CHAPITRE 19

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Léonore

Monsieur Douglas avait été gentil avec moi en me laissant partir. Sans plus attendre, je retournai chez Lester. Sa domestique n'était plus là, alors Lester m'ouvrit la porte.

– Tu m'as tellement manqué – dit-il en fermant la porte.
– Vous rigolez ? Je viens à peine de quitter votre appartement.

Il me prit dans ses bras et me serra contre lui.

– Même si ce n'est qu'une seconde, lorsque tu es loin de moi, ma vie perd son sens.

Je rigolai et il m'emmena au salon.

– J'ai demandé à ma domestique de nous préparer un bon repas – dit-il en me montrant la table du bout du doigt.
– Il ne fallait pas, j'aurai pu faire à manger – dis-je en m'asseyant sur le confortable canapé du salon.
– Vous êtes pas prétendante, je ne vais pas vous faire travailler pour moi – s'indigna-t-il puis il vin s'asseoir à mes côtés.

Je le trouvais adorable, je sais que sa liste de prétendantes était longue mais j'avais envie de croire en nous.

Il prit un cigare, l'alluma et le mit entre ses dents. Il expulsa la fumée et je pris le cigare de ses mains et l'imitai. Mon prétendant... J'aimais bien être sa prétendante... il me regarda d'un air curieux, probablement mélangé entre la stupéfaction et l'incompréhension. Pour ma part je lui rétorquai un de mes meilleur sourires tandis que je replaçai le cigare dans sa bouche.

– Je ne savais pas que tu fumais.
– Je le fais uniquement lorsque je peux.
– Désires-tu encore fumer mon cigare ? – hasarda-t-il en me le tendant.
– Volontiers – acceptai-je sa proposition et le cigare.

Lorsque nous avions fini le cigare, Lester me fit asseoir à ses côtés. Il me servit le repas, et à vrai dire j'avais réellement insisté pour le faire mais il avait catégoriquement refusé.
Nous mangeâmes silencieusement en nous regardant amoureusement. Je ne sais pas si c'est un pur hasard ou si c'est le destin, mais manger à la table avec Lester créait en moi une sensation d'euphorie extrême. Il n'y a aucun endroit au monde ou j'aurais préféré être.

– Avez-vous gardé vos anciens vêtements ? – me demanda-t-il en se servant un verre de whisky.
– Une seule tenue, c'était ma favorite, je n'avais pas réussi à la donner.
– Je veux que tu puisses t'habiller comme la dame que tu es.
– Mon salaire n'est pas suffisant pour pouvoir me faire coudre une nouvelle tenue.
– Madame Ryans te confectionnera quelques tenues, je suppose qu'elle a tes mesures.

J'hochai positivement la tête.

– Parfait, dans ce cas, demain, nous irons chez elle, tu choisiras les modèles, les tissus, et les chapeaux que tu désires et je les achèterai.
– Non... Lester personne ne sait que nous avons une liaison, je pense que...
– Tu as totalement raison – me coupa-t-il en se levant – demain j'organiserai une petite fête chez moi et nous annoncerons à nos invités que nous sommes ensemble. Qui aimerais-tu invité ?
– Une fête ? Mais... mais je n'ai aucune tenue de fête...
– Léonore, tu n'as qu'à mettre ton ancienne tenue.
– Mais...
– J'ai peut-être un compromis – dit-il en prenant mon menton entre ses doigts – tu veux l'écouter ?

J'hochai positivement de la tête.

– Demain, j'annonce à mon meilleur ami notre relation, s'il pense que je peux t'acheter une tenue sans que ce soit trop incongru, je le ferai avant d'annoncer notre relation.
– Je t'aime, pas uniquement parce que tu veux me rendre ma vie d'avant, mais tu es si gentil, intelligent, charmant... je t'aime tellement mais j'ai peur que les gens parlent mal de nous.
– Je ne veux pas que la société pense que tu es une autre femme dans ma liste de conquête – dit-il fermement en prenant ma main – je t'aime, Léonore, je t'aime tellement, et j'ai eu très peur quand tu as eu la pneumonie.

