Chapitre 13

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- Puisque, visiblement, vous souhaitez tous la confrontation avec Mélissandre, elle aura lieu. Petite parenthèse pour Angelina ! déclara-t-elle, en pivotant vers la novice qui s'apprêtait à écouter attentivement. Mélissandre était une amie de ma défunte mère avec qui elle créa la Trinité, un groupe de fous furieux qui ont ruinés notre monde ! Mais, nous ne nous confrontons pas qu'à eux. L'Ordre Blanc est devenu un adversaire féroce également. Des humains qui menacent notre existence inlassablement et qui ont engendré des armes destructrices contre le Monde Obscur. Parenthèse refermée !

Stanislas n'osa plus relever la tête. Irène ne l'avait pas mentionné, mais il était autant coupable que Cordélia et Mélissandre dans cette guerre. Il la remerciait grandement de ne pas l'enfoncer aux yeux de cette jeune vampire. Il la considérait déjà comme une enfant qu'il souhaitait éduquer et ne désirait pas s'attirer une mauvaise opinion supplémentaire. Bien qu'à cette table, tous connaissaient l'histoire de la Trinité, et par conséquent la sienne. En revanche, il prenait l'insulte des 'fous furieux' directement pour lui et ne s'en froissa pas, puisqu'il s'accordait totalement avec cette pensée.

- A l'époque, la Trinité usa du Daemonica afin de renverser les pôles et de posséder le Monde Obscur. Elle maintint une suprématie incontestable depuis. Dans ce cas, il semblerait que notre victoire repose aussi sur l'utilisation de ce grimoire. Nous nous devons de combattre à armes égales.

- J'ai toujours cru que le Daemonica était resté dans les mains de la Trinité tout ce temps, exposa Stanislas. Seulement, Gabriel Eston le gardait à l'abri de tous, tel le bon chien obéissant dressé par Mélissandre. Il y a quelques mois, le Daemonica a changé de localisation. Il est dorénavant sous l'intégrale protection de l'Ordre Blanc. Dans la plus imprenable de leur forteresse. Si tu proposes cette solution, Irène, tu dois avoir pensé à une solution pour le récupérer.

- Nul besoin ! s'exclama la noiraude, encaissant tous les regards confondus de ses alliés. Parce que le Daemonica... Eh bien, comment réagiriez-vous, si je vous confiais que je suis celle qui l'ai protégé durant un siècle environ ?

La réaction ne se fit pas attendre. Des bouches bées, des mines contrits, des traits durcis par le doute, mais majoritairement de l'effarement. Dans le but précis de les convaincre, Irène leva sa main impérieuse et la posa contre le bois lisse de la table, paume dirigée vers le plafond. Et... Devant leurs visages éberlués... Le Daemonica apparut sur sa main. Elle le laissa glisser, pour qu'ils puissent chacun à leur tour le toucher, s'assurer de sa présence physique. Le Daemonica. L'objet le plus dévastateur de l'univers non pas en possession du camp de la Trinité, mais dans le leur.

Ils amorcèrent tous simultanément des mouvements pour l'interroger, mais elle les arrêta sur le champ. Comment l'avait-elle obtenu ? Par quels subterfuges avait-elle dupé les omnipotents Mélissandre et Gabriel ? Pourquoi s'était-elle tue ? Et, surtout, que voulait-elle en faire exactement ? Combien de sortilèges déploierait-elle sur ses ennemis ? Toutes ces questions restèrent en suspens. Elle préserverait, jusque dans sa tombe, son secret. En outre, elle expliciterait au moins une question.

- Ma mère fut la maîtresse d'un démon supérieur, nommée Infantatë, qui participa violemment à l'Insurrection. Nous pouvons d'ailleurs considérer cette chose comme la pièce fondamentale de ce terrible triomphe. Infantatë s'évapora à la suite de ce funèbre soir, et n'est donc plus possédée par Mélissandre... De ce fait, je descends aux Enfers et je reviens avec elle. Des objections ?

Un tonnerre assourdissant de reproches fusa. Keira, Aaron, Démettra et Rocklow s'inquiétaient vigoureusement de sa survie. Peu revenait vivant des Enfers, Cordélia n'était qu'un miracle. Angelina ne comprit guère tout ce brouhaha et éloigna lentement sa chaise de ces créatures outrées. Andreas et Stanislas, eux, se préoccupaient davantage de sa santé mentale. Sa mère était devenue complètement hystérique et impulsive après son retour du monde démoniaque. Irène ne devait pas prendre ce risque.

Toutefois, elle coupa court à toutes leurs agitations. Tapant la table brutalement, ils fermèrent leurs lèvres tremblantes de colère. Elle se mit sur pieds, saisit le Daemonica et l'ouvrit à une page qu'elle connaissait par cœur à force de l'avoir lue et relue. Pour eux, cette page était vide, vierge ; pour elle, les mots parcouraient les feuilles. Elle s'en imprégna une dernière fois, avant de le clore de nouveau.

- Je ne suis pas Cordélia Horline et je ne deviendrais jamais aussi folle qu'elle l'eusse été. Parce que, contrairement à elle, mes intentions seront éternellement correctes... Commençons, voulez-vous ? Moi, Irène Horline, fille des pécheresses flammes des Enfers, née des cendres démoniaques, créature de l'Ombre, j'implore une entrevue avec le Tout-puissant ! Je sais pertinemment qu'il a espéré mon arrivée pendant des siècles, alors que sa volonté soit exaucée. Me voici, prête à m'agenouiller devant lui ! Que mon corps sont détruit ! Que mon âme soit sienne ! Je ne crains ni la mort, ni la vie ; ainsi, Tout-puissant, cessez de nous faire attendre et entraînez-moi en plein cœur de votre royaume infecte et diabolique !

Dans la seconde qui suivit, Irène s'écroula brusquement. Andreas accourut à ses côtés, Stanislas et Démettra suivirent. Tandis que les deux hommes essayaient de la réveiller, la blonde prit son pouls. La vampire n'en avait plus. Angelina s'était levée et approchée, anxieuse pour son amie. Keira et Aaron n'en revenaient toujours pas de tant d'audace. La noiraude venait réellement d'ordonner au Diable. Mais, ils s'effrayaient tout à coup, quand elle ne soulevait plus ses paupières.

- Elle est décédée. Son cœur ne bat pas ! souffla abruptement Démettra, qui jeta un vent glacial parmi les alliés.

L'Insurrection [En correction/PAUSE !!]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant