Chapitre 5

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Andreas se trouvait présentement en Louisiane, plus particulièrement dans le Vieux Carré français de la Nouvelle-Orléans. Il sortait d'une réunion barbante avec un des membres du Conseil et des Ambassadeurs des autres Assemblées. Nul vampire n'acceptait réellement la dernière loi à propos de ces misérables mercenaires déchus et les monarques espéraient que ce projet n'aboutisse véritablement jamais. Peine perdue, temps perdu, sourire perdu, le blond s'agaçait de la situation. Il jonglait entre protéger Irène et ses nombreux secrets, et préserver le Monde Obscur. Ces deux taches n'étaient clairement pas compatibles puisque les gouvernements voulaient sans cesse contrer la vampire.  Comment travailler sincèrement pour les deux camps ? Ils devaient mentir à l'un des deux et, malheureusement, son amie était plus important que tous les mensonges proliférés et les risques engagés.

- Beau gosse, arrête de te torturer l'esprit ! grogna une voix fluette à sa droite. Une femme aux cheveux platines excessivement longs posa lourdement son postérieur sur une chaise adjacente et commanda vulgairement l'alcool le plus fort du bar. Le gérant la scruta une seconde, médusé quant à son comportement déluré, tout comme Andreas, mais il la servit finalement. Tu penses tellement fort, beau gosse, que tu déranges ma tranquillité. Avec toi, je pourrais presque lire dans ton esprit, tant tu es transparent ! accusa-t-elle, le regardant d'un air de défi.

- Ce n'est pas parce qu'elle m'a expressément demandé de veiller sur toi que je le ferais. Irène attend trop de moi, je pense. Arriverais-je à garder mon contrôle en ton horripilante présence ? Veux-tu mourir ? s'enquit-il, faussement sincère. Continueras-tu de m'appeler beau gosse ? Si oui, commence à creuser ta tombe. Cordialement.

Demettra répliqua d'un sourire éblouissant et d'une lueur dans son regard. Une lueur joueuse. Elle semblait lui rafraichir la mémoire au sujet de son immortalité d'humaine, et bien sûr il le savait. Mais, il lui répondit qu'il existait des moyens pour la contrer. Ces deux-là s'entendaient à merveille. Sauf quand elle lui attribuait des surnoms ridicules, qu'ils se retrouvaient seuls sans personne pour stopper leurs chamailleries, ou quand leurs chemins se croisaient. En fait, ils adoraient se détester, tout en tissant une longue et solide amitié englobant un même point commun. Irène. Sans elle, ils ne se connaitraient pas, et ils ne se fréquenteraient pas non plus.

- Si elle venait à partir, susurra-t-il, exposant ses tristes pensées à haute voix, j'ignore comment nous finirons. Est-ce que la résistance disparaitra ? Est-ce que les Assemblées et les gouvernements sorciers et lycans feront face à l'extinction ? La Trinité gagnera-t-elle, et voilà tout ? Mélissandre au sommet de l'univers et tous les autres à ses pieds ? Des moucherons qu'elle autoriserait à vivre et à voler autour d'elle, selon sa volonté quotidienne... Le simple fait qu'Irène soit toujours vivant maintient une sorte d'équilibre, bien que les méchants dominent les jeux.

- Il faut que nous poursuivions notre bluffe jusqu'au bout de la partie, leur faire croire que nous sommes faibles et que nous perdrons quoi qu'il advienne, puis les obliger à miser le tapis, sortir les crocs et rafler le gain complet... Irène, nous ne pouvons pas la laisser partir. Pour l'unique et bonne raison qu'elle est le seul atout dans nos mains. Sans elle, abandonnons directement.

Andreas acquiesça à ces désolantes paroles. La résistance, c'est-à-dire, les quelques personnes qui offraient leur confiance à Irène, devait survivre avec elle, sinon plus rien ne vaudrait la peine de se battre. Mélissandre, la plus puissante des sorcières de ce monde, la plus âgée, mêlée à l'Ordre Blanc, il n'y avait que la noiraude pour rivaliser. Et encore, elle n'atteignait pas une force suffisante, c'est pourquoi elle se terrait.

En parlant d'elle, Irène soupirait, comme à son habitude. Elle se situait dans une avenue d'Avignon vide à minuit, d'où se dégageait une odeur de sortie de boite de nuit. La vampire cherchait désespéramment une proie, mais un silence si peu conventionnel l'entourait. Elle saisissait une tension irréfutable dans l'air. On la suivait.

- Je n'ai pas toute ma nuit, les amis ! railla-t-elle, se rangeant près d'un porche de boutique. Attaquez-moi maintenant et finissons-en.

Aussitôt dit, aussitôt fait, des ombres lui tombèrent dessus. Elle n'éprouva aucun mal à attraper le poing du premier pour le retourner et le faire craquer, lui arrachant une plainte rauque. Un coup de genou dans le bas-ventre et il s'écroula fébrilement. Le second exigea davantage d'attention, il sautait dans tous les sens, voulant certainement la déstabiliser. Mais elle lui agrippa un bras en l'immobilisant, un coup dans les chevilles, et, au sol, elle cogna au niveau de ses pectoraux. Le troisième, elle n'eut guère le temps de l'apercevoir. Il enfonça une lame dans la chair de sa joue, et elle prit un malin plaisir à lui rendre le coup, mais en plus féroce. Celui-là, elle le tua directement. Tandis qu'ils étaient toujours par terre, elle assassina les autres, ne laissant aucune trace de son passage.

Un instant, elle s'inquiétait. Que faire si l'Ordre Blanc avait retrouvé sa trace ? Toutefois, deux éléments la faisaient douter de ceci. Premièrement, seulement trois hommes l'avaient assaillie. Normalement, une armée l'aurait accueillie. Deuxièmement, ils paraissaient fiers d'eux, sûrs de pouvoir la maîtriser, ils avaient attaqué sans réfléchir. Elle présumait qu'ils l'avaient flairée, et qu'ils avaient cru être capables de l'avoir. Erreur fatale.

Irène envoya un message à Andreas, même si elle savait que le pauvre Ambassadeur était occupé à la Nouvelle-Orléans. Il lui avait ordonné autrefois de systématiquement le prévenir si une situation de ce genre arrivait. Le blond désirait être assuré de sa sécurité. Dès qu'il reçut l'information, il insulta mentalement ces hommes qui ne voyaient pas l'importance de se tenir près d'elle, et non pas en tant qu'ennemi. Et il informa également Démettra qui, surchargée par la colère et les reproches, grommela dans sa barbe.

- Même après tout ce temps, ils se pensent plus forts, plus intelligents. Mélissandre, l'Ordre Blanc, pourquoi ne parviennent-ils pas à comprendre que, jamais, ils ne l'auront ? L'objet de tous les tourments, l'arme de tous les réprimés, l'espoir de ceux qui n'ont osés se rebeller... Pour quelle raison, exactement, devrait-elle se battre, alors que les personnes profitant de son triomphe seront celles qui l'ont haïes et bannies jusqu'à maintenant ? Ce monde ne mérite absolument pas qu'elle combatte en son nom. Mais je suppose que nul autre n'en serait capable, nul autre n'assumerait ce rôle... La patience commence à tous nous manquer, il est temps désormais de contre-attaquer. 

La Paix, la Guerre et la Désolation ne déposerait pas les armes, avant de s'être battue corps et âme.

L'Insurrection [En correction/PAUSE !!]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant