1598, Corée, Hanyang (actuelle Séoul)
Sa Majesté Seonjo se trouvait au bord du gouffre, comme si le destin s'acharnait sur lui. Sa politique ne plaisait apparemment pas à tous, et la guerre d'Imjin perturbait fortement son règne. Son ennemi avait déjà pris possession de ses terres, s'emparant même de sa capitale. Heureusement que la Chine s'était allié à lui - surtout parce qu'elle était menacée à son tour - contre l'Empire japonais, sinon il n'aurait pas donné cher de sa peau. Ensemble, ils avaient repoussé l'adversaire quelques années plus tôt. Mais, voilà qu'il revenait en force. Il possédait Busan et l'île de Hansan, et ne comptait pas s'arrêter ici.
Toutefois, son valeureux amiral, Yi SunSin, se battait de toutes ses forces contre la flotte japonaise. Il l'obligeait à reculer, blessée par ses nombreux désavantages. La marée et l'inconnu du territoire ne les aidaient en rien. Seonjo tournait en rond dans son palais. Il priait pour obtenir des nouvelles de sa propre flotte. Si son armée revenait victorieuse, cela relèverait d'un immense miracle. Il savait seulement que la bataille se déroulait à Noryang et que son amiral ne détenait pas de navires suffisants contre les centaines des japonais. Un miracle. Il implorait un miracle.
Toute la Corée se taisait face à cette situation critique. Ils redoutaient une nouvelle invasion, voire occupation, et ils souhaitaient tous des réponses. Comme leur roi. Alors, la nation croulait sous une vague d'impatient silence.
- Que peut bien faire une femme pale dans ce pays ravagé par la guerre ? questionna un homme apparaissant devant Irène. Un vampire sans aucun doute, et un vampire qu'elle décida d'ignorer. Particulièrement, que peut bien faire une femme pale traquée par son propre peuple ici ?
- Elle fuit, n'est-ce pas une évidence ? Et je suppose qu'un homme pale, tel que vous, vient pour me ramener en Angleterre.
- Vous ne pourriez pas vous égarer davantage, Madame ! rétorqua-t-il, en s'asseyant à ses côtés.
Irène avait fui l'Insurrection depuis un demi-siècle environ et elle s'était prise de passion pour la Corée, une nation aux coutumes si différentes des occidentaux. De plus, elle appréciait grandement leur architecture et se plaisait. Plus tard, elle s'y installerait définitivement, lorsqu'elle ne sera plus une fugitive recherchée pour haute trahison. Présentement, elle se terrait. Ce serait trop insolite et jamais vu, si les coréens découvraient qu'une européenne se cachait sur leur territoire. Pour le moment, elle prêtait attention à ce que personne ne la remarque, et elle se nourrissait discrètement dans l'ombre des étoiles.
- Pour tout vous avouer, Madame, il m'a fallu un certain temps pour vous retrouver parmi toutes les royaumes de ce monde, et plus longtemps encore pour vous localiser une fois arrivé en Corée. Vous ne me facilitiez pas la tâche à vous déplacer sans cesse. N'ayez point de crainte, nul autre ne viendra vous importuner, Madame... Par ailleurs, continua-t-il quand le mutisme lui répondit, ils prétendent tous aspirer à vous attraper et vous conduire en Angleterre où vous serez jugée par le Conseil ; pourtant, cela fait plusieurs décennies qu'aucun n'a réussi. Bien que vous ne teniez sûrement pas à entendre mon avis, je vous le donnerai. Je crois qu'ils ne possèdent guère de véritables envies de vous revoir un jour. Ils sont effrayés depuis l'Insurrection, ils pensent que vous en êtes aussi l'instigatrice. Que vous meniez le Monde Obscur à sa perdition, avec votre mère et sa Trinité. Ils pensent à tort. Je m'en persuade, Madame, parce que vous ne fuiriez pas. Coupable d'une telle hérésie, vous demeureriez auprès de la Trinité. C'est pourquoi je ne parviens à saisir ce malentendu ! s'écria-t-il, alors qu'ils observaient des étoiles semblables à celles d'Europe briller. Il est logique que vous soyez irrépréhensible, irréprochable quant aux jugements qu'ils portent envers vous ! Ah ! je présume que notre Assemblée n'a plus toute sa tête, ou ils n'agiraient de la sorte !
