Chapitre 15: Entraînement!
Tobbyan était un très bon enseignant, et sincèrement, je n'en avais aucune idée avant ces événements ! Il essayait tant bien que mal de me faire intégrer une méthode d'apprentissage, mais, plus la date fatidique approchait, pire élève j'étais... La semaine qu'il me restait s'était presque entièrement écoulée.
"- Marlie, sérieux, concentre toi !
-... Ok
- Tu as déjà fait des progrès donc ne t'inquiètes pas. Tu partais de loin, vu que tu n'avais presque rien fait pendant, euh, toute ta vie. Tu sais créer des choses inanimées de grosse taille tant que tu les visualises dans ta tête ! C'est bien, surtout pour te défendre. Et tu sais geler des grandes surfaces - toute ta chambre, tu te rends compte ? Alors, arrête de te bloquer. Maintenant, il faut que tu arrives à reproduire ce que tu faisais instinctivement quand tu étais petite : glacer des choses vivantes. Ne t'inquiète pas, je sais ce que tu vas dire, et non, je ne te demande pas de geler tes adversaires jusqu'à ce que mort s'ensuive !
- Tobby, c'est compliqué, il faut que j'arrive à glacer tout ce qu'il y a sous la peau pour empêcher un être humain de bouger... Je ne sais absolument pas comment j'avais fait... Et, comme tu l'as si bien dit, je n'ai presque rien fais pendant 14 ans... Je crois que mon "talent" c'est envolé, pfffuit, disparu ! Tu ne veux pas plutôt que je continue de m'entraîner à créer des armes ? Ça, je sais faire !
- T'aurais pas besoin de créer des armes si tu gelais tes adversaires dès le début... Mais bon, soit, je t'accorde une pause pour faire une activité de bourrin !
- Je suis une bourrine, un problème avec ça, Tobby? "
Un sourire rieur s'étalait sur nos visages, La bourrine était le surnom qu'il m'avait donné en voyant mon engouement pour créer des marteaux et des épées. Je ne pouvais pas lui en vouloir car je ne niais pas que j'aimais le faire ! Ca me procurait un sentiment de puissance très satisfaisant. L'étape qui avait été la plus difficile à franchir les jours précédents était celle de la création simultanée - la main droite et la main gauche en même temps. C'était un peu comme pour les pianistes, il fallait que mes mains jouent des "notes" différentes. Rapidement, j'imaginais une paire de poignards et en quelques secondes, ils étaient dans mes mains, bien réels. Je les lançais sur une cible à 10 mètres de moi, puis passais à la fabrication d'une épée.
"- C'est pas mal du tout, Lili § Tu peux au moins remercier nos parents pour les cours de combat! Tu ne loupes jamais ta cible avec les poignards, c'est bien. Par contre, il y a toujours un problème...
- Je sais.
- Il faut que tu arrêtes de fermer les yeux lorsque tu sculptes tes armes mentalement. Dans un combat, ça te serait fatal. Tu peux le faire, Marlie, c'est une des dernières étapes de notre petit entraînement !
- Je sais, Tobby. Ça me fait bizarre de me dire que je pars demain. Le temps passe tellement vite... Bon, allez, j'essaie les yeux ouverts."
C'était beaucoup plus difficile, car ce que je voyais ne correspondait pas à ce que j'imaginais. C'est à ce moment-là qu'une idée me vint : je n'avais qu'à scinder mon esprit en deux. Une partie regarderai ce qui se passait devant moi, tandis que l'autre sculpterai mentalement l'objet ! C'était toutefois plus facile à dire qu'à faire... Après plusieurs heures d'essais plus ou moins fructueux, j'arrivais enfin à faire les mêmes choses que lorsque j'avais les yeux fermés. Après cette matinée plutôt chargée, venait l'heure du déjeuner, heure que mon frère et moi détestions. Nous n'étions pas autorisés à parler car nos parents devaient s'entretenir de choses "importantes" comme ils aimaient le dire. C'était d'un ennui mortel, ils ne faisaient que discuter d'après mon départ, du discours qu'ils tiendraient devant les autres aristocrates, la position qu'ils devraient tenir, la meilleure approche à adopter. Valait-il mieux jouer la famille affectée et triste ou celle qui est humble et qui s'incline face au choix de l'empereur ? Fallait-il faire des discours publics pour montrer le sacrifice qu'ils faisaient ? Combien de temps devraient-ils attendre avant de recommencer à organiser des fêtes ? Etc, etc, etc. La plupart du temps, je les fixais, en essayant de faire transparaître tout le dégoût qu'ils m'inspiraient. Ils allaient probablement passer leurs vie à se demander quelle image ils renvoyaient, une vie de tristesse en fin de compte. Personne ne pouvait être heureux en faisant ça, en ne vivant qu'au travers des autres. Personne, même des gens forts et puissants comme les Delkov.
