Chapitre 2

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Andreas s'extirpe du château allemand sans une once de compassion pour Grace. Lors de ces interminables nuits à la consoler, quand elle se plaignait d'Ethel, quand elle se plaignait de son mari absent, quand elle se plaignait des critiques de ses sujets, et qu'il a abordé un nombre incalculable de fois la possibilité d'altérer le cours du destin en s'axant sur Irène, et non plus sur la Trinité, elle n'a jamais accepté, cloîtrée dans son effroi. Tant pis pour elle.

Et si cette folle d'Ethel explose de rage contre l'Assemblée du Nord, Andreas disparaîtra et ne reviendra jamais, et il ne pleurera aucune mort parmi ces lâches.

Par chance, il ne sera pas en retard, puisque l'Allemagne se situe à quelques battements de cœur du sud-est de la France. Il ralentit dans la pénombre d'un bâtiment. Le soleil se couche petit à petit, la lumière persiste. Andreas reçoit alors un message sur son portable. Il peut tout juste en lire l'adresse affichée qu'il s'efface. Irène et ses centaines de téléphones prépayés, dont elle se débarrasse toujours. Avec l'Ordre Blanc à l'affût, ils ne s'aventureront pas à discuter inconsciemment par textos. 

Avignon. Il y court. Si Irène se repère facilement dans cette ville, Andreas doit chercher sur son GPS pour arriver au bon endroit. 

L'endroit en question consiste en un bâtiment souillé par des graffitis, les murs émiettés, les déchets formant une montagne à l'entrée, les boîtes aux lettres grandes ouvertes. Un rat s'enfuit en l'entendant. Ce dernier bondit dans une canalisation. L'oreille affinée d'Andreas discerne jusqu'à trois cent rongeurs dans les murs et le parfum senteur d'excréments ne trompe pas non plus. Il soupire de son air théâtral. Il présume sans grande difficulté la raison qui pousserait un individu sain d'esprit à vivre ici. Les effluves pestilentiels pour dissimuler sa propre odeur. Isolé d'Avignon, à l'extérieur de la ville, à proximité de champs de lavandes en cas de fuite urgente. Et personne pour venir l'embêter. 

— Un minimum de décence, tout de même..., rouspète-t-il.

Jetant un coup d'œil à ses chaussures cirées, un second soupir succède au premier, bien plus profond et agacé, et il pose les deux pieds dans la crasse en jurant. La comédie aurait duré, si son oreille n'avait pas tiqué à un bruit suspect. Ni une, ni deux, il fonce dans les escaliers au béton défoncé, parsemé de papiers et de publicités humides, et il déboule dans un appartement...vide. Ses yeux se dressent immédiatement sur la fenêtre carrée du fond, ouverte.

Leur petit problème a pris ses jambes à son cou. Bien. Cela veut dire qu'elle se méfie. Moins bien, elle n'a pas réagi promptement, ce qui lui coûterait la vie si un autre s'attaquait à elle. Andreas repense à ce qu'Irène lui avait suggéré : qu'ils devraient lui apprendre comment survivre, comment se battre. Comment a-t-elle pu survivre à la Trinité durant trois siècles sans se faire capturer ? 

Ne gaspillant pas de précieuses secondes, il saute des cinq étages sans un effort et aperçoit à plusieurs mètres une silhouette fine, maigrelette, mal nourrie. Blessée apparemment. Tant mieux. Il devrait régler cette histoire dans les cinq prochaines minutes. Il ne faut pas plus d'une inspiration pour qu'Andreas la rattrape, empoigne son bras, la tire en arrière et esquive des griffes acérées. Le petit problème d'Irène a beau dévoiler un caractère sauvage et téméraire, ses compétences en combat sont discutables. Elle gesticule à droite, à gauche, en haut, en bas... Peut-être qu'elle panique, ou peut-être que personne ne lui a enseigné les techniques de base. Sans sourciller, il bloque chacun de ses coups, les redirige et place même l'un de ses bras dans son dos, faisant mine de s'ennuyer. Puérile provocation pour qu'elle perde davantage ses moyens.

La petite louve n'est pas contente, de toute évidence. Elle rugit et entame sa transformation, mais il ne traîne pas et lui décoche un violent coup de talon dans l'abdomen. La force la renvoie exactement là où elle se terrait. La femme heurte le mur de l'immeuble de plein fouet et passe à travers, s'effondrant dans la saleté. Dans la seconde, Andreas se tient à côté d'elle, de toute sa haute. Il s'époussette sans se pencher sur son cas. Elle se met à cracher du sang, un instant paralysée par la douleur. Le vampire note la fébrilité de ce corps. En tant que hybride, elle devrait être surpuissante, la combinaison de deux races, avec tous les pouvoirs et leurs dons. Or, elle ne guérit pas. Au contraire, elle s'enlise dans la souffrance et ses blessures sont multiples. Empoisonnée. Oui, il ne doute pas qu'elle ait bu l'eau interdite de l'Ordre Blanc. Si elle n'est pas morte, elle a dû en ingurgiter une quantité limitée, la recracher et se faire vomir. 

L'Insurrection [En correction/PAUSE !!]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant