Chapitre 10

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Le silence s'était abattu entre Irène et Stanislas. Tous deux renfermaient d'innombrables mots, et certains se vouaient l'un à l'autre, mais le passé les enchaînait au mutisme. Ne rien dire, pour ne pas souffrir, pour ne pas se rappeler. Mais, ils se souvenaient de tout. C'est bien pour cette raison qu'ils vivaient si pittoresquement. Sans leur mémoire emplie de désastre, ils n'auraient pas mal. Sans leur mémoire témoignant de cette guerre millénaire, ils n'existeraient plus. Tous deux formaient les derniers piliers, les vestiges menaçant de s'écrouler. Des ruines qui illustraient l'histoire. Leur histoire et celle du monde. Des siècles qu'ils foulaient ce sol. Qu'ils assistaient au bon et au mauvais, aux guerre, aux déluge, aux heureux événements plutôt rares, à toutes les innovations, les inventions et les rénovations. Qu'ils observaient le monde vieillir sans qu'ils ne prennent une ride. Qu'ils s'amusaient de l'humaine, qu'ils l'analysaient et devenaient de plus en plus indifférents à leur sort. Dès siècles qu'ils ne dormaient plus convenablement, qu'ils n'aimaient plus leur vie, qu'ils réfutaient les changements, qu'ils haïssaient le temps pour évoluer sans altérer leur triste destinée. Dès siècles qu'ils étaient morts. Morts à l'intérieur. Mais personne ne s'en rendait compte, puisque leurs yeux étaient encore ouverts.

Par chance, ou par malchance, d'autres se trouvaient dans le même cas. Mélissandre et Gabriel. A la différence qu'ils connaissaient une sorte de contentement, de satisfaction, du bonheur probablement. La Trinité était ressortie vainqueur de l'Insurrection et elle adorait persécuter les minorité, s'abreuvant d'un pouvoir infini qu'elle volait au fur et à mesure. Quant à l'ancien amant d'Irène, il s'était mystérieusement rangé de son côté, abandonnant brutalement la vampire. Les quelques autres qui avaient autant vécus qu'eux se terraient dans des mines désaffectées ou dans des usines polluantes de ses déchets.

- Je présume que vous n'avez plus eu de contact direct avec votre compagnon sorcier. Celui qui remuait constamment ciel et terre pour vous voir et qui agaçait profondément Cordélia.

- Non, il semblerait que son inclination à mon égard fusse si légère et futile, qu'il préféra l'accorder à ma propre mère. Je me partage toujours entre le désappointement et le désenchantement. Néanmoins, je me suis accoutumée à le considérer dans le camp adverse. Et je n'oublierai jamais ses actes lors de l'Insurrection. Jamais ! Il s'agit même de l'unique élément dont je souhaite me remémorer jusqu'à la fin.

Stanislas comprenait exactement son ressenti, puisqu'il éprouvait pareillement envers son amour d'antan. Toutefois, malgré le peu de temps durant lequel ils s'étaient connus, l'alpha décryptait aisément les expressions et le regard de la noiraude, parce que Cordélia les arboraient également. Et il sentait que la vampire lui mentait. Ou qu'elle n'était pas tout à fait honnête. Elle cachait une vérité, évidemment une vérité qui concernait directement l'Insurrection, et qu'elle taisait à tous depuis. Peut-être révélerait-elle ses secrets. Sa curiosité piquée, il avait hâte d'atteindre ce jour où il détiendrait toutes les informations à propos de ce soir-là. En attendant, il maintiendrait sa promesse ; veiller sur elle et se sacrifier à sa noble cause, sauver le monde.

Avant qu'il n'ait pu y songer davantage, un hurlement fendit l'air et résonna jusqu'à eux. Irène reconnut immédiatement la voix, celle d'Andreas qui déboula en furie dans la pièce. Un filet de sang partant de son front ruisselait sur son visage blafard. Il semblait réellement inquiet. Or, il ne s'angoissait de rien, hormis de la sécurité d'Irène, et de Démettra parfois.

- Cet enfoiré les a enlevés ! vociféra-t-il, visiblement enragé, et pour la première fois bouleversé. Il est apparu ! Il était là, Irène ! Cet infâme enfoiré !

Le loup ne saisissait absolument pas ses paroles, mais il se doutait de la gravité de la situation. Il sortit de la salle et fit signe à ses cabots de se rapprocher. Il s'apprêtait à donner des ordres, après que le vampire se soit expliqué, mais ce qu'il affirma le déstabilisa complètement. Un éclair le parcourut entièrement et il faillit s'évanouir. Irène, elle, présageait déjà les prochains d'Andreas, puisqu'il ne nommait personne ainsi, excepté lui.

- Gabriel Eston vient tout juste d'enlever les humaines dont vous vous êtes entichée, Irène. Je n'ai ni pu me débattre, ni le rattraper ! Ce type a utilisé un portail interdimensionnel et s'est barré la seconde d'après. Cet enfoiré de Gabriel Eston !

La noiraude serra les poings et ravala un rire nerveux. Elle évoquait son amant avec Stanislas et l'objet de leur discussion kidnappait deux innocents au sein d'un complexe de bâtiments pleins,de loups-garous féroces. Quelle impudence ! Cet homme trouvait toujours des moyens très fantaisistes pour l'irriter. Aujourd'hui ne manquait pas à la règle.

Une fois de plus, elle s'interrogea sur ce qui avait mal tourné entre avant et après l'Insurrection. Seulement, elle chassa bien vite ses pensées égoïstes et se préoccupa du plus important. Soit secourir Angelina et Carline. Elles devaient être effrayées, tétanisées ; la bonté de Gabriel n'était pas très réputée, à contrario de son sadisme. Elle n'osait imaginer ce qui adviendrait d'elles, si personne n'intervenait.

- Andreas, essaye d'appeler Rocklow et Démettra. Rejoins-les au cas où Gabriel s'attaquerait à eux. Je te préviendrais, quand la situation sera réglée. Stanislas, nous nous apprêtons à démontrer votre loyauté et celle de vos loups. Préparez-les, nous partons dans dix minutes, pas une de plus.

- Vous savez où il se cache, constata le blond.

- Je connais mieux Gabriel que lui-même. Son esprit est faible et simple, ses actions systématiquement prévisibles. Je le suis à la trace depuis que nos routes se sont séparées. Maintenant, dépêchez-vous d'obtempérer. Je ne tolérerais pas la moindre blessure sur ces deux humaines. Nous revenons avec elles, ou nous ne revenons pas. Compris ? Je n'autoriserais personne à souffler la vie de gens innocents, uniquement pour m'atteindre.

Sans rien rajouter, Andreas attrapa son téléphone et contacta immédiatement Démettra, priant pour qu'elle réponde, et il sortit en trombe de l'immeuble. Stanislas ordonna à ses loups de le suivre, afin qu'il passe une annonce générale, les imposant de s'organiser pour combattre. La vampire resta seule un instant. La précipitation de mise, elle redoutait qu'une de ces amies paye le prix de leur amitié. Cependant, au fond d'elle, Irène se convainquait que tout se déroulerait à merveille. Gabriel ne les blesserait pas. Elle l'espérait.

L'Insurrection [En correction/PAUSE !!]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant