35/ "Un véritable carnage"

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5 ans plus tôt

J'avais laissé Leho, Avery et leurs ego d'artistes seuls pour rentrer le plus rapidement possible, en panique. Raven m'avait dit que notre père avait eu un accident sans pour autant en préciser la nature, ou la gravité, me laissant ainsi dans le flou total. Tandis que je débarquai en trombe et a bout de souffle dans le salon, je tombai sur mon petit frère, les yeux embués de larmes. Je fondis sur lui et l'enroula de mes bras tout en passant une main dans ses cheveux. Posé ainsi contre mon coeur, j'eu l'impression de retrouver le petit garçon avec lequel je m'entendais si bien autrefois.

_ Il est à l'hôpital, souffla-t-il la gorge nouée. Raven est avec lui. Ils ont dit que c'était arrivé pendant son travail, au labo.

_ Tu as plus de détails ?

Il fit non de la tête. Je devais en avoir le cœur net et filer jusqu'au Congrès. Flanquée de Jay, je quittais notre maison dans la précipitation, l'angoisse tenaillant mon estomac. Les laboratoires de recherche dans lesquels travaillait mon père étaient pourtant hautement sécurisés. Rien ne pouvait se produire la bas. Je savais, chaque matin, quand il partait, qu'il ne lui arriverait rien. J'avais tord apparement.

Le trajet en voiture se déroula sans qu'aucun de nous, que ce soit Jay, le chauffeur ou moi, sans qu'aucun mot ne soit prononcé. En arrivant devant l'immense bâtiment ovale, je me précipitai a l'intérieur, mon petit frère sur mes talons. Je me fichais éperdument des pauvres âmes, perdues dans la masse bleue, que je croisais et bousculais sur mon passage. Nous montâmes quatre à quatre les marches blanches pour franchir ensuite les immenses portes en métal.

Nous étions dans la galerie, véritable antichambre de l'édifice. C'était un couloir suffisamment large pour que deux voitures la traverse de front, encadré d'une colonnade qui s'étendait à perte de vue. La galerie faisait entièrement le tour du Congrès, était un haut lieu de rencontre et desservait pratiquement toutes les ailes du bâtiment : palais de justice, opéra, bureaux et laboratoires. Au sol, une moquette bleue, duveteuse, venait compléter la gamme de couleurs froide et sans saveur qu'Eden semblait vouloir à tout prix conserver.

Je sentis la main de Jay tirer sur ma manche avant de pointer le doigt sur sa droite. En levant le nez, je vis les écrans géants qui aidaient les âmes en perdition à retrouver leur chemin dans ce véritable labyrinthe. L'hôpital était par la, les laboratoires de l'autre côté. J'hésitai un instant, oscillant sur mes talons, alternant entre droite et gauche.

_ Swan ? Reprit mon petit frère, les sourcils froncés. Qu'est-ce que tu fais enfin ?

_ J-je, vas y. Je te rejoindrai plus tard.

Sur ces mots, je filai en direction des laboratoires, me mêlant à la foule grouillante. Bientôt, Jay ne fut plus qu'un point a l'horizon, avant de complètement disparaître dans la masse bleue des travailleurs. En jouant des coudes je parvint à me frayer un chemin, longeai le grand opéra d'où s'échappait une douce mélodie, et continuai ma route. Lorsque je vis un amas de blouse blanche, je compris que je me trouvai au bon endroit. Je m'immobilisai devant les grandes portes en acier, portant le symbole d'un flacon à moitié rempli et déglutis en constatant qu'il me fallait une carte pour entrer dans ce haut lieux.

J'allai donc m'adosser à une colonne pour regarder le ballet incessant des scientifiques aller et venir comme bon leur semblait. J'engagerai intérieurement. Il fallait que j'entre, que je constate par moi même les dégâts dans le bureau de mon père. Quelques gardiens se trouvaient la, sûrement pour enquêter. Vêtus de leurs armure immaculée et arborant l'insigne des protecteurs d'Eden, ils portaient des casques pour masquer leurs haut de leurs visages.

En voyant arriver un jeune scientifique, je pris mon courage à deux main et m'engouffrai à sa suite. Ce n'était d'ailleurs que pour mieux me faire arrêter une fois arrivée devant les portes. Un Gardien posa sa main sur mon épaule, alors que l'autre était posée sur une arme de haute pointe.

_ Je peux vous aider mademoiselle ? Demanda-t-il en me stoppant dans mon élan.

Je laissai alors mon plus beau sourire flotter sur mes lèvres, afin de l'amadouer. Évidemment, des yeux cachés sous son imposante visière tintée ne me laissait aucune façon de deviner ses intentions.

_ J'ai oublié mon pass, je lui répondit en penchant légèrement la tête et en faisant une moue déçue.

_ Vous n'êtes pas un peu jeune pour travailler ? Reprit-il, visiblement suspicieux.

Nous nous affrontâmes durant un court moment. Un moment qui laissa place à un silence pesant. Je tremblai de peur, mais je n'en laissai rien paraître.

_ Capitaine ? Lança soudain une voix plus grave et plus assurée. Je vais accompagner mademoiselle a l'intérieur. Rompez.

Le Gardien se soumit aux ordres de son supérieur, une tortue avec une carapace encore plus impressionnante que la sienne. Le protecteur d'Eden me fit avancer devant lui, et j'entrai enfin dans les couloirs réservés aux scientifiques. Une fois loin de la galerie, le Gardien m'arrêta.

_ Vous êtes la fille de Marcus, lança-t-il en ôtant son casque pour révéler un visage jeune. Je suis navrée pour votre père. Vous ne devez probablement pas vous souvenir de moi. J'étais un ami de votre mère.

J'hochai la tête. Il avait raison, je ne me souvenais pas de lui.

_ Je voulais juste récupérer quelque chose dans le laboratoire de mon père, je continuai en espérant qu'il me laisse y aller.

_ Alors dépêchez vous. Je vous attend ici.

Je le remerciai d'un signe de tête avant d'entrer dans le bureau qui portait le nom Espinay. A l'intérieur, c'était un véritable carnage. Tout était sans dessus dessous. Des traces noires d'explosions maculaient les murs blancs, des bouts de verre jonchaient le sol, accompagnant des tablettes écrasées. Je portai ma main à ma bouche, effarée face à la violence du choc. Comment mon père avait-il pu survivre à cela ? Et surtout, comment était-ce arrivé ?

_ Qui êtes vous ? Me surpris une voix dans mon dos.

Je fis volte-face, et laissai échapper un cri de surprise. Devant moi se tenait un homme aux traits délicats. Sur un front bombé retombaient des mèches blondes. Il me fixait de ses grands yeux clairs, et j'eu l'impression qu'il pouvait sonder mon âme. Je le reconnu instantanément : Nathanael Cahlun, président du Conseil d'Eden, et descendant du fondateur de notre planète artificielle.

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