C'était un homme que je ne connaissais pas. Mais il avait quelque chose de saisissant. C'était un homme riche, apparemment. Du moins, c'était ce que ses vêtements laissaient entendre.
- Oh, je me suis trompé de pièce, veuillez m'excuser, bredouilla l'inconnu.
- Qui êtes-vous ?, demandai-je.
L'inconnu me toisa de haut en bas et eut une moue de dédain.
- Et vous donc ?, rétorqua-t-il.
- Cendrine de Tréville, je suis la fille du baron Guillaume de...
- Oh, mes excuses, me coupa l'inconnu. Je suis Jean Lanvais.
Je hochai la tête, lentement, sourcils froncés. Ce Lanvais ne m'inspirait aucune confiance. Il s'éloigna rapidement, tandis que je me demandais ce qu'un bourgois tel que lui venait faire ici. Soupirant, je décidai de monter, délaissant Henriette à contre-coeur. Soudain, une main se posa sur mon épaule. Je me retournai. Louis-Henri. Il souriait, ce qui creusait ses fossettes.... Je songeais alors que s'il se plaisait autrefois à me tourmenter avec Bertille, c'était plus par taquinerie que par réelle méchanceté...puisque durant son temps libre, il lui arrivait de m'apprendre quelques coups d'escrime, ou bien de disputer des courses à cheval.
Louis-Henri esquissa un geste vers mon visage, puis se ravisa.
- Euh... J'ai lu votre billet et...., commençai-je.
- Non, point, Cendrine. Cela doit attendre ce soir, me coupa-t-il. Si jamais une oreille indiscrète nous prenait... D'autant plus si cette oreille devait appartenir à ma sur, dont vous ne connaissez que trop bien la rancoeur...
J'avais onze ans. C'était la nuit. J'avais fait un cauchemars... Attirée par des éclats de voix, j'étais allée à la fenêtre. Bertille. Et la fille du majordome qui avait le même âge il me semblait. Elles étaient enlacées... Etrange. Bertille prenait tous le monde de haut, même les nobles n'échappaient pas à son dédain... Alors elle, enlacer une simple fille de majordome ? Surprise, je décidai de les observer encore un peu.
- Bertille ! Je t'aime ! Mais...enfin, qui accepterait ? Deux femmes ? Je suis la fille du majordome, en plus !
- Et alors ? Françoise, tu m'aime, tu viens de me le dire !
Bertille pleurait, je ne rêvais pas ! S'ensuit enfin un baiser.... Elles s'embrassaient comme un...comme un couple, en fait.
Le lendemain, lorsque nous déjeunions, encore prise par la scène surprise la veille, je décidai de poser la question à Clarisse, puisque père travaillait.
- Mère, lui demandai-je. Deux femmes peuvent-elles s'aimer ? D'amour, j'entends.
Surprise par la question, Clarisse fronça les sourcils, tandis que Bertille me fusilla du regard.
- Pourquoi une telle question ?, dit-elle.
- Parce que j'ai vu Bertille et la fille du majordome s'embrasser sur la bouche hier !, répondis-je sans voir le mal. Même que Bertille pleurait.
Bertille se leva d'un coup, tandis que les traits de Clarisse se durcissaient.
Clarisse m'avait crue. Le majordome avait été renvoyé. Et Bertille, par faute, fut envoyée au couvent. Louis-Henri sourit derechef.
- Imaginez, Cendrine : notre chère Bertille pourrait hurler à l'inceste, quand bien même nous n'ayons ni sang ni nom en commun.
Je ne pus relever car Antoinette arriva, belle et souriante. Comme toujours. Elle nous prit tous deux par la main.
- Allons ! Venez ! Il y a un invité que je meurs d'envie de vous présenter, Cendrine, et le déjeuner va être servi.
Louis-Henri et moi nous regardâmes avant de sourire. Dommage que père n'eut été là pour voir enfin une famille harmonieuse...ou presque.
Nous primes donc place à table, où étaient déjà assis Bertille, Clarisse et...ce Jean Lanvais. Ça riait, ça causait... Antoinette prit place aux côtés de Lanvais, et Louis-Henri et moi fumes côte à côte entre Bertille et Antoinette. Étrangement, depuis le début du repas, Lanvais ne cessait de me fixer...ce qui me mettait mal à l'aise.
- Mes enfants, dit Clarisse, je vous présente Jean Lanvais, qui va passer quelque temps ici.
- Enchantée, bredouillai-je sans toutefois en penser un mot.
- Je vous présente Antoinette et Bertille, mes filles, continua Clarisse, Louis-Henri, mon fils, et Cendrine, la fille de mon mari.
La fille de son mari ? Je pinçai les lèvres. Dans un sens, moi non plus je ne la considérais pas comme ma mère.
- Charmante créature, commenta Lanvais en me regardant.
Quoi ? Créature ? Je tentai de cacher mon indignation en avalant une cuillère de soupe. Louis-Henri, par contre, semblait bien décidé à répliquer.
- Charmante créature qui est déjà, je le crains, amourachée, dit-il.
Amouracher ? De qui donc ? J'allais protester, mais Clarisse m'en empêcha.
- Vraiment ? Allons, mon enfant, contez nous cela, s'exclama-t-elle en levant un sourcil.
- Oui, j'ai hâte d'entendre votre histoire, ajouta perfidement Bertille.
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Cendrillon
Historical FictionIl était une fois... Car tout conte commence ainsi. Sauf que, on le sait très bien, la vie n'est pas un conte de fée. Encore moins la mienne. Je suis Cendrine De Tréville, mais tout le monde m'appelle Cendrillon, et voici mon histoire. La vraie.
