« La crainte me prêta des ailes pour m'enfuir. » Alain-René Lesage.
Le vent glacial du Nord jouait, se promenait dans ses fins et longs cheveux blond platine, les faisant virevolter et sauter au rythme de ses pas. Elle marchait si vite que ses deux gardes du corps peinaient à la suivre. Elle venait tout juste de quitter ses appartements privés en toute hâte, suite à la nouvelle que son informateur lui avait remise.
Elle devait absolument en avertir son conjoint et cela au plus vite. Toute son espèce, par ailleurs, devait être au courant. L'inquiétude la gagnait. Son cœur – si elle en avait encore un – martelait sa poitrine impitoyablement.
Elle trouva son époux en haut de la falaise où il appréciait rester et passer ses journées à contempler un ciel tantôt azur, tantôt grisé par de sombres et épais nuages. Ce repère n'était qu'un moyen pour lui d'être loin d'elle, de s'en distancer. Tous deux en avaient pleinement conscience, mais ils le taisaient afin de ne pas offenser l'autre.
Elle fit un signe de tête à ses Protecteurs de se retirer et de la laisser seule face à son mari, qui faisait plus office de mur que de personne. Comme à son habitude, il était dos à elle, perdu dans ses pensées, les yeux fixés sur l'horizon blanc enneigé de Helsinki. Voilà bien longtemps qu'ils ne s'étaient pas adressé la parole. Chacun demeurait dans son coin ; l'un sur sa maudite falaise, l'autre cloîtrée dans son bureau, exécutant tout le travail, toutes les basses besognes. Ni l'un, ni l'autre ne se saluèrent, ayant dépassé les formules de politesse.
— Nous ne sommes plus en sécurité ici, exposa-t-elle avec son habituelle brutalité et une sécheresse dans sa voix qui ne surprenait plus son conjoint.
L'époux en question se retourna, d'une lenteur extrême, puis planta son regard vert interrogateur dans celui noir intense et apeuré de sa femme. Jamais, auparavant, il n'avait constaté cette peur, cette lueur vacillante dans ses yeux. Il haussa un sourcil pour l'inviter à s'expliquer.
— Elle est réapparue. Les cabots l'ont retrouvée.
Une phrase prononcée sans émotion particulière, mais dont l'onde de choc qu'elle propagea les fit frissonner à l'unisson.
Cette fois, ce fut au tour de l'homme d'avoir l'air inquiet, mais surtout, intéressé. Il était curieux, bien plus qu'à l'accoutumée. Ils ne pipèrent mot durant des secondes interminables, se jaugeant mutuellement. La blonde attendait une réaction de la part de son mari, n'importe quoi. Tandis que ce dernier commençait à croire à une plaisanterie. Ce devait forcément être cela, il ne pouvait en être autrement. Son unique logique était de présumer une énième fausse alerte.
Toutefois, il se souvint d'un détail qui avait plutôt son importance. Son épouse ne faisait, au grand jamais, aucune plaisanterie. Elle était la personne la plus réfléchie et pragmatique qu'il n'ait rencontrée dans sa longue vie d'Immortel.
L'expression du blond changea d'un coup, passant de la curiosité à la colère. Ses traits étaient tirés et il pouvait presque déployer une aura terrifiante de manière à faire frémir sa femme. Elle feignit l'emprise du vent sur elle, sauf que les Immortels ne craignent pas le froid. Elle était habituée à ses sautes d'humeur brusques, bien sûr, et elle s'efforçait de ne plus y prêter attention. Elle patienta un instant avant qu'un grondement ne s'abatte sur la falaise.
— Grace, que dites-vous ? Cette nouvelle ne m'amuse guère.
— Tama, notre espion posté en Islande, m'a rapporté les faits, il y a moins d'une heure. Il l'a repérée à Húsavík. Elle est, non seulement, vivante et en bonne santé ; mais en plus, ces sales cabots l'ont trouvée avant nous.
VOUS LISEZ
L'Insurrection [En correction/PAUSE !!]
ParanormalIrène de Lister fuit son peuple, ses ennemis et ses alliés. Prometteuse vampire et Protectrice, tombée sous le charme de Gabriel Hastings, puissant sorcier, elle avait tout pour devenir une immortelle extrêmement importante et influente ; mais elle...
![L'Insurrection [En correction/PAUSE !!]](https://img.wattpad.com/cover/166530491-64-k424136.jpg)