Chapitre 19

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Chapitre 19: Le stratagème

J'étais quelques peu abasourdie par l'annonce de ma mort prochaine et le général Valdh était visiblement fier de son petit effet. Très, très fier de son effet. Je pense même qu'il avait attendu toute sa vie un moment comme celui-là, où il pourrait dire une phrase aussi décisive (et stylée, certes) que celle-ci. Cependant, j'avais bien noté la petite, hum, subtilité, dans sa formulation qui me laissait penser que, non, je n'allais pas mourir aujourd'hui.

"- Lorsque vous dites "Marlie Delkov est morte", vous voulez dire que je vais perdre mon identité, c'est ça ?

- Pfff, quel dommage, j'aurais bien aimé que mes mots aient un peu plus d'impact... Au moins, j'ai testé votre capacité d'analyse -qui est excellente d'ailleurs- ce qui est un bon point. Donc, oui, bien sûr, nous n'allons pas vous tuer ici. Du moins, tant que vous ne vous rendez pas coupable de haute trahison envers la République, tout devrait bien se passer. Mais nous dévions du sujet. Les services secrets, en collaboration avec l'armée, ont imaginé un plan pour vous transformer en "joker" pour notre nation. Nous ferons croire à l'Empire que vous n'avez pas supporté le nouveau climat, que vous avez rapidement développé une maladie qui vous sera mortelle. Avez-vous déjà été dans un désert comme celui-ci ?

- Non, jamais, je suis toujours restée dans la capitale. Mes seuls "vrais" voyages consistaient à aller voir ma famille à la campagne.

- C'est parfait, il n'a donc jamais été prouvé que vous pouviez supporter ce climat. Notre histoire est encore plus plausible.

- Mais je pourrais réellement ne pas le supporter.

- Premièrement, vous êtes une détentrice de capacité, donc vous avez un système immunitaire fort. Deuxièmement, si jamais vous ne supportez vraiment pas le désert et cette base militaire, vous serez transférée dans une autre base, donc ne vous en faites pas.

- Général, même si je me doute que mon frère vous en a déjà informé, j'ai Cissia. Même si on ne sait actuellement pas comment elle se propage ou comment les enfants l'attrapent, je doute fortement que mon système immunitaire soit "fort", comme vous dites.

- Bien sûr que nous savons que vous êtes malade. Toutefois, je vais nuancer ce que vous avez dit. Vous avez développé le premier symptôme de Cissia il y a quelques semaines à peine. Autrement dit, Cissia s'est déclarée chez vous à 14 ans ! 14 ans au lieu de 6 ou 8 ans. Cela montre, contrairement à ce que vous pensez, que votre corps combat très bien la maladie. C'est aussi pour cette raison que l'armée tient à vous garder saine et sauve, et en bonne santé. Nous voulons vous étudier dans l'espoir de trouver un médicament contre la maladie. D'après votre frère, le gouvernement était très fier de son pseudo « cadeau empoisonné ». Mais l'Empire de Nariel, en se séparant de vous, vient de perdre une des personnes les plus prometteuse de notre époque. Vous allez peut-être nous apporter une solution pour combattre cette maladie qui fait des ravages dans la population... Mais revenons à notre plan. Après l'annonce de votre mort et votre changement d'identité, vous allez apprendre à vous contrôler et à développer votre capacité, ici, dans cette base. On vous enseignera l'art de la stratégie, les techniques de combat rapproché et à distance, et tout ce qu'un bon militaire doit connaître. A terme, vous intégrerez notre unité de Défense Spéciale qui regroupe tous les Détenteurs de la République de Valgone. Lorsque la guerre éclatera à nouveau entre la République de Valgone et l'Empire de Nariel, ce qui finira inévitablement par arriver, vous serez notre élément de surprise. Je pense que vous l'avez déjà compris, mais vous n'avez pas réellement le choix. Vous devez intégrer l'armée.

