Un léger sourire triomphal flotte sur les lèvres de mon ancienne rivale. Une fois le choc de la découverte passé, je me forge un masque impassible tandis que Myrah nous force à avancer jusqu'au trône, vide de son propriétaire. Durant notre traversée de la salle, les yeux brillants d'Avery ne me lâchent pas d'une semelle, suivant le moindre de mouvements, guettant la moindre réaction. Je ne laisse rien paraître.
Alors qu'un silence de mort pèse sur l'immense salle remplie de criminels, une femme fend la foule et s'approche de nous. Sa taille déjà impressionnante, est accentuée par le long manteau en cuir noir qu'elle arbore. Sur ses joues, des peintures de guerre viennent compléter le tatouage en forme de pi sur son cou. Une voleuse, je conclus pour moi-même. Ses cheveux noirs sont tressés et descendent jusqu'au creux de ses reins. Ornés de fanions blancs, ils se marient parfaitement avec son teint hâlé et ses prunelles aussi sombres que la nuit. Lentement, elle gravit les marches du trône avant de prendre magistralement place dessus en faisant voler le bas de sa veste derrière elle. Gabryel croise ses jambes fines, révélant ainsi des jarretières qui laissent deux pistolets à portée de main.
Je vois son regard s'attarder un court instant sur Kali et Nyco, avant de retourner en direction de Myrah et d'arquer un sourcil noir parfaitement dessiné.
_ Cette querelle de gamins n'est pas bientôt finie ? Demande la femme avec un soupir désespéré.
_ Elle est loin de se terminer, grince Myrah en faisant un pas vers Kali. Et je crois même qu'elle va s'étendre au reste de la branche.
Sur ces mots, la fantôme sort un rasoir de sa manche et plaque le tranchant sur la gorge de la fouine. Cette dernier retient un hoquet de stupeur tandis que je laisse échapper le mien. Gabryel assiste à la scène sans ciller, bien que légèrement inconfortable.
_ Je dois vraiment renforcer la sécurité ici, finit-elle par lâcher en ignorant le défi lancé par Myrah. Très bien, quelles sont tes revendications ?
_ Ton trône, lâche la jeune femme avec un large sourire et une pointe de cruauté brillant dans ses prunelles sombres, en échange de la vie de ta fille.
Si j'avais été un personnage de cartoon, ma mâchoire se serait probablement écrasée sur le sol à l'heure qu'il est et mes yeux seraient sortis de leurs orbites, trop choquée par cette révélation.
Maintenant que les faits étaient mit en lumière, c'est vrai qu'il existait un certain air de famille entre elles. Gabryel était plus émaciée que Kali qui arborait des joues rondes et des lèvres charnues, mais les mêmes expressions habitaient la mère et la fille. Elles avaient le même nez légèrement retroussé, ainsi qu'une forme de visage arrondi identique.
Désormais les agissements de la Fantôme de Lazare étaient de plus en plus clairs dans ma tête. Chaque pas qu'elle avait fait était millimétré, calculé pour favoriser le prochain. Ma capture, mon double jeu, l'attaque de Passy et la prise d'otage. Quant à ma présence et celle de Nyco, cela reste tout de même un mystère.
_ Non, tranche froidement Gabryel.
À nouveau, je me fais violence pour ne pas laisser échapper un cri de stupeur. Je ne suis pas la seule à me retrouver pantoise face à sa réponse, Myrah aussi est ébranlée. Elle avait probablement parié sur l'attachement de la mère pour la fille. Mais ce qui paraît le plus étrange dans cette représentation, c'est le sourire narquois de Kali. Loin d'être choquée par la réaction de Gabryel, elle en semble plutôt fière.
_ Quoi ? Couine Myrah, décontenancée. Tu ne vas quand même pas laisser ton propre enfant mourir ?
_ Ma chère, si tu veux un jour diriger Paris, être un bon commandant, il va falloir apprendre un peu plus rapidement.
Gabryel se lève gracieusement de son trône, effleure du bout des doigts la peau parfaite d'Avery avant de continuer à descendre pour s'arrêter devant sa fille et son agresseur.
_ Il va falloir t'endurcir, continua-t-elle sur un ton légèrement plus bas. Crois bien qu'on ne devient pas moi en ayant un point faible. Ni en ayant de l'affection pour quelqu'un que tu peux aussi facilement perdre que ton enfant. Kali est une grande fille. Soit elle survit, soit elle meurt, et cela est parfaitement indépendant de ma volonté. Alors vas-y si tu le souhaites, mais ce n'est pas ainsi que tu parviendras à faire ton coup d'état... Je te conseille de te décider rapidement sur la suite des événements, car mes hommes ne tarderont pas à te maîtriser, toi et tes sbires de pacotille.
Une fois son discours terminé, l'air de famille me frappe d'autant plus. Toutes deux sont aussi froides que la glace et aussi dures que la pierre, c'est assez surprenant à observer. Gabryel fait volte-face avant de retourner s'assoir sur son trône, drapée de toute la superbe qu'aurait pu arborer une reine. Myrah de son côté hésite. Jeter sa carte maitresse aussi facilement devait certainement la freiner. Une fois qu'elle aurait tué Kali, il ne lui resterai plus aucune marge de manœuvre. C'est alors que je vois une nouvelle lueur d'espoir s'allumer sur ses traits a moitié calcinés. Elle recule et laisse sa proie reprendre son souffle.
Le menton fièrement relevé, la chef des Fantômes de Lazare lâche son arme aux pieds de la reine de Paris.
_ Dans ce cas, jouons cartes sur tables Gabryel. Je t'accuse d'ingérence et demande à ce que ton commandement soit révisé.
_ Ingérence ? Rétorque-t-elle dubitative avant de réfléchir quelques secondes. Soit, c'est le droit de chacun d'accuser qui bon lui semble. Quant à moi je fais une autre requête : je demande un procès par combat.
Un murmure fend alors la foule et se propage rapidement à tous les prisonniers de la Terre, avant de laisser place à un brouhaha intenable. Je ne comprends pas vraiment ce qui se passe, mais compte tenu de la mine déconfite de Myrah et celle assurée de Gabryel, je me doute qu'il s'agit là d'un retournement de situation que la meurtrière n'avait pas prévu.
_ Choisi ton champion, ordonne calmement la reine.
Myrah semble hésiter, son regard tombe sur Leho et je me mets alors étrangement à supplier qu'elle ne le choisisse pas pour aller combattre un quelconque monstre.
_ Portos Dumât, répond-t-elle en me faisant pousser un soupir de soulagement. À ton tour Gabryel, qui choisis-tu pour te représenter et mourir en ton nom ?
Goliath, ayant été choisis pas Myrah, fait un pas en avant et contracte ses muscles de géant pour témoigner de sa supériorité. Décidément je ne voudrais pas être son adversaire. Gabryel avise le monstre qui se tiens devant elle et dodeline faussement de la tête avant de répondre :
_ Je choisis Kali Angelis, ma fille.
VOUS LISEZ
Omega
Fiksi Ilmiah"Swan Espinay, vous avez été reconnue coupable de tous les chefs d'accusation portant contre vous." J'ai été piégée, accusée d'un crime que je n'ai pas commis et envoyée dans la prison la mieux gardée de l'univers : la Terre. Les truands les plus da...
