Irène faisait face à une plus grande menace qu'elle le présumait. L'alliance entre l'Ordre Blanc et la Trinité la contraignaient énormément, beaucoup plus qu'elle l'envisageait. En fait, cette fameuse eau polluée de poison coulait dans le corps de quatre-vingt dix pourcent des personnes mortelles ou immortelles, et elle peinait à dénicher des proies saines. Elle ne se nourrissait plus que tard dans la nuit, quand l'alcool ravageait le sang de ses victimes, mais cela donnait un goût immonde à sa nourriture, et elle refusait de passer le restant de ses jours à boire ce liquide vomitif.
Alors, elle se dirigeait à une adresse que Rocklock lui avait transmise. Il s'agissait d'une maison près d'un centre hospitalier, en dehors du centre-ville, où la paix semblait régner, seulement entachée par le son des sirènes des ambulances. Une maison habitée par des vampires, une sorte de collocation entre plusieurs jeunes médecins en herbe qui exerçaient leur métier juste à côté de leur lieu de vie. Pratique pour dérober quelques proches de sang.
Sans prendre le temps de toquer, Irène se contenta de pousser, avec sa force vampirique, la porte d'entrée qui était verrouillée et de pénétrer à sa guise. L'aube pointait le bout de son nez, le soleil encore couché, mais une faible lueur animait les rues de la ville. Elle monta les escaliers promptement, se doutant que ses hôtes improvisés dormaient encore, mais qu'ils ne tarderaient pas à se réveiller. Et, en effet, un silence monstrueux lui répondit ; silence qui signifiait clairement qu'elle était repérée.
- Ce n'est pas pour donner mon avis, mais...vous volez le sang utilisé par les transfusions. Un sang précieux, au cas où vous l'ignoriez ! Après tout, je ne vais pas vous apprendre votre métier.
A la fin de sa phrase, un vampire bondit sur elle, sortant d'une pièce quelconque. Irène lui saisit le bras et l'envoya valser contre le mur. Un second et un troisième l'assaillirent en même temps. Elle en prit un pour taper sur l'autre. Et le quatrième apparut sur le pas de sa porte, appuyé nonchalamment sur le chambranle. Il ne tenterait rien contre elle, mais maintenait un air hostile, uniquement pour lui faire comprendre qu'elle n'était pas la bienvenue. Ses colocataires se redressèrent simultanément et se positionnèrent pour l'attaquer ensemble et puissamment, mais un son les retint. Un claquement de langue au palais. Un son produit par le quatrième médecin, les bras croisés et ennuyé au plus haut point.
- Je vous aime, les gars ! clama-t-il, ironiquement. Mais, usez de vos cervelles ramollies par le temps, s'il vous plait ! Connaissez-vous beaucoup de vampire dégageant une telle aura de domination et qui serait assez éhontée pour entrer par effraction chez quatre vampires, alors qu'elle sait très bien qu'ils sont à l'intérieur de la maison ?
Les trois ne comprirent pas tout de suite qui se trouvait devant eux, et Irène ne put leur en vouloir. Il était difficile de concevoir une scène pareille. La Paix, la Guerre et la Désolation, debout, dans le couloir de son chez-soi. Elle aurait hésité également. Cependant, l'information monta à leurs cerveaux et leurs yeux manquèrent de quitter leur orbite. Ils reculèrent frénétiquement avant de s'enfuir, probablement par les fenêtres de leur chambre. Elle ne tenta pas de les rattraper, parce qu'ils ne dévoileraient jamais sa position aux Assemblées, à la Trinité, ou à l'Ordre Blanc. Ils oublieront simplement ce moment. Parce qu'ils étaient neutres. Rocklow le lui avait assuré.
- Excusez-les, prononça sans grand intérêt le plus intéressant des quatre. Ils sont légèrement idiots, à la limite de l'ignorance totale, mais ils ne sont pas méchants. Je leur demanderais de garder votre secret, si c'est ce que vous redoutez.
- Je ne redoute pas, rétorqua-t-elle, justement. Nous savons tous deux pourquoi je suis ici. Ne faisons pas traîner cet instant, voulez-vous.
- Eh bien, je suppose que je n'aurais pas tous les jours l'occasion d'accueillir la Irène Horline dans ma simple demeure. Veuillez me suivre, je vous prie.
