deux mains et me penche : Goliath est a terre, Leho penché sur lui, les mains couvertes de sang. Il est en vie, intact. Merci Seigneur, je souffle dans ma tête.

Noam me fait signe d'approcher et je m'exécute docilement. Après m'avoir montré les gestes basiques pour tirer, il m'ordonne de le faire, sans viser quelque chose en particulier. 

_ Attention au... Commence-t-il. 

Mais je suis trop rapide : j'appuie sur la détente. Le coup pars, en même temps que le fusil qui me revient en pleine tête. La collision avec ma pommette est douloureuse, tant et si bien que je laisse échapper un cri mêlant stupeur et douleur. 

_ Au mouvement de recul, finit-il de dire avant d'esquisser un demi-sourire amusé. 

Je répond par un air contrit. Presque aussitôt, Noam reprend son air froid et sérieux qu'il a l'habitude d'arborer. Rien de bien étonnant. 

_ Maintenant vise leurs pieds. Ca va les empêcher d'avancer et les obliger à se mettre à couvert. Ils vont surement riposter ensuite. 

Il avait raison. A peine je commence à bombarder le sol que Leho et ses acolyte sortent leurs propres armes et se mettent à nous tirer dessus. Noam m'attrape par la manche et me fait reculer pour éviter la salve de projectiles qui s'abat sur nous. Instinctivement, je protège ma tête avec mes bras. Cette scène me ramène invariablement à celle sur le pont, là où j'ai pris ma toute première balle. J'avais eu si peur, je me suis retrouvée inerte sur le sol, mes muscles paralysés par la terreur. Je ne veux pas qu'une chose pareille se reproduise alors j'essaye de faire bouger mes doigts : ils répondent à mon commandement et aussitôt je pousse un soupir de soulagement.  

Puis, les détonations cessent. 

_ Ils rechargent, c'est le moment ! S'exclame le tueur en série. 

A l'instar de lui, je me repositionne et me remet à tirer, tout en prenant bien soin de ne toucher personne. Si j'ai été condamnée à tord et pointée du doigt comme meurtrière, je refuse d'en devenir véritablement une. Nous continuons de tirer jusqu'a ce que nos armes soient à court de minutions. Cela sonne le début de la riposte. Noam me tire derechef en arrière tandis qu'il s'occupe des deux fusils. Finalement nous formons une bonne équipe. Enfin, l'élément indispensable c'est surtout lui, mais j'ai tout de même une certaine utilité. 

Alors que me tend mon arsenal, une violente détonation secoue la station de métro. Des flammes jaillissent de l'étage en dessous et pulvérisent le toit en verre sur lequel nous nous tenons. Je laisse échapper un hurlement. Alors que le sol se dérobe sous mon corps, je tente de me raccrocher aux barres de fer qui maintenait le tout. Mes pieds se balancent dans le vide, mes doigts glissent lentement de mon perchoir. Je me vois déjà m'écraser sur un lit de bouts de verre. 

Je risque un oeil vers le feu qui ronge les guirlandes et les meubles de la base. Au milieu du brasier, les corps étendu de Kali et Nyco, paupières closes. Ils respirent mais sont inconscients. Tel un spectre s'échappant des flammes de l'enfer, trois silhouettes avancent dans le tunnel qui conduit au métro. Il ne me faut pas longtemps pour déduire qu'il s'agit de Myrah et ses acolytes. 

_ Swan ! Crie Noam en surgissant devant moi.

Il tend sa main et m'enjoigne de l'attraper d'un coup de tête. Mon regard alterne alors entre l'arrivée imminente des ennemis jurés des fouines et mon billet de sortie. Puis, j'écarte les doigts, et me laisse tomber dans la fournaise. 

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