1499, Turquie, Bursa
La capitale du puissant Empire Ottoman rugissait, prête à conquérir le monde. Le sultan Bayezid II comptait bien anéantir la république de Venise ; c'est pourquoi il s'était méticuleusement équipé. Désireux de piétiner le sol vénitien, il s'était même allié avec le célèbre corsaire, Barberousse, s'érigeant une flotte navale indestructible. La ville de Lépante était tombée quelques jours auparavant après un long siège et d'autres suivraient rapidement. Il avait également gagné le golfe de Corinthe et assailli le golfe de Codon. C'était une guerre perdue d'avance pour la pauvre nation européenne. Le restant de l'Italie se débattant déjà contre la France, elle implosait. Pour le plus grand plaisir des turcs.
Ces tensions dévastatrices inquiétaient fortement les créatures du Monde Obscur, puisque même leur territoire était touché par ces guerres. Nombreux objets de valeur, grimoire, ou encore produits essentiels, leur étaient dérobés. Ainsi l'Assemblée du Nord ordonna à ses meilleurs Protecteurs de retrouver tout ce qui avait été volé et de le ramener en lieu sûr.
Irène Horline était redevenue l'une d'eux depuis des années, et sa route n'avait plus croisé celle de son amant avec qui elle n'avait partagé qu'une nuit. Nuit qu'elle n'oublierait certainement jamais, mais qui devait demeurer enfouie dans leur esprit pour leur bien mutuel. Ses monarques lui avaient offerte de la protéger et de la garder éloignée de Cordélia - la vampire avait immédiatement admis les plans diaboliques de sa mère dès que ses supérieurs étaient venus la chercher, au sein même du domaine des Eston -, alors elle suivrait tous les ordres.
Aujourd'hui, elle se trouvait sur un navire aux couleurs de l'Empire Ottoman. Dissimulée sous une couche impressionnante d'habits, elle patientait dans la cale, sans que personne ne l'ait aperçue, et elle descendrait au port de Mudanya incognito, une ombre dans un décor de guerre. Nul ne la verrait venir. Son but était d'atteindre Bursa et elle n'en aurait aucun mal.
Une fois les pieds à terre, elle usa de sa vitesse vampirique pour courir à l'écart du port et s'accroupir un instant à l'abri des regards. Elle sortit une carte que les Protecteurs avaient soigneusement crée, indiquant le chemin précis à prendre afin de se rendre à la capitale. Les éclaireurs travaillaient vraisemblablement très bien, car elle ne mit pas dix minutes pour percevoir les silhouettes de la cité ottomane. La vampire bénit ses capacités surnaturelles, qui lui permettaient de parcourir des kilomètres innombrables sans se fatiguer.
De ce que les espions savaient, le sultan possédait des plans que l'Assemblée voulait absolument récupérer. Irène se glissa donc, comme si elle avait agi de la sorte toute sa vie, aisément dans son palais, tandis qu'il dirigeait sa flotte près des côtes vénitiennes, et elle commença à fouiller les moindres recoins de ses appartements privés. Connaissant bien l'esprit humain, elle observa longuement les feuilles empilées sur son écritoire et dénicha les bonnes. Moins de cinq minutes !
- Ne te réjouie pas ! prévint une voix sortie de nulle part. Ta mission ne se peut aussi aisée. Pas avec moi sur tes traces, ma chère.
La rousse n'éprouva le besoin de se retourner, reconnaissant sans grande peine le timbre brisé d'un homme espiègle. Toutefois, du mouvement attira son regard. Les plans, qu'elle tenait dans ses mains, s'effacèrent. Ne laissant que du papier vierge. Elle serra violemment la mâchoire, s'empêchant de montrer son agacement. En outre, elle préféra faire volte-face et dévisageait fatalement l'intrus.
Celui-ci parut subitement happé par la crainte. Pas de cette vampire, mais de ce qu'elle était désormais. Gabriel ne savait pas qui se tenait devant lui, les bras croisés, les orbes foudroyants, mais ce n'était pas Irène. Pas celle qu'il fréquentait autrefois.
- Permettez-moi de partir avec les plans que vous détenez, déclara-t-elle d'un ton morne, et peut-être vous laisserai-je vous en aller sans remontrance.
Bien que l'étonnement broya les sentiments de Gabriel, il le cacha du mieux qu'il put et rassembla la force nécessaire pour lui sourire. Un sourire qui signifiait beaucoup de choses pour lui, et si peu pour elle. Je suis heureux de te revoir. Ne me vouvoie plus, ne me traite plus comme un étranger. Aime-moi. Mon âme t'appartient. Souviens-toi de moi. Mon cœur bat pour toi, je respire pour ce moment. Ne me rejette pas. Mais, Irène, qui comprenait tous ces mots, les ignora, elle les bloqua par son simple regard ténébreux, le défiant de les prononcer à haute voix.
