Chapitre 11: Que faire ?
Je montai à pas vifs dans ma chambre. Une bonne aux yeux bridés, Alia, me jeta en un regard d'étonnement en me voyant passer ainsi, courant presque dans l'escalier. J'avais l'impression d'avoir des ailes. C'était la première fois que je me sentais aussi libre. Et non, je ne l'étais pas, physiquement. Mais je pensais, je pensais des choses auxquelles je n'aurais jamais songé auparavant.
Avoir un avis différent de mes parents et l'exprimer ? Impensable.
Et pourtant, pourtant... Je l'avais fait et je n'en avais même pas honte !
Je voyais bien qu'une action entraînait une autre, comme un domino en fait tomber un autre.
Peu importe les conséquences, je les assumerais.
Je poussai violemment la porte de ma chambre. Il n'y avait plus trace de majordome ou de bonne. Tant mieux.
J'ouvrai d'un geste théâtral la porte fenêtre et m'accoudai à la balustrade de fer de mon balcon.
Contemplant la cour intérieure, je voyais la vie dans cette maisonnée. Des gens allaient, s'interpellaient, parlaient, transmettant des ordres, les souhaits des maîtres. Tous obéissants, vivant simplement. Faisaient-ils ce qu'ils aimaient ? Probablement pas.
Désormais, moi, je ferai ce que je voudrais. Deux ans selon les médecins. Peut-être se trompaient-ils, dans le bon ou le mauvais sens. Peut-être pas. Et pas question de gâcher chaque précieuse seconde en n'étant pas moi-même. Désormais je serai moi, Marlie Delkov, et pas juste la fille obéissante de Céleste et Gérom. Gabello et Éliane Cavem, mes très chers souverains, avaient beau me considérer comme un déchet, je serai un déchet qui fera ce qu'il veut.
Qu'ils fassent attention, car même les poubelles peuvent avoir du ressentiment !
Le vent soufflait fort aujourd'hui, l'air était lourd, une tempête se préparait. Un sourire s'étirait sur mes lèvres. La météo était tellement en accord avec les changements qui se bousculaient en moi. Mes longs cheveux, qui m'arrivaient au creux des reins maintenant, volaient en tous sens autour de moi. Je ne les avais pas coupés une seule fois depuis mon passage à l'âge adolescent, à dix ans. Je ne voulais plus ressembler aux petites filles qui n'ont pas le droit de les laisser pousser ! Par coutume, on coupait les cheveux des enfants, les laissant pousser au maximum jusqu'aux épaules, tant qu'ils n'avaient pas atteint dix ans. Après, on pouvait en faire ce qu'on voulait, c'était symbolique, le moment où l'enfant peut commencer à décider de certaines choses.
J'avais cette impression de pouvoir diriger ma vie pendant ces quelques secondes, là, perchée sur mon balcon de pierre.
Puis je revins à la réalité.
Que faire ?
Il fallait que j'aille parler à mon frère. Lui dire ce qu'il se passait. Je ne l'avais pas vu dans la maison... C'était étrange.
Rapidement, je traversais ma chambre en sens contraire, butant contre le tapis au passage. Il fallait que je trouve une femme de chambre ou un majordome, ne pouvant clairement pas questionner mes parents après ce que je venais de faire. Le couloir de mon étage était vide.
Pas un chat.
Après avoir vérifié s'il n'était pas dans sa chambre, je décidai d'une tactique.
Le plus simple était de descendre en cuisine, pour trouver les commères. Elles étaient au rez-de-chaussée, à quelques portes de la salle à manger. Rien qu'en arrivant au début du couloir, j'entendais le bruit sourd des voix se disputant, les cling clang clong des casseroles, des poêles et des ustensiles s'entrechoquant. J'adorai les cuisines. Toujours en mouvement, toujours vivantes.
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Effet domino
ФэнтезиMarlie est née avec un pouvoir, celui de la glace. Elle fait partie des détenteurs, de rares personnes qui, comme elle, sont différents. Très jeune, elle obtient une position de rêve dans sa société aristocratique, grâce à l'impératrice qui la prend...