Chapitre 6 : Pas à pas

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« Si la raison parvient à avoir raison de la passion, avons-nous raison de croire que la passion va finir par devenir raisonnable »

Jacques Caron

2020, Paris, 18e arrondissement, samedi 14 mars

Mon réveil fut doux, réveillée par le chant des oiseaux et non par le doux son de mon réveil. Je me réveillai doucement et me levai encore mal réveillée. Je déjeunai en préparant le déjeuner de mes bourreaux, je mis une petite heure à déjeuner, à préparer leur déjeuner et à me préparer. Une tenue simple pour rester chez moi : un pull en laine jaune avec une brassière en dentelle noire, un jean noir et je regroupai mes cheveux en quelques tresses et une queue de cheval. Je descendis les escaliers avec du pain et de la confiture dans les mains.

Je les distribuai en vitesse dans un brouhaha incroyable, je n'ai pas le temps pour ces conneries, j'ai autre chose à faire, je profitai de ma distribution pour détacher leurs liens permettant ainsi de libérer leur main. Je les vis faire rouler leurs poignets et engloutir leurs tartines à une vitesse hallucinante. On ne leur donne pas à manger ou quoi ? Ce fut Maël qui ouvrit la première conversation de la journée :

-Je ne déjeune pas ça d'habitude, me dit M. le capricieux en me montrant le déjeuner.

Je ne préférai pas répondre à cette provocation attendant juste le bon moment pour reprendre mon jeu.

-On sort quand ? compléta Mila.

-Demain, peut-être si c'est ce que tu veux entendre, dis-je pas très aimable.

On m'appelle amabilité dans le milieu. Je pris place à ma place habituelle entre Logan et Maël qui ne s'était pas adressés la parole depuis leur « clash » de la veille.

-Ça va tout le monde ?

Pas de réponse.

-Bien dormi ?

-Vous savez qu'il va falloir me répondre à un moment.

Toujours aucune réponse. Je sens que je vais adorer cette journée.

-Bon on va continuer les petites histoires puisque vous ne répondez pas à mes gentilles remarques.

-Gabriel, c'était à toi ?

Question rhétorique bien sûr. Attention mesdames et messieurs, va commencer une des histoires les plus intéressantes ! Gabriel Martin c'est à toi !

Il lança un regard à l'assemblée devant lui comme quand on était au lycée, toujours stressé à l'idée de prendre la parole en public. Même s'il le faisait tout de même. Il demeurait ce garçon solitaire d'autrefois. Ce garçon qui était toujours là sans être là.

-Gabriel ?

-Quand je trainais avec vous au lycée c'était pas forcement que je vous appréciais et je n'étais pas forcément d'accord avec vos choix. Ne croyez pas que je veux me dédouaner, j'assume.

Vu la tête de Maël et Cameron, Gabriel n'aurait peut-être pas dû dire ça.

-J'appréciais être avec certains d'entre vous mais je suis quand même resté avec vous tous et quand est arrivé l'histoire avec Ambre je suis là aussi resté parce qu'on était tous dans le même sac, ça ne servait à rien de se tirer dans les pattes. J'aurais peut-être dû ouvrir ma gueule pour une fois. Mais j'ai décidé de prendre parti pour vous en laissant Ambre seule. C'est sûrement la plus grande erreur de ma vie, dit-il en fixant chacun de ses « amis ».

-Malgré tout, j'ai continué mes années lycée au même endroit et avec les mêmes personnes, j'ai obtenu mon BAC avec mention bien. Quelques semaines plus tard, j'ai fait une « overdose » de mes conneries, de drogue aussi, alors j'ai pris le large à la mi-août pour Arles dans le sud et j'ai commencé directement une école de photographie pendant 5 ans avec l'obtention d'un diplôme à la fin. J'ai toujours été passionné par cet art. J'étais tout le temps avec mon appareil, il me suivait partout, un meilleur ami fictif, la seule chose avec laquelle j'étais entier, en phase avec moi-même.

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