Malgré un titre qui peut prêter à confusion, il s'agit bien d'un recueil de nouvelles, pas d'un challenge, puisqu'elles ont été écrites au préalable et dans un cadre autre que celui de Wattpad.
Ce livre répertorie les nouvelles écrites par les membr...
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Le bruit de ses pas résonne comme s'ils étaient le seul bruit alentour. Tap, tap. Il fait sombre.
Et elle a peur. Bon sang, ce qu'elle a peur. Mais elle ne peut pas abandonner. Pas maintenant.
Il fait sombre. Ce n'est pourtant pas la nuit. Enfin, elle ne croit pas que ce soit la nuit. Il lui semble qu'elle est partie bien avant le point du jour, de toute façon. Elle n'a pas pu marcher si longtemps.
La fôret est sinistre. Le silence répand une atmosphère de mort qui la fait frissoner bien plus que la fraîcheur des lieux. Elle n'a pas besoin d'être magicienne pour savoir que quelque chose de malsain s'y trame.
Mais elle s'en fiche, elle n'a pas le choix. Il faut continuer, il faut avancer. Le bas de ses jupes trempées par l'eau rend sa marche lourde et peu assurée.
Son coeur est plus lourd encore.
De sa main pend une chaîne brillante. C'est peut-être la seule chose qu'elle possède qui n'a pas l'air usée par le temps.
Le pendentif qui y est accroché est étincelant. Presque trop même. Il est aussi chaud que le soleil qui a depuis longtemps déserté les cimes des arbres.
Elle avance. On dirait quasiment qu'elle sait où elle doit aller, mais en réalité, elle est complètement perdue. Elle est égarée dans sa vie, errante dans ses pensées, et désorientée sur sa route.
Elle commence à s'inquiéter plus qu'elle ne l'est déjà. Si elle s'est perdue, c'est que la forêt est contre elle. Et si la forêt est contre elle, c'est fini. Elle n'est déjà plus qu'un souvenir.
Mais sous ses pieds, les marches se forment, d'un coup. Elle darde un regard hagard et dubitatif sur le chemin qu'elle a emprunté sans vraiment en connaître la direction. L'arbre est creux, l'antre encore plus noir que la forêt. Mais c'est ici.
Elle relève un peu ses vêtements qui la glacent plus qu'ils ne la réchauffent, monte les marches de pierre quatre à quatre, et, alors qu'elle atteint enfin son but, elle hésite. Elle a peut-être tort, finalement. Elle se trompe sûrement de route. Elle a encore un peu de temps. Elle pourrait retourner sur ses pas.
Oui, retourner au villlage, et partir vers la mer semble une bonne idée. Elle lui traverse l'esprit comme une flèche viendrait lui passser en travers du cerveau. Invasive et douloureuse. Mais non. Elle a choisi ce chemin parce que c'était le seul possible. Elle se rappelle encore une fois que pour avoir ce qu'elle voulait, c'était l'unique moyen. Alors, elle s'arrête un instant.
Elle pose la main sur le bois. Jamais un arbre creux ne lui a semblé si vivant. Elle se débarrasse de ses jupes comme elle se serait débarrassée de déchets. Il ne lui reste qu'une espèce de tunique en toile qu'elle ferme à la taille à l'aide de sa chaîne. Il fait beaucoup trop sombre pour qu'elle puisse tenter de voir à quoi elle ressemble, et puis, de toute façon, elle n'entend toujours rien. Pas de ruisseau à l'eau bondissante dans les parages, sûrement.
Ou alors, la forêt a daigné lui faire un faveur, mais elle est toujours contre elle. C'est possible. Elle est fille de menuisier. Elle n'en voudrait pas à la fôret de lui faire payer les activités de son père.
Elle se redresse. Ce n'est pas le moment.
Le creux de l'arbre est petit et étroit. Tout semble fait pour qu'elle veuille abandonner. Elle n'abandonnera pas. Le bois autour d'elle forme un tunnel si bas qu'il lui faut se pencher en avant pour le parcourir.
Un peu d'eau coule dans le tunnel. Elle hoquette alors que ses pieds frôlent le liquide glacé, son dos touche le plafond du tunnel, et elle s'empalerait presque sur ce qui lui semble être une épine. Il fait de plus en plus sombre.