Cet homme l'intriguait. A priori, il devrait être un vampire dit neutre, un marginal qui se plaçait complètement loin de la guerre actuelle et qui rejetait tout type de gouvernement. Nonobstant, il acceptait sa présence et il la conduisait dans son sous-sol afin de lui donner ce qu'elle venait chercher, sans même qu'elle ait à le tourmenter. De plus, il insultait quelque peu ses colocataires qui, eux, étaient de réels neutres. Peut-être ne possédait-il pas les mêmes pensées que ses compagnons. Curieuse, elle s'apprêtait à le lui demander, mais ils arrivèrent face à un réfrigérateur ; celui-ci ne fonctionnait plus, mais il contenait une certaine température ambiante nécessaire pour préserver le bon goût du sang. L'homme l'ouvrit et ils purent observer une bonne centaine de poches.
- Vous me faites la morale sur ce vol - comme vous l'appelez -, mais vous m'en quémandez. Cela, non plus, n'est pas très honnête, Madame Horline. Mais, prenez. Servez-vous à votre guise... La seule personne qui nous connaît du Monde Obscur a dû vous parler de nous. Rocklow ? Il nous a croisés par hasard à l'hôpital et il a tenté d'obtenir ces poches. Je présume désormais qu'il agissait pour vous. A partir d'aujourd'hui, je lui fournirai toutes les semaines des approvisionnements de sang pur et il se chargera de vous les apporter.
Sans attendre une réponse, il saisit un sachet en plastique et le remplit d'une dizaine de poches. Suffisamment pour tenir au moins deux semaines, ou pour se nourri à sa fin - chose qu'elle ne pouvait s'octroyer que très rarement -. Pour résumer, il lui offrait un véritable confort de vie, en ce qui concernait sa nourriture, et lui ôtait un poids qui commençait à lui peser. Le lui donnant, l'homme repartir au rez-de-chaussée et elle le suivit silencieusement. Il sentait son regard le transpercer, mais ne dit rien. Il sourit malicieusement, bien qu'elle ne pouvait le voir. Tête baissée, mains dans les mains, nonchalant, il scruta sa porte d'entrée au verrou cassé et ne put retenir ses lèvres, qui s'étirèrent davantage.
- Sorry, fit-elle, détachée, un sourire narquois ornant aussi sa bouche. Rocklow sera ravi de payer la réparation à ma place ! informa-t-elle, tandis que l'homme pouffa d'un rire sincère, ce qui abasourdi la vampire. J'ignore ce qui me perturbe le plus. Que vous m'ayez accordée ces poches sans prix. Ou que vos amis soient aussi bêtes pour ne pas le remarquer.
Elle ne précisa pas le sens de sa phrase, puisqu'ils se comprenaient très bien. L'homme la contempla une dernière fois, avant qu'elle disparaisse et qu'il ne la revoie plus. Dans son regard, elle put lire tout un tas de détails. Comme par exemple, qu'elle incarnait son idéal. Belle, forte, indestructible, et qu'il croyait en elle. Et elle savait, à son contraire, que leurs routes se recroiseront longtemps. Il serait sûrement là à la fin, quand toutes les créatures du Monde Obscur devront prendre un parti définitif. Il sera là. Dans son cas. Elle en était persuadée. Ce qu'elle ne put deviner, il se le remémora. Le vampire se souvint de son enfance, dans les années soixante-dix, son père lui contant l'histoire de la Paix, la Guerre et la Désolation. Jamais, en cinquante ans, il n'avait oublié l'admiration qu'il entretenait pour cette sauveuse au destin si incertain.
Irène quitta cette maison et elle aussi ne laisserait pas ce souvenir s'envoler. Pour toujours, elle retiendrait que ses partisans se cachaient parmi les créatures les plus discrètes et solitaires. Cette rencontre l'inondait d'espoir. Un espoir qui la ferait vivre jusqu'à son ultime souffle.
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L'Insurrection [En correction/PAUSE !!]
ParanormalIrène de Lister fuit son peuple, ses ennemis et ses alliés. Prometteuse vampire et Protectrice, tombée sous le charme de Gabriel Hastings, puissant sorcier, elle avait tout pour devenir une immortelle extrêmement importante et influente ; mais elle...
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