Mélissandre songeait aux médailles qu'elle aurait dues obtenir. Les médailles de patience. Elle attendait sagement qu'Irène réapparaisse ; elle avait attendu pendant des siècles et des siècles, avait massacré des familles entières pour attirer son attention, pour qu'elle réagisse enfin, avait été jusqu'à assassiner sa sœur aînée et lui montrer son cadavre sous ses yeux ravagés de chagrin. Et elle crut réussir à se débarrasser de toute cette pression, quand ses démons l'avaient tellement ruée de coups secs qu'elle était morte. Résultat, Irène respirait encore, mais elle perdit des démons précieux ce jour-là.
Cette année, la Trinité reprit espoir. La rumeur que ce maudit traître et lâche de Stanislas avait retrouvé Irène s'ébruita, et s'avéra tout à fait juste. Alors, elle avait envoyé Gabriel avec un ordre simple : par tous les moyens détruire cette femme. Il réussit à peine. En tuant les deux humaines, elle avait dû souffrir. Mais, elle restait vivante et cette perspective l'agaça passablement.
- Pourquoi ? Pourquoi ?! Pourquoi ne peut-elle pas crever une bonne fois pour toute ?! Pourquoi doit-elle m'imposer sa présence ? Je veux juste qu'elle crève !
La sorcière répétait encore et encore des mots identiques aux précédents, et Gabriel devait la supporter. Il savait que sa punition consistait en cela. Puisqu'il n'avait pas ramené le corps éteint de son amante d'antan, il écoutait des reproches remplis de haine et de colère. Exactement comme ce jour à Rio de Janeiro, après qu'Irène se soit échappée.
- En fait, je crois que je t'éliminerais bientôt, mon très fidèle Gabriel. Parce que je présage que tu ne te montres plus aussi fidèle qu'auparavant, en réalité. Tu exécutes mes ordres, tu m'obéis au doit et à l'œil, mais tu ne cesses de commettre des heures. Depuis le premier jour. Depuis que tu m'as juré allégeance. N'oublies pas, Gabriel, n'oublies jamais ton sermon ! Car je te le rappellerai le restant de ton existence. Une vie futile, dont je peux disposer à ma guise, Gabriel.
Le dénommé sirotait tranquillement son vin médiéval. Il appréciait toujours autant l'hydromel, ce breuvage alcoolisé à la douce saveur de miel et d'épices. Bien que le monde moderne proposait des milliers de boissons différentes, il préférait de loin celle-ci, tout comme il préférait débattre sur les bienfaits de cet alcool plutôt que d'écouter un mot amer de plus. Relevant son regard médusé dans celui tempétueux de la femme, il se risqua à prononcer des paroles qui le sauveraient peut-être. Il ne doutait pas une seconde de la vraisemblance de ces menaces.
- Tu ne te passeras jamais de moi pour diverses raisons. Par exemple, je suis le meneur de ton armée et j'ai travaillé pour toi durant cinq cent ans. Tous me connaissent, tous me respectent et certains m'adorent beaucoup plus que toi. Sans moi, quelques uns partiraient, d'autres t'en voudraient et les plus insoumis te trahiraient ; tu pourrais te confronter à des mutineries, de violentes rebellions et tu devras les faire taire également, donc ils te craindront davantage et s'enfuiront dès qu'ils en auront l'occasion.
Elle ne remettait en cause aucune de ces affirmations, parce qu'elles étaient toutes correctes. Mélissandre avait offert à Gabriel de nombreux statuts et postes au fil des années. Il remplaçait pratiquement Stanislas dans la Trinité, et ceux qui croyaient en elle croyaient aussi en lui. Une ribambelle de femmes, douées pour la plupart en combat ou en ruse, demeurait dans son camp, parce qu'elles accordaient au sorcier leur passion brûlante. Bien évidemment, sans lui, son règne se compliquerait instantanément. Cependant, elle ne l'admettrait pas. En revanche, elle lui adressa le pire des regards assassins. Ce qui le fit agir immédiatement.
- Autre exemple : toi, la femme en toi, celle qui aime et dont le palpitant bat de temps en temps, tu m'apprécies grandement. J'oserais même clamer haut et fort que tu ne pourrais pas te passer de moi. Sinon, qui te détendrait, lorsque tes nerfs sont comprimés par la tension ?
Il se leva, déposa son verre et s'avança vers son siège. Il glissa derrière et saisit ses épaules, les massant très légèrement au début. Contractée, elle finit par le laisser la toucher. Il appuya fortement, mais dans une démarche de bienveillance quasiment réelle, mais dont l'hypocrisie flagrante pointait.
- Qui t'embrasserait, tel que Cordélia n'a jamais pu t'embrasser ?
Il se pencha et enchaîna de souples baisers autour de sa nuque, puis baissa les bretelles de sa robe pour choyer sa peau bronzée. Avec Gabriel, elle acceptait d'évoquer sa défunte meilleure amie. Irène et lui avaient compris le désir mordant et inapproprié qu'elle éprouvait pour Cordélia, mais ne la jugeait pas. De nos jours, cet amour choquait moins ; mais, à l'époque, Mélissandre aurait été brûlée pour l'avoir avoué.
- Qui prendrait soin de ta pauvre âme meurtrie aussi bien que moi ?
Il contourna le fauteuil et s'agenouilla, une jambe entre les siennes et l'autre coincée contre l'accoudoir. Il agrippa son visage en coupe de ses mains les plus délicates et se rapprocha inéluctablement. Il fut un temps où elle l'aurait repoussé, mais leur relation évolua au fur et à mesure. Désormais, ce genre de moments se noyait dans une multiplicité d'autres scènes similaires. Il plaqua durement ses lèvres contre les siennes et les mut subitement, pénétrant de sa langue sa cavité buccale.
- En m'embrassant, ou quand nous batifolons, ne penses-tu plus à elle ? A Irène ? Un premier amour ne s'oublie jamais, surtout pas chez les vampires qui se souviennent de tout, du moindre sentiment. Gabriel, répond sincèrement pour une fois.
- Je l'aimais de tout mon être. Mais, elle mourra bientôt, alors le problème n'existera plus.
Il se pencha de nouveau et captura sa bouche avidement. Ses mains descendirent sur sa poitrine qu'il traita avec une particulière attention. Il ne redoutait plus de toucher une autre femme qu'Irène, il s'y était habitué. Dorénavant, il couchait avec qui il le souhaitait et se sentait bien plus libre... Néanmoins, il se taira à jamais à ce propos, mais, dès qu'il touchait un corps, il imaginait celui de sa belle rousse, devenue noiraude. Si belle, si pulpeuse, son premier amour.
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L'Insurrection [En correction/PAUSE !!]
ParanormalIrène de Lister fuit son peuple, ses ennemis et ses alliés. Prometteuse vampire et Protectrice, tombée sous le charme de Gabriel Hastings, puissant sorcier, elle avait tout pour devenir une immortelle extrêmement importante et influente ; mais elle...
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