Je m'approchai de lui et posai ma main sur sa joue. Je collai mon front au sien et fermai les yeux. J'humai son parfum masculin, sa main se posa sur mon dos et il me poussa vers lui. Je m'assis sur ses genoux et il m'embrassa délicatement.

– J'aimerai que tu dises à Edgar que je passerai demain après-midi – m'expliqua-t-il en prenant ma main – je veux que lorsque j'arrive tu viennes t'asseoir à mes côtés.

Je posai ma tête sur son épaule et embrassai son cou.

– Il se fait tard, je vais rentrer – dis-je en me levant.
– Tu ne vas pas retourner dans ta chambre, c'est hors de question, tu retomberas malade et je ne veux pas risquer une deuxième fois de te perdre.

Ces mots firent frémir mon cœur.

– Et ou est-ce que je vais dormir ? – questionnai-je, mes mains sur mes hanches.
– Dans ma chambre d'invité – répondit-il comme s'il s'agissait d'une évidence.
– Et ta domestique ?
– Je lui ai dit de venir demain à midi, et pas une minute avant – rétorqua-t-il un sourire sur ses délicieuses lèvres.
– Tu avais donc tout prévu !
– Lorsqu'il s'agit de toi, ma princesse, je prévois tout. – il déposa un bisous sur mon front – La chambre d'invité est prête, tu peux aller dormir si tu le souhaites.
– Je t'aime Lester.
– Moi aussi je t'aime Léonore.

Il se leva et prit mes mains dans les siennes.

– Je suppose que pour que tu conserves ta beauté originelle, il faut que tu dormes au moins neuves heures par nuit, ce qui veut dire que je t'ai volé assez de ton temps.

Il déposa un dernier baiser sur mes lèvres et me laissa partir dans la chambre d'invité.

(***)

Mon père se tenait debout devant la fenêtre de ma chambre. Il venait d'écarter les rideaux en velours rouge et je faisais semblant de dormir. Je savais qu'après les avoir écarté, il allait venir me chatouiller pour me réveiller. C'est de cette manière qu'il m'extirpait de mes rêves. Après m'avoir bien réveiller, il déposai un bisous sur mon front et me disait: « réveilles-toi ma puce.» Il venait me réveiller chaque matin. Mon père s'était retourné et me faisait face, j'entrouvrais un œil pour le voir, mais son visage n'était pas le sien. Ses yeux n'étaient plus dans les orbites, son nez n'était qu'un trou et sa peau était verdâtre. Je fermai les yeux fortement et les rouvris en pensant qu'il s'agissait d'une erreur mais cette chose continuait penché sur moi au pied de mon lit. J'hurlai de peur.

– Calme-toi, princesse, ce n'est qu'un gauchement.

J'étais en sueur, des larmes coulaient sur mes joues. Je me lançai au cou de Lester et il me prit dans ses bras. Je continuai de sangloter dans ses bras, mais son calme et son souffle régulier me calmèrent petit à petit.

– De quoi as-tu cauchemardé ? – me demanda-t-il en prenant mon visage entre ses mains.
– Mon père.
– Il te reste une heure de sommeil avant d'aller travailler chez Edgar, tu vas réussir à t'endormir ?
– Une heure, alors ça me laisse du temps pour te préparer un bon petit déjeuner.
– Si tu es fatiguée, je peux le faire. Je ne veux pas que tu penses que je t'utilise.
– Des œufs brouillés, du bacon et des toasts, est-ce que cela convient à monsieur Blunt ?
– Est-ce que cela convient à la future madame Blunt ?

Je fis une moue d'étonnement.

– Je ne te l'avais pas encore dit, mais te donner mon nom de famille c'est dans mes plans.

Sa remarque me fit rougir, j'avais si chaud. Je devais être épouvantable avec mes cheveux décoiffé, et pleine de sueur.

Je préparai notre petit-déjeuner, et je savourais chaque bouchée de mon plat, ce qui fit rire Lester. Je lui expliquai que au grenier avec les autres domestiques nous n'avions que du pain, plus ou moins sec, une tasse de thé ou de chicorée et que par conséquent, manger des œufs brouillés et du bacon était comme le découvrir pour la première fois. Au lieu de me narguer il s'excusa. Lorsque l'heure arriva, je quittai Lester et le rendis chez les Douglas.

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