Pour un peu, elle se demanderait si, en plus de devenir sourde, elle ne deviendrait pas aveugle. C'est possible. Ceux qui sont allés dans la forêt ne sont, pour la plupart, jamais revenus. Et les filles comme elle? Pareil. Certaines se sont même vu interdire de choisir la forêt. Elle aussi. Mais elle n'a pas obéi. Peut-être qu'elle aurait dû.
Puis, le tunnel semble s'élargir. Enfin, elle ne sent plus le plafond d'épines lui lacérer le dos. Ni les parois l'empêcher d'écarter les bras. Ni même l'eau froide sur ses pieds, ou le sol biscornu.
Le goût de sang sur sa langue s'estompe lui aussi peu à peu, et les relents d'humidité qui l'entourent, elle ne les sent même plus.
Mais elle avance, sans vraiment savoir vers où exactement ni même si elle avance réellement. Elle continue une route qu'elle ne connaissait de toute manière pas vraiment.
La seule chose qu'elle commence à sentir, c'est la fatigue et le désespoir. La peur s'est évanouie depuis longtemps. Ce qui arrivera arrivera et ne dépendra pas d'elle, de toute façon. Ou si, plutôt, mais elle ne peut plus rien changer. Alea jacta est. Les dés sont jetés et les jeux sont faits.
Et, alors qu'elle se dit ça, la traversée lui semble plus facile. Elle ne pensait pas qu'il pouvait y avoir de tunnel si long dans un ridicule arbre creux, mais bizarrement, même sans voir aucune lumière, il lui semble qu'elle arrive au bout. Elle se redresse, et il lui semble que le plafond n'est plus si bas. Le sol se réchauffe. Elle s'entend marcher.
Elle se sait enfermée, mais lorsque le tunnel s'ouvre une pièce ronde éclairée par des torches, elle ne s'est jamais sentie aussi libre.
Il n'y a pas de porte. Juste un heurtoir de pierre accroché au mur. Son pendentif se rallume, alors elle l'utilise et toque. Une fois, deux fois. Trois fois.
Il n'y a pas l'air d'avoir qui que ce soit d'autre qu'elle dans cette pièce. Elle se tourne et observe le tunnel. Il lui envoie un frisson dans le dos. Etrangement, elle sait qu'elle n'y repassera plus jamais.
Quelqu'un se racle la gorge. Elle sursaute et se retourne. Une porte est apparue. Elle ne sait pas vraiment qui est derrière ou même s'il y a jamais eu quelqu'un. Peut-être est-ce son imagination.
Alors elle ouvre la porte. Elle entre dans une pièce chaleureuse. Au milieu, une femme aux cheveux argentés mais au visage resplendissant de jeunesse travaille au rouet. On pourrait presque croire à une jeune femme normale d'un village classique si plusieurs potions d'apothicaire n'étaient posées sur les étagères. Elle s'arrête de travailler et fixe sa visiteuse.
Cette dernière sait bien qu'elle n'est pas présentable. Sa tunique est déchirée et son dos souffre le martyre. On dirait presque qu'on l'a fouettée sur la place publique tellement cette douleur lui fait honte. Elle est sûrement échevelée, et rouge. Dégoulinante de sueur et tachée de poussière. Mais elle est là, et la femme sourit.
-Tu es la première depuis deux cent ans. La plupart s'arrêtent et tentent de rebrousser chemin. Toi, tu n'as jamais regardé en arrière.
Elle déglutit. Elle ne sait pas vraiment si c'est un bon point.
-C'est pour ton rite de passage ? Pourquoi as-tu choisi la forêt ?
-Je voulais me perdre.
-Et tu m'as trouvée. Assieds-toi.
Et la femme au cheveux d'argent prend soin d'elle avant d'attraper son pendentif. La femme sourit.
-Aurum. Ça ne m'étonne pas vraiment. Mais bizarrement, les gens du soleil n'aiment pas les endroits tristes. Ce n'est pas ici que j'essaierais d'échapper à ma vie. Est-ce que tu es prête?
Elle ne se souvient plus de ce qu'elle a répondu. Ses cheveux dorés luisent, illuminés par le pendentif qui la baigne de lumière. C'est lui qui lui a donné ce qu'elle a.
Argentum est dans la pièce et la regarde avec douceur alors qu'elles entendent quelqu'un toquer. Elles n'ont pas attendu cent ans pour celui-ci.
Ce n'est pas chose aisée que de devenir un gardien de la forêt.