Chapitre 12

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Le lendemain, ils arboraient tous des cernes. Même les Immortels qui espéraient un jour détenir un pouvoir afin de contrer le manque de sommeil. Stanislas avait prié toute la nuit pour que la guerre se termine enfin ; Démettra et Rocklow s'étaient...divertis mutuellement ; Andreas avait dû fermement repousser l'envie de mordre à nouveau le cou si attrayant d'Angelina ; et cette dernière, ressentant le parcours de ses orbes tempétueux sur ses courbes, n'avait pu réellement fermer l'œil. En d'autres termes, ils se levaient tous épuisés. Comme si cette nuit n'avait servi à rien.

Sang pour certains, petit-déjeuner d'humain pour les autres, ils étaient assis autour d'une large table et aucun n'esquissait le moindre geste buccal pour prendre la parole. La raison majeure ? La mine d'Irène. Close, cloîtrée dans ses pensées, évitant à tout prix Angelina qui la fixait en retour, en espérant renouer une relation. Peu importait laquelle. Andreas désirait les réconcilier, même si, du côté de la brune, aucune rancune ne s'alimentait. Mais, les signes de tête de Rocklow l'en dissuadaient. Stanislas, quant à lui, ne songeait plus qu'à une unique question et il était à priori temps de la poser, puisqu'ils étaient tous réunis.

- Quel est le programme à partir d'aujourd'hui ? Que comptes-tu répliquer ? La Trinité, l'Ordre Blanc et Gabriel Eston ne renoncent jamais à nuire. Interviens, tant que tu possèdes encore quelques alliés. Patiente, et perds peu à peu tous ceux qui te suivent.

Toutefois, elle resta muette. Il était près à parier qu'elle ne l'entendait pas, absorbée dans son esprit tumultueux. Ses sourcils pourtant la trahirent. Ils se froncèrent, et un soupir franchit la barrière de ses lèvres. Cette question l'ennuyait et elle ne semblait pas à même d'assurer une réaction. Andreas, qui la connaissait le plus parmi tous, comprenait facilement le cheminement de ses idées. Pourquoi répondre, puisqu'elle ne disposait pas de la réponse ? Elle était bien consciente du temps qui s'écoulait et des personnes qui perdaient foi en elle, mais elle n'en avait que faire. Assez ! Elle ne parvenait plus à étudier la situation correctement, agglutinée dans ses souvenirs du décès brutal de Carline. 

- Je m'apprête à réaliser une longue tirade, parce que c'est le moyen le plus efficace pour que tu cesses de me bassiner avec tes questions auxquelles je ne détiens aucun élément de réponse ! prévint la noiraude, irritée au possible. Des centaines de créatures surnaturelles et des humains - dommages collatéraux - n'ont pas survécu à l'Insurrection, car une fille et un amant n'ont su retenir les pulsions dévastatrices de Cordélia Horline... Depuis ce jour, encore plus de personnes ont succombé pour ma cause, ou pour juste se rebeller contre la Trinité... Mais, imagine quelle autre femme chère à ma cœur a été exécutée sous mes yeux ? Ma propre sœur. Une sœur dont je ne me souvenait plus de l'apparence, puisque nous nous sommes à peine connues. Une sœur pour laquelle j'éprouve un  amour inconditionnel, parce qu'elle était ma dernière famille. Assassinée, et je n'ai rien pu empêcher. Imagine aussi les sentiments qui m'ont assaillie à cet horrible instant... La colère ? La haine ? Plus ? Le chagrin du deuil ? Non ! La honte ! Et je la ressens aujourd'hui également... Donc, par pitié, je suis parfaitement d'accord pour affirmer que nous manquons de temps. Cependant, ne me presse pas. Je ne le tolérerais pas !

Elle craquait. Bien sûr, il s'agissait d'un retour à prévoir. La mort de Carline pesait peu sur sa conscience. En revanche, le parallèle qu'elle effectuait entre la blonde et sa sœur, lui, se dévoilait bien douloureux. Comme prévu, ce discours cloua le bec de Stanislas qui se formulerait certainement plus rien, redoutant de la froisser derechef. Un silence s'instaura et, cette fois, nul ne souhaita le briser. Hormis un cabot imprudent qui entra sans frapper, recevant six paires d'yeux courroucés. Prenant soudainement peur, il annonça des invités surprises.

Apparurent alors Keira et Aaron, les hautains monarques de l'Assemblée du Nord, un couple qu'Irène ne connaissait pas énormément. De la fin de l'Insurrection à de nos jours, ils régnaient sur une partie du Monde Obscur impitoyablement, selon leur volonté suprême. Les apercevoir ici surprit grandement la noiraude, qui ne cacha pas son air ébahi. Stanislas les avait conviés à se joindre à eux, après des négociations houleuses durant des heures la veille. Promptement, ils prirent ensemble place autour de la table et daignèrent finalement regarder brièvement les autres créatures présentes. Leurs regards se stoppèrent net sur Andreas. Ce dernier se tassa sur son siège.

- Votre couverture est désormais réduite à néant, grinça le roi, jaugeant durement l'Ambassadeur.

- Voilà pourquoi vous ne m'accordiez pas d'attention particulière, ajouta la reine.

Son époux la scruta, incrédule, la sermonnant mentalement. A vrai dire, elle clamait ceci uniquement dans le but de détendre l'atmosphère. Tous paraissaient si tendus et angoissés par leur présence en ces lieux. Ils jurèrent que, quelle que ce soit la finalité de cette rencontre cordiale, ils ne divulguèrent leur position. Aussitôt rassurés, ils observèrent tour à tour les régents et Irène qui leur tournait presque le dos.

- Nous sommes venus en paix, continua Keira. Stanislas, un alpha avec qui nous entretenons une entente professionnelle, nous a littéralement suppliés d'écouter ce que vous avez à dire... Ainsi, Irène Horline, vous qui fuyez le tribunal de l'Assemblée inlassablement, prouvez votre innocence.

Angelina, encore légèrement perdue dans toute cette histoire, constata d'après les paillettes dans les orbes étincelants d'Andreas que ce moment deviendrait bientôt un moment clef. Probablement celui qui aidera un des deux camps à gagner cette guerre. Soit l'Assemblée se battait pour la Trinité, seulement afin de devenir son esclave par la suite. Soit Irène les convainquait de revenir sur une décision prise cinq cent ans plus tôt, lorsqu'ils l'avaient condamnée pour haute trahison sans concrète preuve. La vampire se manifesta à la suite de plusieurs secondes d'ignorance, qui pouvait s'interpréter en mépris, et elle prit la parole de la plus froide des manières, détournant immédiatement la tête quand elle eut fini.

- Si vous vous venez ici en attente d'une défense de ma part, alors vous n'en décrocherez point. Piranhas, sang-sues, comment osez-vous comparaître devant moi après toutes vos erreurs ? Y compris avoir offert sur un plateau d'argent Jessy à la Trinité... Détruisez ce monde, ou commencez à chercher votre courage. Parce que cette guerre demandera une fin digne de ce nom et j'accepterais dans mon camp exclusivement ceux qui ne se terrent pas dans un trou la queue entre les jambes.

L'Insurrection [En correction/PAUSE !!]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant