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C'était une expérience étrange d'avoir une équipe scientifique de la police ratisser votre appartement. Je ne pouvais que les regarder mettre de la poudre partout et prendre des photos. J'étais étonnée que le sergent ait prêté attention à ce que lui avait dit Will. Avait-il magnifié l'histoire ou lui avait-il exactement ce qu'il s'était passé ? Je n'aurais su dire. Il avait déjà menti une fois au sergent, pourquoi pas une seconde fois ?

Je restai assise dans la cuisine avec Camden. J'aurais voulu pouvoir lui tenir la main, me caler dans ses bras. J'avais besoin de réconfort, de chaleur. Au lieu de ça, je devais rester assise à côté de lui sans pouvoir faire quoi que ce soit. Rien d'autre qu'attendre et lui jeter des regards de temps en temps.

En fin d'après-midi, William était parti chercher James à la gare. J'aurais voulu y aller avec lui, surtout maintenant que j'étais rassurée, certaine que ce n'était pas lui le tueur, mais nous ne pouvions pas laisser Andrews et son équipe dans l'appartement sans personne pour voir ce qu'ils faisaient. Camden avait aussitôt assuré qu'il resterait avec moi. J'avais bien tenté de le renvoyer vers son frère mais il savait ce dernier en sécurité chez son petit ami aussi préférait-il être là pour moi. Il avait dit « pour vous » mais je savais que sa véritable pensée n'incluait pas William.

Mes amis n'étaient toujours pas rentrés lorsque l'équipe scientifique partit. Le sergent et son coéquipier demeurèrent dans l'appartement un peu plus longtemps.

- Nous vous appellerons si nous apprenons quoi que ce soit.

Camden marmonna un remerciement plus dicté par la politesse que par la sincérité. Je ne cherchai pas à dire quoi que ce soit. Je la regardai droit dans les yeux sans ouvrir la bouche.

- Et si vous vous rappelez du moindre détail...

- On appellera. Comme on le fait depuis le début, raillai-je sèchement.

- Vous allez la protéger ? demanda Camden. Vous savez qu'elle est en danger.

- Je vais essayer de dépêcher un officier mais nous avons peu d'effectifs alors je doute de pouvoir en trouver un seul qui soit libre.

- C'est votre boulot de protéger les gens ! C'est votre boulot et vous êtes incapable de le faire correctement. Ne me faites pas croire que personne dans votre bureau ne peut venir protéger Skylar ! Vous savez que le tueur compte s'en prendre à elle ! Il... ou elle, peu importe, a bien fait savoir que sa prochaine cible est Skylar et vous comptez attendre de la retrouver morte ?!

Je me levai pour saisir son bras et je le ramenai vers son siège dans la cuisine. Il ne me regarda pas, ses yeux rivés sur Andrews avec une colère et une haine presque palpables. Je ne fis pas attention aux allers-retours du regard de Greenwill entre Cam et moi. Au point où nous en sommes, je m'en moque royalement. Je pouvais mourir du jour au lendemain. Cet assassin en avait après moi et la police ne comptait pas me protéger. Qu'ils devinent pour ma relation avec Camden ne changerait rien.

Mon petit ami finit par soupirer et il se rassit sur sa chaise. J'escortai les deux policiers jusqu'à la porte et je les laissai partir sans un mot. Ils m'intimèrent d'être prudente, de faire attention, qu'ils feraient le maximum. Je n'en crus pas un mot. Ils se concentreraient sur leurs indices, ne s'occuperaient pas du risque que je courais rien qu'en respirant. Ils s'en moquaient. Dans leur esprit, peut-être se disaient-ils que, plus vite les indices seraient analysés, plus vite ils trouveraient un nom et que, donc, ils feraient une arrestation. Sauf que je doutais qu'ils aillent assez vite. Ils n'iraient jamais assez vite pour l'arrêter.

L'angoisse ne me quitta pas lorsque je refermai la porte. Au contraire. Je me sentais encore moins en sécurité dans mon appartement que j'aurais pu l'être dans la rue. Il n'y avait rien de pire que de ne pas se sentir à l'aise chez soi. Je vivais dans cet appartement depuis des années, ça avait toujours été mon refuge, l'endroit où je pouvais tout relâcher le stress de la journée, toutes mes angoisses et juste oublier. Et quand les morts avaient commencées, c'était le seul endroit où il ne me serait jamais venu à l'idée d'être en danger.

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