Des cris de ravissement retentirent de la cité non loin de leur position. Irène hocha imperceptiblement la tête, appuyant ses dires. Hanyang était parcourue d'une pluie d'émerveillements, de braillements d'extase, d'une onde de congratulation ; puis, ces réjouissances sombrèrent promptement. L'homme à ses côtés ne comprenait pas. Tandis qu'elle devinait aisément les sentiments qui entravaient le cœur des coréens. Ils venaient probablement d'apprendre la victoire miraculeuse de Noryang, le Roi Seonjo devait exploser de bonheur, puisqu'il reprenait le dessus sur l'Empire du Japon. Pourtant, les acclamations laissèrent sa place au deuil. Ce soir-là, pensant qu'ils gagnaient une guerre, ils perdaient également un amiral courageux, un héros de la nation, Yi SunSin, grièvement blessé durant la bataille et mort peu après.
Irène se désintéressa rapidement des réactions du peuple asiatique et se concentra plutôt sur l'étranger. Un grand et jeune blond. Une vingtaine d'années et paraissant suffisamment mâture pour être à la tête de sa famille. Peut-être un nordique ? Son accent anglais semblait faible, comme s'il le façonnait encore. Il roulait quelques syllabes et s'exprimait d'une voix forte et ferme. Elle haussa les épaules, suivi d'un soupir. Peu importait, en réalité, d'où il venait. Elle devait simplement décider si elle s'en débarrassait, le tuant brièvement, ou si elle s'enfuyait.
- Votre discours - même avec vos mots favorables à ma condition - ne pourra jamais me convaincre de votre sincérité. Partez, sans tarder, et ne revenez plus dans ces contrées. Ne me cherchez plus également. Ou je m'occuperais personnellement de vous réduire au silence.
Il souffla bruyamment, riant à moitié, se déconcertant de l'autre moitié. Il était attendu effectivement qu'elle répliquerait ainsi. Elle avait raison, la méfiance primait sur tout. Seulement, il ne partirait pas, il se le refusait ; il devait donc le lui faire comprendre sans qu'elle n'essaie de le tuer. Le blond se redressa et lui tendit sa main. Un sourcil relevé, et soupirant pour la énième fois, Irène le jaugea un instant, avant de déposer ses longs doigts entre les siens. Semblable à un gentilhomme, il les lui baisa et prit par la suite une profonde inspiration.
- Le soir de l'Insurrection, mon père décida de combattre pour la Trinité. Il s'accordait à toutes leurs idéologies, à tous leurs méfaits, et je ne pus le raisonner... Ce soir-là, je crus être seul, abandonné dans un monde qui s'abreuvait la folie se propageant plus vite qu'une traînée de poudre. Mais,...j'eus l'honorable chance de croiser votre chemin, Madame. Vous vous battiez. Contre la Trinité. Ce maudit soir-là, vous étiez l'unique à vous dresser contre les scélérats qui tentaient de détruire le Monde Obscur. Mon père trépassa, mais je ne pus le pleurer, parce qu'à mes yeux il était déjà mort... Sans vous, sans ces quelques personnes qui se sont débattues, mon esprit aurait été tourmenté pour l'infini éternité. Aujourd'hui, que vous l'acceptiez ou non, Madame, je vivrai pour vous, pour vous servir, pour vous sauver et vous aider, et pour rendre notre monde meilleur...Désormais, permettez-moi de me présenter convenablement, Madame. Andreas Thornstein, plus qu'enchanté de vous rencontrer, Irène Horline !
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L'Insurrection [En correction/PAUSE !!]
ÜbernatürlichesIrène de Lister fuit son peuple, ses ennemis et ses alliés. Prometteuse vampire et Protectrice, tombée sous le charme de Gabriel Hastings, puissant sorcier, elle avait tout pour devenir une immortelle extrêmement importante et influente ; mais elle...
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