Heureusement, mes cousins et cousines bousculaient un peu ce monde rigide. Par exemple, Gloria et Sophia, des jumelles de quatre ans, s'amusaient à coiffer mes cheveux de manière... assez grotesque. Elles faisaient des compétitions de "qui fait le plus de couettes " sur ma tête ou encore mettaient de la gélatine dans mes cheveux pour les faire tenir à la verticale. Je me prêtais au jeu de bon cœur. Elles étaient contentes d'avoir une "presque adulte" qui s'occupait d'elles, leurs parents ne leur accordaient pas beaucoup d'attention malheureusement. Elles regrettaient mon ancienne couleur de cheveux qu'elles trouvaient plus "rigolote" ; ce qui était sûr, c'est que le noir ne m'allait pas. Le contraste entre ma peau et cette couleur capillaire était tout simplement immonde. J'avais vraiment hâte que la coloration parte. Taomas, un de mes cousins éloignés que je voyais pour la première fois, était bien d'accord avec les jumelles. Selon lui, avec des cheveux corbeau, je ressemblais encore moins à une Delkov qu'auparavant. Je l'aimais bien lui ; il avait 17 ans et était un garçon fier. Il avait des idées tranchées et était une vraie tête de mule. En bref, il allait devenir un bon Delkov mais, pour l'instant, il disait ce qu'il pensait, chose assez rare dans notre monde. Les petites ne voulaient pas que je parte, ce qui était gentil de leur part ! Je les connaissais depuis leur naissance et les considéraient comme mes petites sœurs, même si je ne les avais pas beaucoup vu à cause de... mon ancien emploi du temps qui était assez chargé. La maison n'avait jamais été aussi remplie de monde que lors de cette dernière semaine ; un défilé permanent de membres de la famille, plus ou moins éloignés. Grand-mère Carmen et grand-père Sildor (les parents de ma mère, sévères au possible); Oncle Argon et sa femme, tante Félicie (parents de Taomas et plutôt contents de l'effet positif de ma "nomination"); Oncle Merwan et son épouse, Tante Livie (parents des jumelles); mon oncle Vivian et son époux, oncle Connor; il y avait aussi mes oncles et tantes éloignés, leurs enfants, les enfants de leurs enfants, etc, etc, etc. Beaucoup de monde. Ma famille, lorsqu'elle se réunit, est composée de plus d'une centaine de personnes. Eh bien, ils sont tous venus me voir pour une dernière discussion, un dernier dîner, une dernière accolade. Belle attention je trouve, si ce n'est qu'il y avait une autre motivation derrière : se mettre au point avec mes parents sur le discours à tenir en public (je suis trop généraliste, certains venaient vraiment uniquement pour moi).
Malgré tout, je sentais une haine intense monter en moi. Chaque heure qui s'écoulait, chaque seconde, chaque minute ne faisait qu'empirer les choses.
Je les détestais. Eux. Tous ces adultes pourris jusqu'à la moelle, ces gens qui ne se rendaient compte de rien ou qui ne faisaient rien. Et pire encore, je haïssais ceux qui profitaient de ce système, ceux pour qui les gens n'étaient que des pions, des jouets. Des objets.
Tobby voyait ce changement mais ne l'approuvait pas. Il pensait que la haine allait m'aveugler, qu'elle allait m'abrutir et que je ferai des bêtises une fois la frontière passée. Je pouvais comprendre ses craintes, mais moi je savais. Je savais que ce volcan de sentiments bouillonnant en moi n'allaient pas me pénaliser mais au contraire, m'aider. La colère me faisait progresser plus vite. Et de la colère, j'en avais au rabais.
Je crois bien que personne n'avait changé aussi rapidement que moi. En quelques semaines, j'étais passée d'un extrême à l'autre, un sacré volte-face ! Mieux valait en rire qu'en pleurer...
Pour me faire plaisir, après la balade digestive si chère à mes parents, Tobbyan a bien voulu qu'on joue au jeu que j'adorais quand j'étais petite : les dominos ! Alors, avec Gloria, Sophia et Taomas le Perfectionniste, à nos côtés, nous avons construit un immense circuit de dominos avec des obstacles et des leviers. Ça a dû nous prendre trois heures pour le faire, nous avons même été interrompu par le dîner. Puis, alors que les jumelles tombaient de fatigue, nous l'avons fini. J'ai eu l'honneur de pousser le premier domino et, sous mes yeux, tout ce que nous avions construit s'est effondré. Inexorablement, un domino en poussait un autre. Lorsque le dernier domino tomba, il ne restait qu'une chose à faire : passer à autre chose. Mon frère savait ce que cela représentait pour moi.
Demain, tout allait changer.

VOUS LISEZ
Effet domino
FantasíaMarlie est née avec un pouvoir, celui de la glace. Elle fait partie des détenteurs, de rares personnes qui, comme elle, sont différents. Très jeune, elle obtient une position de rêve dans sa société aristocratique, grâce à l'impératrice qui la prend...