Chapitre 4

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Angelina et Carline tapaient du pied devant les grilles d'un lycée public d'Avignon. La première, une mignonne brunette discrète se hâtait toujours de se rendre dans sa classe afin de n'être en retard sous aucun prétexte ; la seconde, une blonde extravertie discutait gaiement avec les premiers venus, possédant une faculté divine pour se dégoter des amis. Les deux adolescentes, alors âgées de dix-sept ans pour l'une et dix-huit pour l'autre, ne détenaient rien de spécial.

Humaines, totalement mortelles, ignorant tout du Monde Obscur ; Angelina effectuait ses études avec le plus grand des sérieux, se prédestinant à un métier artistique ou histoire, tel que conservatrice dans les musées ou archéologue, ses notes suivaient ses ambitions et son avenir se forgerait glorieux à partir de son sang et de sa sueur ; et Carline fournissait énormément de bonne foi pour réussir sa scolarité, mais l'école ne l'aimait pas vraiment... Ces jeunes femmes, pourtant si communes, triviales, presque anodines, passe-partout, banales, attendaient Irène. Des humaines avaient la chance, ou le malheur, ou bien le risque, de côtoyer de près la Paix, la Guerre et la Désolation.

La vampire portait une apparence autant fragile dans ses traits que sévère par son vécu. Elle pouvait être une femme adulte et mure à qui toutes les portes s'ouvraient, mais aussi une étudiante fortement intelligence qui possédait une connaissance pointilleuse en histoire, ce qui agaçait fichtrement ses professeurs. D'ennui peut-être, ou par curiosité, elle s'était inscrite à un lycée d'Avignon, avec un dossier de redoublante au collège - si jamais son âge la trahissait -, et elle fréquentait depuis deux ans et demi les deux humaines. Elles étaient entrées dans sa vie privée, en tant qu'amies, bien qu'Irène ait parfaitement conscience que cette amitié ne durerait pas. Il viendra un moment où elle fuira. Et ce jour arrivait très rapidement. Elle présageait de quitter la France après l'obtention d'un baccalauréat.

- Merci à vous de m'avoir attendue, mais j'aurais pu trouver notre salle de cours toute seule ! railla-t-elle, quand elle débarqua enfin au lycée, pour le plus grand bonheur d'Angelina.

Cette dernière détestait véritablement de rester dehors, alors que son professeur était probablement déjà en classe à accueillir les premiers élèves. D'un roulement d'yeux, elle pivota et rentra dans l'établissement, suivie par Carline et Irène. Si elles savaient que la noiraude se nourrissait sur le corps flétri d'une vieille dame cinq minutes auparavant....

- J'ai rencontré un garçon ce week-end, déclara Carline, tandis qu'elles grimpaient les escaliers quatre à quatre, pressées par la brune. Sur internet. Je l'apprécie beaucoup. Du coup, j'ai demandé à mes parents s'il pouvait venir à la maison dans le mois.

- Et ta mère aurait-elle attenté à ta vie ? s'enquit la vampire.

- Comment as-tu deviné ? s'exclama l'extravagante adolescente au cœur dénudé.

Typiquement une discussion normale avec la blonde. Irène s'amusait aussi de ceci. De redécouvrir l'humain dans sa jeunesse, innocent et décadent selon son humeur, et elle apprenait systématiquement de ces camarades de classe. Elle ne venait pas dans cet endroit pour être enseignée, mais pour se renseigner sur le monde qu'elle fuyait, un monde qui la fascinait jadis.

- De toute façon, mes parents ne comprennent rien ! s'insurgea encore Carline. Ils ne me connaissent pas. N'est-ce pas, Irène ? Sinon, ils seront au courant de...

- De ton amour facile, ton amour que tu accordes trop promptement ? termina Angelina.

- Je ne l'aurais pas explicité ainsi, grinça la blonde, vexée. Ils croient que je l'invite pour faire des galipettes sous la couette - ô la jolie rime ! -, mais un bisous me suffira. Ou un petit, minuscule bisous. Une caresse ? Un smack ! Je veux qu'on m'aime !

L'Insurrection [En correction/PAUSE !!]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant