7/ "Omicron vous propose également une barre alimentaire"

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Je me lève d'un bond, et en dépit du tournis qui manque de me faire chuter, je cours à en perdre haleine dans la direction opposée. Mes poursuivants hurlent, forcent l'allure en me crachant des insultes. Leurs menaces ne font que me conforter dans l'idée de fuir et de tout faire pour, quoi qu'il arrive, ne pas tomber entre leurs mains.

Quelles affaires ? Je me demande soudain. Ils veulent me voler, mais quoi ? Je ne possède absolument rien, hormis ce pantalon de baroudeur. En continuant droit devant moi, j'arrive au sommet d'une d'un autre monticule de sable. Avec un regard par-dessus l'épaule, j'apprends que les deux hommes ont considérablement réduit l'écart qui nous séparait. Je me jette alors en avant et glisse le long de la pente, à plat ventre. Les grains de sable éraflent mes bras, écorchent mes joues, déchirent mes vêtements. Au moins je vais plus vite.

Après avoir fait quelques roulés-boulés, j'atterris dans un creux, gémissant de douleur. J'ai l'impression que tout mon corps est en feu, que ma peau s'est désintégrée.

_ Elias ! Elle est là !

Les deux hommes sont juste au sommet de la
dune. Je ne m'apitoie pas plus, me remet sur mes pieds en titubant légèrement, avant de reprendre ma course.

J'avais eu si peur pendant si longtemps de croiser de criminel. J'en avais fait des cauchemars lors de mes horribles nuits froides passées dans la prison d'Eden, j'en avais eu des sueurs froides durant mon procès, et a présent, je fais face à ce que je redoute depuis des mois. Le peu d'avance que j'ai pris ne suffit pas à empêcher mes poursuivants de le combler.

Mes poumons sont en feu. En dépit de l'adrénaline qui parcours mes muscles, je les sens me lâcher petit à petit. La gorge sèche et le souffle court, je m'autorise un bref arrêt dans la mer jaune infinie qui doit probablement recouvrir entièrement la Terre. Je courbe l'échine, appui mes paumes sur mes genoux en tentant de retrouver un semblant de respiration. Des gouttes d'eau perlent sur mon front et vont s'écraser sur le sol, avant de s'évaporer aussitôt tant la chaleur est étouffante. Je sens mes larmes monter, ma lèvre inférieure trembler. L'épuisement commence à avoir raison de moi. En quelques heures seulement, toute ma vie a basculé. Je sais bien que c'est la nuit du meurtre que tout a changé, mais j'ai le sentiment d'avoir franchi une nouvelle étape dans le dépaysement ces derniers temps.

Je n'ai plus la force de courir. Encore un pas et je m'effondre a coup sur. Je décide alors de me cacher derrière des ruines qui percent à travers le désert. Je me recroqueville dans le creux ce qui devait être un ancien escalier en pierre et replie mes genoux contre mon torse. J'entends rapidement les chasseurs arriver derrière moi et s'arrêter à seulement quelques mètres de ma cachette.

_ Mais bordel, elle est passée ou ? S'époumone l'un d'eux en poussant un cri rageur.

_ On l'aurait pas perdue si t'étais pas aussi lent Elias, rétorque férocement l'autre. Maintenant va falloir attendre j'sais pas combien d'temps avant qu'une autre capsule tombe. Et c'est toi qui va expliquer ça à Porthos.

Je sens mon coeur tambouriner contre ma poitrine, si fort que j'ai peur qu'ils entendent. Mes paupières se ferment doucement et j'essaye d'imaginer un environnement apaisant pour tenter de retrouver la maîtrise de mon corps vibrant d'émotion.

Soudain, des bruits de lutte retentissent et je devine que les deux hommes se chamaillent. Lentement, je me retourne et rampe jusqu'à un petit trou qui laisse filtrer la lumière. Je les aperçois. Le plus grand attrape le second par le col et le secoue brutalement.

_ Viens pas m'chercher morveux. T'es qu'un bleu ici, et si quelqu'un doit rendre des comptes à Portos, c'est toi.