- Si tu souhaites tant ces plans, viens me les prendre. Cependant ! s'écria-t-il, quand elle s'avança. Tu les obtiendras d'un cadavre.
Et elle pouffa. Un rire retenu sarcastique qui pulvérisa toutes ses joies. Lui qui espérait cet instant, qui vivait pour la retrouver, pour l'implorer d'abandonner les Protecteurs et de le rejoindre. Lui qui s'apprêtait à clamer son inclination brûlante, qui l'aurait épousé dans la seconde. Lui qui priait pour l'aimer et en être aimé. Gabriel ravala sèchement les larmes qui menaçaient de trahir son chagrin infini. Il l'avait aidée, sauvée, adorée, et voilà comment ils se recroisaient. Lui, follement amoureux ; elle, insensible à ses passions.
Haussant ses épaules, elle ôta sa longue robe encombrante, ne restant qu'en tenue de combat. S'il attendait la confrontation, elle adviendrait. Puisqu'elle voulait rentrer en Angleterre au plus vite, elle dégaina ses dagues favorites et se positionna pour l'attaquer. Il soupira silencieusement, la fixant d'yeux suppliants. Ressaisis-toi, te dis-je ! semblait-il lui hurler.
- Je connais peu l'Ordre des Protecteurs, mais je comprends ta situation, vois-tu. Je sais qu'ils n'autorisent aucun attachement et qu'ils engendrent des créatures viles et sans morales. Je me convaincs que ton cœur a un jour battu à mon égard, et ainsi je te pardonne. Peu importe combien tu agiras mal, je te pardonne, Irène.
- Ici, en mission, vous êtes mon ennemi ! rétorqua la rousse, son palpitant se décrochant à chacune de ses paroles. Je dois vous éliminer quoi que soit ma méthode. Il fut un temps où j'eusse été votre aimée, mais ce temps n'existe plus, il est révolu depuis des années.
- Dans ce cas, ma chère, répond à ceci. Selon toi, dois-je continuer à me battre pour nous deux ? Penses-tu que cela soit juste ? Nous mèneras-tu à notre fin, alors que nous pourrions voguer sur nos flots d'antan ? Ordonne-le moi, si tu le peux. Dois-je me battre seul pour nous ?
Un regard furtif, un regard fuyant, une œillade timide, indéterminé, qui termina de persuader Gabriel. La femme avec laquelle il avait partagé des sentiments s'engloutissait dans sa propre illusion. Elle n'était pas perdue, seulement disparue, et il la rencontrera de nouveau. Probablement lorsqu'il pensera à un moyen ingénieux afin qu'elle quitte les Protecteurs. Présentement, Irène redoutait tellement sa mère et Infantatë, elle avait si souffert des lames démoniaques et de ses blessures, qu'elle obéirait à n'importe quel commandement de son Assemblée, tant que cette dernière la préservait de Cordélia.
Néanmoins, ayant sa réponse, il déposa sagement les plans sur l'écritoire, à la surprise d'Irène dont les yeux s'écarquillèrent. Pourquoi l'aidait-il, malgré le rejet ? Parce qu'il n'interprétait pas ce moment comme un rejet ; elle ne remarquait point que, par son silence, elle laissait sa porte ouverte.
Il ne se gêna pas pour entrer. Gabriel se rua sur elle et, dans ses pensées, elle le constata tardivement. Irène releva les yeux pour tomber dans les siens. Une main sur son épaule cuivrée de sa légère armure, la seconde dans son dos, le sorcier s'appropria promptement les lèvres douces et si séduisantes de la rousse. Elle tenta bien de se rebeller et de le repousser, mais, donnant peu d'énergie à l'éconduire, elle répliqua vivement à son baiser. La vampire glissa ses gracieux doigts dans sa chevelures ébènes et rapprocha leurs corps. Le désir monta soudainement en flèche et elle ouvrit les lèvres pour qu'il accède à l'intérieur attrayant de sa bouche. Le même ballet endiablé se joua, la pièce se réchauffa et ils échangèrent l'étreinte la plus lascive et affamée.
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L'Insurrection [En correction/PAUSE !!]
ParanormalIrène de Lister fuit son peuple, ses ennemis et ses alliés. Prometteuse vampire et Protectrice, tombée sous le charme de Gabriel Hastings, puissant sorcier, elle avait tout pour devenir une immortelle extrêmement importante et influente ; mais elle...
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