Chapitre 6

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1431, France, Paris

La paix entre la France et l'Angleterre ne pointait toujours pas le bout de son nez. Les tensions ne bougeaient pas, et s'agitaient. Jeanne d'Arc s'apprêtait à être gratifiée pour son aide précieuse. Et comme récompense, elle obtenait d'être brûlée vive pour hérésie et sorcellerie. Cela faisait un an que les créatures du Monde Obscur se questionner sur cette femme. Était-elle folle ? Hérétique ? Discutait-elle avec Dieu ? Avec le Diable ? Ou était-elle l'une des leurs ? Personne n'était capable de répondre à ces questions.

Durant ces années d'équilibre craquelant, Irène Horline ne se remettait toujours pas de ses blessures. Au début, aux premiers mois, les parents Eston la traitaient comme un animal, ou une plante verte. Constamment enfermée dans une chambre à double verrou, les rideaux tirés, un verre de sang par jour, suffisamment pour survivre. Son corps se battait avec ses ultimes ressources, ses plaies semblaient se soigner, mais se rouvraient au moindre mouvement. Puis, Gabriel avait fini par convaincre ses parents de mieux se comporter. D'animal, elle était devenue une invité d'honneur, secrètement bien entendu. Ils la nourrissaient bien, la divertissaient et tentaient d'aider sa cicatrisation manuellement, à la façon humaine. Mais, elle ne guérissait toujours pas. Au bout de sept mois exactement, les Eston se préoccupèrent réellement de son état, elle paraissait absente, ne se renfrognait plus aux insultes sur les vampires, et refusait de temps à autre sa nourriture.

Gabriel l'assistait systématiquement, incapable de la laisser seule plus d'une heure, au risque de la retrouver à moitié morte au sol. Neuf ans s'étaient écoulés en totalité, les parents sorciers ramenaient régulièrement des idées ingénieuses pour la soulager et ils réussissaient plutôt bien à chaque fois. La vampire retrouvait des couleurs et ses blessures s'étaient refermées. Elle cicatrisait convenablement. Toutefois, des bleus et hématomes persistaient à se loger sous sa peau, signe que son extérieur demeurait un problème. Aujourd'hui, désespéré, le jeune homme lui apportait une lourde pinte de sang frais et une solution. Il y avait songé toute la nuit et présumait qu'il s'agissait d'une bonne idée.

En pénétrant dans sa chambre, il la trouva enroulée dans une chaude couverture en laine, devant l'âtre. Elle prenait froid facilement et découvrait les joies des maladies. La lame du démon l'avait bel et bien endommagée, comme disait Gabriel. Ce dernier s'agenouilla près d'elle et lui tendit son poignet, innocemment. Plus le temps passé, plus il souhaitait qu'elle se remette sur pieds. Il détestait la voir si faible, contrairement à cette soirée en Allemagne, où il l'avait immédiatement aimée.

- Que dois-je faire de votre main ? questionna-t-elle d'une voix rauque et gutturale.

- Je suis une logique ; nous vous avons donnée du sang d'humain, de vampire et même de cabot puisqu'ils possèdent des aptitudes de guérison supérieures aux nôtres, nul n'a fonctionné sur vous. Seulement, un démon se rapproche davantage d'un sorcier que des autres espèces. Donc, essayez-moi. Buvez à mon poignet.

Elle ne réfuta pas la proposition, comme il le présageait, mais attrapa d'une main tremblante la sienne. Il l'aida au mieux en levant lui-même son poignet au niveau de ses lèvres. Irène sentit son odeur et crut halluciner. Elle s'apprêtait à se nourrir sur un sorcier. Ceci la répugna, mais elle se conforta en se disant que Gabriel était désormais son allié et qu'elle ne devait plus s'en dégoûter. Sorcier ou non, elle devait essayer. Alors, ses crocs se dressèrent et elle les planta rapidement dans sa tendre chair, se voulant pourtant douce. Il ne grimaça pas, il paraissait apprécier la sensation et fixait d'un œil contemplatif la rousse. Jamais il n'avait observé un vampire s'abreuver. C'était un acte intime normalement. Elle but à sa faim, et elle n'aurait probablement pas la nécessité de la pinte.