- De toute façon, qu'est-ce que je pourrais faire d'autre ? Je suis dans un pays inconnu, je serai bientôt déclarée morte et je n'ai jamais appris à survivre par moi-même. Sincèrement, devenir soldat ne me rebute pas le moins du monde. Par contre, les autres soldats de votre « unité de Défense Spéciale » risquent de ne pas beaucoup m'apprécier. 

- Dans l'immédiat, ne vous inquiétez pas pour ça. Nous avons tout le temps qu'il faut pour préparer votre introduction dans l'unité. Votre formation va durer trois ans et elle sera intensive. Je vous préviens à l'avance, vous serez en contact avec très peu de monde. Les soldats qui vous ont escortée jusqu'ici ont été triés sur le volet et resteront avec vous dans cette base durant ces trois années d'entraînement. Ils sont dignes de confiance. De mon côté, je ne pourrai pas être en permanence dans cette base, des absences répétées seraient bien trop suspectes. Je ne viendrai vous voir qu'une ou deux fois par mois, mais peut-être que je pourrai augmenter mes visites avec le temps. Cependant, je suis et je resterai votre supérieur hiérarchique direct, je suis officiellement -si on peut le dire ainsi- responsable de vous. »

Cet « entretien d'embauche » étant terminé, le général, accompagné des quatre soldats, m'a fait visiter la base. J'ai appris qu'elle était désaffectée depuis une dizaine d'années environ. Pour protéger le secret de ma présence, elle avait même été effacée des registres de l'armée par les services secrets. Pour respecter cette discrétion, nous allions devoir (les quelques soldats présents sur le site et moi) rénover certaines parties par nous-même. On ne pouvait pas se permettre de faire appel à des professionnels. 

Après une enfilade de portes et de pièces, nous sommes finalement arrivés dans le gymnase. Il était tout simplement immense. Toute la partie droite était consacrée à un parcours d'obstacles. Au fond, derrière une porte coulissante, j'apercevais d'autres agrès qui ne demandaient qu'à être utilisés. A gauche, il y avait plusieurs rings de boxe, des haltères et pleins d'autres appareils de musculation que je n'avais jamais vu auparavant. Certes, j'avais pratiqué l'escrime et certains sports de défense au palais impérial, mais je ne m'étais jamais focalisée sur le développement de mes muscles. Là-bas, ce genre d'activité n'est qu'une sorte de passe-temps. Autant dire que je n'avais pas hâte de commencer les longues séances de sport que le gymnase et les explications du général laissaient présager.

"- Au fait, général, qui m'apprendra à contrôler ma capacité? Je n'ai pas l'impression que l'unité qui m'a accompagnée ici possède des Détenteurs... Les connaisseurs en la matière étaient plutôt rares dans l'Empire, et je suppose que le même problème se pose dans ce pays.

- S'il y a bien une chose que je peux vous assurer, c'est que nos connaissances sur les capacités et les Détenteurs sont plus grandes chaque jour. Nous comprenons de mieux en mieux leur, hum, fonctionnement? Ce n'est pas le bon terme, mais vous comprenez l'idée. Votre "maître" vous expliquera tout ça. Elle n'est pas encore arrivée à la base, mais vous la rencontrerez bientôt."

Il n'a pas voulu m'en dire plus sur ce fameux "maître" (qui était une femme d'ailleurs). Après le gymnase, nous avons rapidement fini la visite de la base et nous sommes retournés dans la pièce ou j'avais rencontré le général. En effet, il restait un détail plutôt important à régler...

" - A partir d'aujourd'hui, personne ne pourra vous appeler Marlie. Vous avez trois années devant vous pour vous habituer à votre nouvelle identité et votre nouvelle vie. (Il me tendit la main) Adieu Marlie Delkov. Bienvenue dans la République de Valdone, Kaylen Lorenheim."

Et nous nous sommes serrés la main.

Effet dominoOù les histoires vivent. Découvrez maintenant