Chapitre 18

9 2 2
                                    

Chapitre 18: Morte

Alors que notre petit groupe s'approchait des roches jaunes de la montagne, un grondement sourd se fit entendre. Devant mes yeux ébahis, un pan de la paroi s'est enfoncé, puis décalé vers la droite. Une ouverture de la taille d'une porte normale s'est révélée devant moi. Je me demandais tout de même ce qu'allait devenir la voiture... Elle était plantée là, à dix mètres de la porte, bien trop grosse pour passer. Voyant mon coup d'œil étonné, Thaïs, la chef, a répondu à ma question muette : "Le véhicule sera récupéré dans un instant, le général n'a pas souhaité vous faire entrer par la porte principale. Discrétion oblige." Évidemment, mon arrivée était secrète.

Nous avons pénétré dans ce sanctuaire de roche les uns derrière les autres, comme des enfants bien disciplinés. Le contraste entre la lumière crue du soleil et les ténèbres opaques dans lesquelles nous nous trouvions était extrêmement déstabilisant. Enfin, lorsque mes yeux se sont habitués à la nouvelle luminosité (quasi-inexistante, il faut le dire), j'ai pu observer mon environnement. Nous nous trouvions dans un couloir creusé à même la roche, les murs étaient nus, sans décoration, et humides. En effet, malgré la chaleur terrible qui allait de pair avec le désert en plein jour, l'intérieur de cette montagne était frais. Tellement frais que je grelottais sans m'en rendre compte. Notre petit groupe continuait d'avancer. Vu l'étroitesse du passage, ça devait être une voie de dernier recours. Compte-tenu de la quantité de poussière au sol, ce chemin était visiblement peu utilisé. Une ampoule, tous les dix pas environ, éclairait le sol d'une lumière blafarde, comme des flaques de lumière au milieu des ténèbres. Enfin, une lourde porte de bronze est apparue devant nous. De ce côté-ci de la porte, il n'y avait aucun verrou apparent... Ce passage avait donc été conçu pour être à sens unique. Ainsi, les indésirables ne peuvent pas s'introduire dans cette forteresse de pierre. Comment avons-nous fait pour entrer ? Un moyen vieux comme le monde : après une séquence bien définie de coups sur la porte, quelqu'un nous a ouvert.

De l'autre côté, il y avait de la lumière. Beaucoup de lumière. En fait, le système d'éclairage et de ventilation étaient tellement perfectionné qu'on aurait pu se croire sous la lumière du soleil, dans une prairie, et non au sein d'une montagne froide et humide.
La base militaire était étonnamment vide, mis à part le "portier", nous n'avions rencontré personne d'autre. Les murs étaient peints en blanc, en gris clair ou en jaune sable selon les sections. Sans surprise pour une base militaire, il n'y avait pas de décoration. Après avoir emprunté plusieurs couloirs, nous avons traversé un grand hall avec de multiples tables au centre. Ce devait probablement être la salle de restauration. Bien que le plafond soit haut et les couloirs vides, aucun écho ne se faisait entendre, ce qui était plus que perturbant. Enfin, après avoir dépassé ce qui semblait être une infinité de portes et de salles, nous sommes entrés dans une pièce.

C'était une sorte de salle de réunion, avec une grande table en bois au milieu. Elle devait être prévue pour accueillir une vingtaine de personnes environ, avec autant de chaises. Conan, le soldat à ma droite, m'a fait asseoir sur une des chaises, puis ils se sont reculés tous les quatre vers le fond de la pièce. S'ensuivit cinq bonnes minutes de silence pesant à attendre... à attendre quoi au juste ? Peut-être un officier, ou d'autres soldats, encore.
Enfin, une porte dissimulée dans le mur au fond de la salle s'ouvrit. Un homme, dans la cinquantaine, apparu. Il était grand, avait des cheveux bouclés grisonnants, des yeux marrons chocolat et une peau cuivrée. J'avais rarement vu des personnes avec cette apparence dans ma ville natale. Compte-tenu de la quantité de médailles sur sa veste, il devait être un haut-gradé dans l'armée. Immédiatement, mes "gardes du corps" se sont mis au garde-à-vous. C'était une scène aussi impressionnante qu'irréaliste : une poignée de soldats, une prisonnière et un général/amiral/je-ne-sais-qui dans une base vide, cachée dans une montagne, au milieu du désert. S'en était presque comique.

Après s'être assis, il m'a regardé pendant encore une longue minute. Je détestais ces moments où quelqu'un me regardait fixement: que devais-je faire ? Le regarder dans les yeux ? Peut-être valait-il mieux que je regarde ses cheveux ou ses joues ? Ou ne pas le regarder du tout ? Finalement, je me décidais à faire un concours de regards de "qui tiendra le plus longtemps". Ça a eu l'air de lui plaire puisque, après un petit sourire, il s'est enfin décidé à parler :

"- Bonjour Marlie Delkov.

- ... Bonjour.

- Je suis le général Valdh, c'est moi qui ai été chargé de vous accueillir, comme vous le voyez. Sachez que, même si notre Présidente n'a pas pu venir en personne, elle vous souhaite aussi la bienvenue sur notre territoire.

- ... (je me demandais sincèrement à quoi servait tout ce petit laïus d'entrée, rien ne l'obligeait à faire cela)

- Lorsque les négociations ont eu lieu, seules des personnes de haut rang au sein de la République y ont été admises. Quant à la décision de votre sort, le cercle "d'initiés" si je puis dire, est encore plus restreint. Mais, avant de vous parler de tout ça, il faut que je m'assure d'une chose...  A qui êtes-vous fidèle ?

- Vous voulez dire, est-ce que je suis encore au service de l'Empire ? La réponse est non. Je n'ai aucune raison de l'être, ils m'ont livrée sans me demander mon accord et ma famille a acquiescé avec bien trop de bonne volonté. Quant à savoir si je suis fidèle à la République, il va falloir que vous me disiez d'abord ce que vous voulez faire de moi. 

Le général s'est mis à rire doucement.

- Vous êtes comme votre frère vous a décrite.

- Donc vous connaissez la Résistance ?

- Oui, l'armée et les services secrets sont liés à la Résistance bien plus que vous ne l'imaginez. Et votre frère fait partie des leaders, il est devenu une figure emblématique du mouvement. Un héros de l'ombre, si vous voulez. Mais là n'est pas le sujet. D'après ce qu'il m'a raconté et ce que tu viens de dire, je pense que tu n'obéiras plus à l'Empire. Je t'ai jugée et la République a confiance en mon jugement. Donc, à partir de cette minute, Marlie Delkov est morte."

Autant dire que je ne m'attendais pas à cette déclaration.

Effet dominoOù les histoires vivent. Découvrez maintenant