Sur ses genoux, Gabriel vint se coller au fauteuil sur lequel elle était installée, et il s'approcha de son visage. Il avait besoin de la sentir près de lui, sous son contrôle, protégée. Bien que le sorcier comprenait très bien qu'elle partirait dès qu'elle en aurait l'occasion, il ne s'empêchait pas de s'attacher à cette vampire pleine de surprise, qui prenait présentement un malin plaisir à lui pomper une bonne dose de son sang. Ses forces la regagnaient et il en était ravi. Enfin une des méthodes payait vraiment.

- Est-ce suffisamment à ton goût ? s'enquit-il, caressant délicatement ses cheveux. A ce geste, Irène lâcha subitement son poignet qui tomba sur ses cuisses. Grâce à sa nature, Gabriel cicatrisa brièvement, les laissant obnubilés par le regard de l'autre. Je crois que...je t'enfermerai dans ce manoir pour le restant de nos jours. Vampires ou sorciers, Protectrice ou non, je te veux. Je te veux, et je veux que tu t'offres à moi.

La vampire ignorait qu'ils étaient assez proches pour se tutoyer, mais il semblait qu'ils dépassaient toutes les mœurs et conventions. N'attendant ni réponse, ni réaction, Gabriel la saisit par les épaules et la tira jusqu'au lit, dans le coin de la pièce. Il enleva un rideau accroché à l'armature et la poussa doucement sur le matelas peu confortable. Étonnement, elle l'autorisa à agir avec autant de frivolité, puisqu'elle appréciait cet instant hors du monde, hors de son monde. Un endroit où sa mère ne la tuait pas.

- Aucun retour en arrière, mon aimée.

A ces paroles bien trop mièvres pour elle - sûrement s'y habituerait-elle bientôt -, il grimpa à son tour sur le lit et se coucha au dessus de son corps plus vivace qu'il y a quelques minutes. Gabriel prit une minute pour l'admirer et faire traîner son pouce sur sa fine mâchoire. Ils se freinaient tous les deux dans leur envie, se réprimant violemment. Cependant, et contre toute attente, Irène brisa cette retenue en venant l'embrasser. Se redressant sur ses coudes, elle força sur le champ l'entrée de sa bouche et y imposa sa langue, qui trouva sa jumelle avec beaucoup d'ardeur. Courtois, il la laissa mener la danse, mais ils en vinrent à une limite. Ils voulaient plus, mais leurs vêtements interdisaient ce plus.

Gabriel n'eut aucun mal à retirer ses habits, et il s'attaqua par la suite au corset de la vampire. Il se chargea de les mettre à nus, et elle s'occupa pendant ce temps en mordillant par ci, par là son torse. Il retenait ses gémissements à chaque morsure, puisqu'elles produisaient un effet d'aphrodisiaque sur lui.

Enfin libérés de leurs entraves, il se jeta sur ses lèvres qu'il dévora à en perdre l'esprit. Qui aurait pu prévoir cela ? Une vampire et un sorcier, dénudés, dans une chambre au fond d'un domaine bourgeois, pas de règles, plus de domination, seulement le désir charnel et passionnel qui explosait à travers leurs touchés, leurs caresses et leurs baisers enflammés. 

- Je vous en conjure, supplia-t-elle.

Une demande, une réponse. Gabriel s'activa à la délivrer du carcan de son existence et descendit ses baisers humides sur l'entièreté de son corps ; il passa un long moment à maltraiter son cou, surtout ses clavicules, puis coula sur sa poitrine avec laquelle il s'amusa longuement à leur grand plaisir, ses mollets l'appelèrent alors il les rencontra avidement, et salua également ses cuisses. Les souffles erratiques, les cœurs au bord de la rupture, ils se désiraient purement et simplement, et il était déterminé à combler leur fulgurant envie.

Se couchant à nouveau sur elle, mais prenant soin de ne pas trop s'appuyer, Gabriel n'en pouvait plus, comme Irène, ainsi il effaça le mince espace entre eux et d'un coup élancé, il les fit enfin goûter à cette mémorable jouissance. Aller et venir en elle revenait à pousser toutes les limites de l'univers, détruisant toutes les barrières et engendrant un rêve bien à eux. Les gémissements essoufflés et les râles remplissaient la pièce. Elle ne le supportait plus, souhaitant implosant d'un bonheur qui se révélait à peine.

Ses mouvements souples se transformèrent peu à peu en coups acharnés, qui visaient tous à les satisfaire mutuellement. Et, à en juger par les sons obscènes qui sortaient de la pièce, faisant rougir les serviteurs et gardes, ils vivaient le meilleur instant de leur existence.

L'Insurrection [En correction/PAUSE !!]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant