40/ "Le temps peut parfois être le pire ennemi d'une relation"

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Dans ma chute je me laisse tomber sur Kali. La jeune femme pousse une plainte aiguë en dépit de mes grands gestes pour lui dire de se taire. Elle me pousse et je roule sur le côté pour atterrir aux pieds de Noam. Ce dernier m'aide à me relever en empoignant mes maigres bras et en me soulevant dans les airs comme si je n'avais pas été plus lourde qu'une plume.

_ Les Fantômes, je murmure en pointant mon index en direction de la flamme vacillante, il faut qu'on se casse tout de suite d'ici !

Mes compagnons s'activent alors : Kali réveille Avery et Nyco pendant que Noam me lance un fusil. Je le rattrape maladroitement, en manquant de le faire tomber par terre, sous le regard désapprobateur et désespéré du tireur d'élite. Ouais très bien, je me suis loupée, mais tu vas vite déchanter... Je ricane intérieurement

_ J'ai l'autorisation maintenant, chef ? J'argue en plissant le nez.

Pour étayer mon sarcasme, je défais la sécurité d'une main assurée, charge les balles avant d'armer mon bras, le tout sans le quitter des yeux. Dans ses prunelles je vois soudain briller une étincelle de surprise, rapidement accompagnée d'un frémissement des sourcils. Ah on fait moins le malin hein ? Je m'exclame dans ma tête en me mordant l'intérieur de la joue pour ne pas sourire.

_ Pas de sobriquet animalier cette fois ? Je le nargue en pinçant les lèvres.

_ Probablement plus tard, répond Noam avant de donner un coup de menton dans la direction opposée.

Je pivote et constate avec horreur que nos poursuivants ne sont plus sur nos talons, mais marchent littéralement sur nos pieds. Ils ne mettront pas longtemps à trouver notre campement. Trois, quatre minutes peut-être, pas plus.

Sans même avoir besoin de nous concerter, Noam et moi nous mettons en position. Aussitôt, Kali et Nyco dégainent leurs armes blanches tandis qu'Avery sort de sa botte un petit pistolet dont la crosse stylisée s'accorde parfaitement avec son apparence soignée. C'est alors qu'une pensée me traverse l'esprit : Leho. En me retournant vers mon ancien amour, je le vois lever de grands yeux implorants dans ma direction. Je fais un pas vers lui, mais Noam m'arrête dans mon élan.

_ Tout va bien, j'explique aussitôt pour le rassurer.

Mes paroles font leur effet et il me laisse passer. Je sais que je n'ai pas beaucoup de temps, il va falloir qu'il soit convainquant s'il ne veut pas que je le laisser en plan.

_ Je sais que je ne me suis pas vraiment montré coopératif, commence-t-il d'une voix douce, et je sais que je ne l'ai pas vraiment témoigné, mais je te promet que tout ce que je veux, c'est t'aider. Si mon allégeance devait être questionnée à cet instant même, si Myra me demande de faire un choix, je pencherai toujours pour toi. Et pour Avery.

Quand il prononce son nom, je me tourne vers ma meilleure amie. Cette dernière nous lance un regard glacé. Je me souviens encore de la douleur ressentie lorsqu'il m'avait trahi sur Eden, je me souviens combien, déjà, il avait changé. Mais je n'ai jamais compris ce qu'il s'était passé entre eux. Ils étaient si proches, tellement que j'en étais jalouse à l'époque. Depuis notre départ de la Tour, je ne les ai pas vu échanger un seul mot, un seul geste. Rien. Le temps peut parfois être le pire ennemi d'une relation. Un faux pas et tout est brisé.

Les questions affluent dans mon esprit, brûlent mes lèvres, alors que je me rappelle brutalement que le temps nous manque. Les Fouines se sont illustrés lors de la bataille de Passy : tous ont montré du courage et surtout, de la confiance envers moi tandis que je bossait pour Myra. C'est à mon tour de faire preuve de générosité.

En dégainant le petit poignard dissimulé dans la poche intérieure de ma veste, je vois une lueur de terreur illuminer les prunelles sombres de Leho. J'hésite un instant avant de trancher les liens qui entravent ses poignets. Il est désormais libre, du moins pour l'instant.

_ Merci, souffle-t-il avant de s'emparer de l'arme que je lui tends.

Je ne répond rien. Tandis que je retourne à mon poste, je subis sans sourciller les reproches silencieux de mes alliés. Avery est certainement la plus virulente et la plus effrayante à cet instant. Je peux sentir dans ses gestes tendus toute la rancoeur qu'elle nourrit pour Leho. Seulement aucun d'eux ne bouge pour contester ma décision. Tant mieux, dans le cas contraire ils auraient eu affaire à moi. Enfin, tout du moins aurais-je essayé de ne pas me ridiculiser.

Alors que les éclats de voix et les bruits de pas se rapprochent, je sens la main de Leho se frayer un chemin dans la mienne. Je baisse lentement le regard, observe ses doigts enlacer les miens avant de relever le nez. Comme un écho du passé, ce contact ravive en moi l'ombre d'un sentiment disparu, d'une admiration sans bornes que j'avais autrefois éprouvé pour lui. Je me surprend alors à me demander si les braises d'un ancien feu sont vraiment éteintes.

C'est alors que je remarque les iris bleues de Noam braquées sur nous. Sans vraiment comprendre pourquoi, je me dégage de la prise de Leho et fais un pas sur le côté pour reprendre ma concentration.

Pour le moment, je ne dois penser à rien d'autres qu'aux Fantômes. Et, comme si l'idée de leur nom les avait appelé, je le vois surgir des fourrés. En nous voyant, ils poussent un cri rageur : Goliath en première ligne se rue sur nous. Aussitôt, les premières détonations retentissent et filent de tous les côtés. Je me met à couvert derrière un tronc couché, bientôt suivie par Leho. Alors que mes mains tremblent comme celles d'une petite filles apeurée, mon ancien petit ami lui garde son calme, recharge son arme et attend une ouverture.

A partir du moment où nous adversaires rechargent leurs flingues, celui-ci se redresse et leur envoie une rafale accompagnée d'un hurlement sauvage.

Soudain, son cri se mue en douleur. Du sang coule sur son t-shirt, macule ses vêtements et éclabousse mon visage.

Complètement tétanisée, je le vois s'effondrer par terre.

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