Chapitre 12

25 2 0
                                        

La nuit était tombée et avec elle, les ombres qui entachaient l'existence torturée d'Irène. Depuis quelques heures, Angelina s'était transformée et Andreas tenait à merveille son rôle de précepteur. Et Carline, elle, n'avait eu cette chance. La noiraude s'en voulait encore. Elle demeurerait coupable certainement jusqu'à ce qu'elle ait obtenu vengeance. En attendant, elle ruminait dans son coin. Agenouillée, le dos droit et le regard perdu au loin, elle s'était isolée dans le jardin, incapable de faire face aux autres.

Elle se savait observée depuis un moment. Devinant par élimination, puisque Angelina et Andreas étaient occupés, que Démettra dormait tôt, exténuée par cette vie mouvementée, et que les cabots n'oseraient s'approcher d'elle, elle se doutait que Stanislas s'inquiétait de son état. Il ne la connaissait pas véritablement, mais autrefois Cordélia l'évoquait régulièrement - elle aimait son enfant malgré tout -, et c'était comme s'il l'avait côtoyée longtemps.

Pendant qu'un voile de noirceur se couchait sur la voûte céleste, l'alpha décida de la faire rentrer. Elle ne devait pas s'apitoyer des heures, mais plutôt relever la tête et affronter fièrement la situation. Il s'accroupit à ses côtés, sans qu'elle ne lui accorde un regard. Puisque ni son paternel, ni sa mère n'avaient pu lui offrir un amour parental, il adorerait les remplacer. Ayant renoncé à la reproduction, Stanislas rêvait d'être père. Au moins, une seconde. C'est pourquoi il se permit de la tutoyer.

- Je suppose que tu l'as fréquenté peu de temps, cette jeune fille, interrogea, plus que ce qu'il présuma.

- Non, en effet. Seulement deux ans et demi. Cette année, elle passait son baccalauréat. J'ignore si elle aurait atteint la mention cependant. Pas qu'elle se débrouillait mal en cours, mais elle préférait songer à de meilleurs lendemains. Vois-tu, elle appréciait dessiner, chanter, et paraître complètement folle, parce que cela la rendait mignonne. Mais, par dessus tout, elle chérissait l'affection. N'importe laquelle. De ses amis, de ses amoureux futiles, par des câlins, des bises, des compliments, ou de simples sourires. Voilà ce qui la mettait de bonne humeur. Elle détestait échouer, pour ne pas décevoir. Ses parents en particulier. Je les ai rencontrés, par ailleurs. Des personnes sympathiques au premier abord, mais qui se révélaient très stricts avec elle. Trop, tellement qu'elle ne se sentait pas à l'aise. De temps à autre, elle menaçait même de fuguer. Carline, avant tout, était un électron libre. Elle ne réfléchissait pas à ses actes et agissait par pure empathie. Elle se liait d'amitié à des individus lambdas, des camarades de classe, des inconnus dans la rue, et si nous la laissions faire, elle occuperait son temps à interagir avec un pigeon. Rire et s'amuser, ou plutôt rire et s'amuser pour que les autres rient et s'amusent, elle y consacrait son énergie... Je ne l'ai peut-être pas beaucoup fréquenté, comparé à ma longue vie, mais j'ai connaissance des plus infimes détails de la sienne. Voilà le lien qui nous rapprochait. Une amitié bien sordide, qui s'était déclarée par miracle, en prenant en compte nos centaines de différences... Mais, cette jeune fille s'appelait Carline et je vais devoir exposer son cadavre à la vision de ses parents, des personnes qui m'ont un jour accueillies sous leur toit.

Stanislas ne se risqua pas à répliquer. Bien évidemment, il fallait le présager. Comment Irène pouvait-elle cesser un instant ses regrets, alors qu'une amie avait été assassinée sous ses yeux impuissants. Et que la deuxième y avait échappé in extrémis.

Silencieusement, elle se leva et rentra. Soupirant, la vampire se dirigea à l'étage, où une chambre l'appelait. En fait, Irène souhaitait dormir, pour une fois, et ne plus penser à rien. Toutefois, ses volontés s'écrasèrent, quand une voix résonna du salon. En s'approchant, elle reconnut Rocklow, Démettra et Andreas, derrière lequel se dissimulait Angelina. Elle ne put effacer la tristesse et le remord dans son regard. A nouveau, elle dut constater que, par sa faute, la brune se retrouvait au centre du Monde Obscur et personne ne pouvait le changer.

- Donc, en résumant, tu aimes la fille ! s'exclama Démettra, apparemment elle cherchait à embarrasser le blond qui rougissait visiblement. Et tu l'as transformée !

- A quel moment ai-je prononcé le mot 'aimer' ? Jamais ! L'immortalité ne te sied guère, ma chère blondasse ! Tu entends de moins en moins, je crois que tu te fais trop âgée. Mamie devrait retourner se coucher !

- Personnellement, je trouve que la mamie s'est bien conservée au fil des années ! rétorqua Rocklow. A compter de ce jour, je décrète que tu prends la nouvelle-née et, moi, je garde mamie. Tant qu'elle est toujours capable de faire fureur au lit, j'accepterais tous ses défauts. Même sa mine assombrie, affreusement laide, qu'elle est en train de m'adresser.

Irène, dans son état habituel, aurait ri et aurait rejoint sa chambre sans attirer leur attention. Ils n'auraient eu vent de sa présence près de la porte. Au lieu de cela, elle apprécia ce panorama. Quand elle était dans les parages, ils se comportaient systématiquement de façon sérieuse la majorité du temps et se chamaillaient peu, puisqu'elle les rappelait à l'ordre. La Paix, la Guerre et la Désolation se ravissait de ce jolie tableau. Ces proches, eux, ne souffraient pas autant qu'elle. Ou, ils ne se laissaient pas abattre.

- Oh ! Bande de crétins ! Taisez-vous un peu, souffla l'Ambassadeur, faussement exsangue de ses amis. Ne remarquez-vous pas que vous la gênez ! En réalité, vous l'importunez. Viens, dit-il à Angelina, l'attrapant par le bras. Ne restons pas avec pareils gamins. Faites une ribambelle d'enfants si cela vous chante, mais en silence ! Sinon...

- Sinon, seras-tu davantage bruyant ? Avec Miss Importunée ? hasarda Démettra, lui octroyant une disgracieuse grimace.

Tandis que les joues de la novice se teintèrent d'une vive couleur écarlate, Andreas répondit par un soupir excédé. Il s'avouait vaincu. Maintenant, il déposa les armes et décampa, l'adorable brune au bras. Irène se retira aussi et s'enferma finalement. Morphée chercha à la contacter toute la nuit, mais ils se manquèrent à de nombreuses occasions. Les rires éclatèrent dans la villa. Sûrement Démettra et Rocklow fricotaient-ils ensemble, sans jamais passer à la vitesse supérieure. Sûrement la blonde embêta-t-elle Andreas et la récente vampire, pendant qu'ils essayaient de dormir.

L'Insurrection [En correction/PAUSE !!]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant