Chapitre 7 *

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 Le sable était froid contre ses pieds. Au-dessus de lui, le Soleil commençait sa dégringolade, et bariolait le ciel de saillies orange – son sang radieux se déversait, encore et encore, jusqu'à l'arrivée de la nuit qui balayerait tout comme de la vulgaire poussière.

La température continuait à chuter, mais Axel ne se décida pas encore à rentrer. Il respira à pleins poumons l'air iodé, les yeux rivés sur l'océan. La marée n'allait pas tarder à monter : l'écume se rapprochait dangereusement de lui, mais le jeune pêcheur n'en avait cure.

Pour la première fois depuis ces derniers jours, malgré son esprit qui ne cessait de le torturer, Axel se sentait étrangement serein.

Puis, un mouvement dans son champ de vision attira son attention. Il baissa les yeux, et suivit du regard un crabe qui décampait à toute vitesse, vers la droite. Le jeune homme l'observa en silence s'éloigner de la mer, probablement en quête de nourriture. Quand son regard croisa un autre spécimen, proche de lui, Axel s'agenouilla lentement pour l'étudier de plus près. Pendant un court instant, ses pensées se turent, occupées par ces créatures qu'il connaissait pourtant si bien.

Une algue sortie de nulle part s'écrasa contre sa figure.

Avec un cri, Axel perdit l'équilibre et tomba en arrière. Il se débarrassa de l'algue dans un mouvement rageur, et s'apprêta à la jeter de toutes ses forces dans l'océan.

Mais un rire le figea sur place. L'algue lui échappa des mains.

L'écume continuait à se déverser sur la plage, et les crabes étaient bien loin désormais. Et, perchée sur un rocher, où des patelles s'étaient accrochées au fil du temps, Morgane continuait à rire, tout en le regardant.

— Touché ! Tu ne l'as pas vue venir, celle-là !

— Tu es enfin revenue ! Ça fait des jours que je t'attendais !

— Quoi, tu te languissais ? riait la sirène. J'imagine que je devrais en être touchée.

Soudain, elle se laissa tomber en arrière, et plongea dans l'eau. Axel se releva d'un bond. Morgane réapparut quelques pieds plus loin, le buste à l'air libre.

— Il commence à faire froid, dehors. Je préfère rester au chaud, dans l'eau.

— Je pensais que tu n'allais plus jamais venir, articula le jeune pêcheur d'une voix blanche, l'air assez penaud – Axel avait l'impression que son esprit se détachait petit à petit de son corps.

— Pardonne-moi, j'ai eu... des petits contre-temps, on va dire. J'ai pu enfin me libérer ce matin. J'aurais bien voulu te voir à ce moment-là, mais t'étais avec l'autre, pesta la sirène en plissant les yeux.

— Tu parles de Baptiste ? Tu aurais pu t'approcher, il n'est pas...

— Je m'en fiche de comment il s'appelle, celui-là, balança Morgane d'une voix dure. Je croyais qu'on avait été clairs sur ça : tu ne dois parler de moi à personne, ici. T'es sacrément une personne de confiance, toi, dis donc.

Le jeune pêcheur eut l'impression de recevoir une enclume sur la tête. Sa bouche s'assécha abruptement, tandis que la sirène le dévisageait, les bras croisés. Axel sentit ses joues rougir, marquées par le fer blanc de la honte. Il baissa instinctivement la tête, incapable de soutenir le regard de Morgane plus longtemps.

— Eh bien ? On fait le timide ? Tu ne l'étais probablement pas, quand tu lui as parlé de moi, à celui-là.

— Ne t'inquiète pas, il ne dira rien, se défendit Axel d'une voix chevrotante. Baptiste est quelqu'un de confiance...

I am not a fish !Où les histoires vivent. Découvrez maintenant