N'osant pas résister à Matiass qui m'entraînait déjà, je me laissai faire, et nous nous dirigeâmes en direction de ces voix. Quelques couloirs plus loin, nous vîmes enfin à qui elles appartenaient : un groupe d'adolescent d'environ notre âge. Un peu plus de filles que de garçons, peut-être. Ils étaient postés devant une porte, attendant visiblement quelque chose. Les filles jacassaient entre elles, éclatant parfois de rire, les garçons étaient plus discrets.
En nous voyant, ils se turent tous. Ils nous épièrent, nous regardant de haut en bas. J'eus la désagréable impression d'être jugée, et ceci uniquement par mon physique. Evidemment, piquai un fard. Matiass, aussi gêné que moi me lâcha aussitôt la main. Comment fallait-il réagir ? Se présenter ou garder le silence ? S'imposer ou rester discret ?
Ce fut Matiass qui fit le premier pas. Très à l'aise, il se présenta, puis fit de même avec moi. Vu les gloussements des filles, je vis qu'elles n'étaient elles non plus pas insensibles à son charme. Un garçon hocha alors la tête, s'avança vers nous et nous dit : « Je m'appelle Rayan. Vous êtes les deux nouveaux dans notre classe. Soyez les bienvenus ».
Je souris, soulagée. Nous avions pu trouver notre classe. Cette première journée s'avérait être bien moins pire que ce que je n'avais imaginé. Mais ce soulagement me quitta aussitôt lorsque je perçus une conversation joignant deux filles : « Rayan s'est montré trop gentil avec eux. Ils ne méritent pas cet accueil. Ce ne sont que des Utiles Levels 1.
- Le garçon est quand même mignon. Et il a l'air sympa.
- Peut-être. Mais la fille n'a rien de tout ça, je ne vois pas pourquoi on se montrerait chaleureux avec elle.
Voyant que je les espionnait, elles se turent, mais me lancèrent toutes les deux un regard assassin. Je rougis et m'approchai machinalement de Matiass. Des Utiles Levels 1 ? Que-est-ce-que cela signifiait ?
Nous attendîmes encore un peu, avant qu'un adulte nous rejoigne. C'était un homme plutôt jeune, la vingtaine. Il sourit en me voyant. Je ne parvins pas à lui rendre son sourire, trop inquiète de ce qui allait advenir.
Il ouvrit la porte de la salle, et tout le monde entra. A l'intérieur, il y avait une chaise par table. Il devait y en avoir une trentaine au total. Un à un, les adolescents s'assirent sur une chaise. D'un signe, Rayan invita Matiass à s'assoir à côté de lui. Ce dernier s'exerça, sans me jeter un regard. Dépitée, j'attendis debout, en espérant que le professeur me désigne un endroit où s'assoir. Voyant qu'il ne le faisant pas, je m'assis sur une chaise tout de seule. Courage, Cille.
Le professeur se présenta. Il disait être notre professeur de sincérité. J'en déduisis qu'il y avait aussi un professeur de Soumission, et un autre de Rapidité. Un professeur par Qualité. C'était peut-être ainsi que le foyer fonctionnait. Je regrettai de ne pas m'être plus informée.
Il débuta donc son cours. A peine eut-il commencé à parler que je fus perdue. Il utilisait un langage que je ne connaissais pas, avec pleins de notions que je n'avais jamais apprises. Naïvement, j'espérai que la suite du cours allait mieux se dérouler.
Malheureusement, non. Il avait un débit très rapide, balançant des informations auquel je ne comprenais rien. Tout le monde (y comprit Matiass) prenait des notes. Eux semblaient saisir une grande partie du cours, tandis que j'étais juste perdue. Il suffisait que je me concentre sur un mot pour qu'il ai déjà lâché cinq phrases. L'heure me sembla interminable. A force de ne rien saisir, je commençai à paniquer. Il fallait que je prenne des notes.
Je sortis une feuille et notai tout ce que le professeur disait. Au bout de dix minutes de ce rythme d'écriture intenable, je sentis une douleur au niveau de ma main. Mais je l'ignorais, continuant à écrire fiévreusement. Prendre sur moi devenait de plus en plus simple... A la fin du cours, je tentai de me relire. En vain. J'avais écris tellement vite que mon écriture était devenue illisible. De plus, ma main me faisait à présent réellement souffrir. Tous ces efforts pour... rien.
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Les Insoumis
Science FictionCille a toujours été ce qu'on exigeait d'elle. C'est à dire une Utile (une personne entièrement soumise à la société). Mais à côté de cela, il y a les Inutiles. Les Inutiles qu'on méprise, qu'on discrimine et qu'on emprisonne. Et puis il y a le be...