D'ici, je ne vois que les silhouettes de mes poursuivants. Leurs visages sont masqués par des turbans sombres, ne laissant apparaître qu'une bande de chair au niveau de leurs yeux. Malgré la menace du grand, que j'identifie comme étant Elias, le plus petit semble parfaitement détendu. Il hausse les épaules et repousse du revers de son bras son agresseur et associé.

_ C'est bon, on va la retrouver, dit-il en reculant de quelques pas et en balayant la zone du regard. Elle doit pas être bien loin. Petite, menue, et hargneuse surtout. Elle a continué à fuir même après qu'on ai attendu qu'elle soit abrutie par la chaleur, mais elle aurait jamais pu nous distancer. Pas dans cet état. Cherche bien Elias, je te parie qu'elle est tout près. Tout près...

Astérix et Obélix échangent un regard complice avant d'avancer plus lentement parmi les ruines, visiblement bien décidé à me retrouver. Mais pourquoi ? Ils doivent être à la recherche de quelque chose, forcément, et peut être que ce quelque chose peut m'aider à m'en sortir. Ne reste plus qu'à le trouver avant eux. Je retire prudemment la veste qui est attachée autour de ma taille, fouille minutieusement dans les poches de mon pantalon de baroudeur et m'empresse de défaire les lacets de mes bottes : rien. Pas l'ombre d'un objet utile comme un couteau ou un flingue.

Je perçois un mouvement non loin de ma cachette. Ils sont proches. Je sens le désespoir s'emparer de moi quand mon regard se pose sur une broche accrochée à ma veste. Elle représente le symbole Grec Oméga, comme le tatouage qui se trouve à présent sur mon cou. Je plonge vers elle et la retire violemment du tissu avant de la faire jouer entre mes doigts. J'aperçois soudain un bouton et appui dessus. Aussitôt, une lumière bleue s'en échappe et projète devant moi l'hologramme d'une gourde. Ahurie, je regarde l'écran et tend ma main vers le saint graal. J'ai tellement soif que je peine à avaler. En refermant ma prise sur l'interface, je la sens solide. Je tire alors à moi l'objet, bien réel, enlève précipitamment le bouchon et apaise mon gosier sec avec de longues gorgées. L'eau fraîche coule dans ma bouche, s'échappe par les commissures de mes lèvres et goutte sur ma peau brûlante. Jamais encore je n'ai ressenti une telle sensation.

_ Omicron vous propose également une barre alimentaire, lance soudain une voix d'homme désincarnée.

Je hurle de stupeur et lâche ma gourde dont le contenue se répand sur mes jambes repliées. Je plaque aussitôt ma main contre ma bouche et prie de toutes mes forces pour que mes poursuivants n'aient pas entendus.

_ Trouvée... Susurre Elias tandis que sa tête apparaît dans mon champ de vision.

Instinctivement, je me replie contre la paroi creuse des escaliers. Je n'ai plus aucune échappatoire. Je crispe les poings, même si je sais que ma force n'égale pas celle de mon adversaire. Ce dernier s'accroupi et pénètre dans mon antre. Même si je ne peux voir que ses yeux sous son turban, je devine un sourire machiavélique par le plissement de ses yeux noirs.

_ Tu nous a donné du fil à retorde ma belle. Mais maintenant c'est finis. Viens par là.

Il attrape mon mollet et me tire en avant. Je me retrouve sur le dos, tirée par la force herculéenne du criminel. Je hurle et le débat : sans grand succès. Bientôt, le soleil inonde à nouveau ma peau, de concert avec la chaleur pesante du désert.

_ Dégage connard ! Je crie en balançant mon talon dans son estomac.

Le géant titube, ébranlé par la surprise de mon attaque, puis reviens à la charge, plus énervé que jamais. Je parviens à me relever. J'attrape la broche parlante et cours dans la direction opposée. Je gagne du terrain, un sourire triomphal flotte sur mes lèvres. Soudain, un poing s'abat sur mon visage et me stoppe net dans mon élan. Je bascule en arrière et m'affale de tout mon long. J'ai la tête qui tourne. Pendant un instant, mes repères disparaissent.

Un visage se penche vers moi. Le complice d'Elias je présume. A contre jour, je ne distingue rien de son visage.

_ Swan ?

Puis, je perds connaissance.

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