CHAPITRE 2

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ANDER

La musique a toujours eu une place importante dans ma vie.Elle était un moyen pour moi de pouvoir dire tout ce que mon cœur retenait prisonnier en lui. Depuis la mort de Sara, je n'avais pas écrit un seul vers, une seule mélodie. Aucune note n'avait recouvert les pages de mon carnet à la couverture en cuir doré que je cachais dans l'étui de ma guitare depuis que le cœur de l'amour de ma vie avait cessé de battre.

J'écrivais seulement parce que ce que je ressentais pour elle m'inspirait. J'écrivais parce que notre amour était la seule chose que je voulais exprimer dans mes chansons. J'en avais écrite quelques unes depuis qu'elle n'était plus là. En vérité, assez pour en faire un album. Mais depuis plusieurs mois, quelque chose m'empêchait de continuer à composer.

Et c'était le 16 juin.

Cette date était le jour de l'anniversaire de Sara et chaque année depuis sa mort, cette date me laissait toujours un goût amer. J'avais horreur de cette date même si elle me rappelait une grande partie des plus beaux moments de ma vie. Mais aujourd'hui, je me sentais mal. J'avais cette douleur dans la poitrine qui pointait à nouveau le bout de son nez alors qu'elle commençait tout juste à me laisser tranquille.

Ou du moins pour le moment.

Parce que même si j'arrivais plus ou moins à tenir le coup sans elle, la douleur était toujours là et je n'avais trouvé aucun moyen d'y remédier.

Même pas la musique.

Parce que si je continuais, cela signifiait que je devais écrire sur notre amour, que je devais écrire sur l'amour que j'éprouvais pour elle, que je devais écrire combien elle me manquait elle et son sourire et je ne voulais pas me replonger là dedans parce que c'était beaucoup trop dur. C'était beaucoup trop douloureux de me replonger dans cet océan de solitude et désespoir.

Je ne voulais pas replonger dans cet enfer auquel j'avais si solidement pris soin d'échapper. Et pourtant, aujourd'hui, je tenais entre mes mains une enveloppe dans laquelle se trouvait une lettre qui me donnait rendez-vous avec une maison de disques. On me donnait la chance de pouvoir vivre mon rêve, ce que j'avais toujours voulu obtenir depuis que j'étais enfant.

J'avais toujours voulu être musicien, composer et me produire devant un public aux quatre coins du monde. J'avais toujours voulu voir ces visages s'illuminer dans le public chaque fois qu'ils découvriraient nos derniers morceaux. J'avais toujours voulu voir à quel point mon public serait heureux de nous rencontrer ou découvrir notre nouvel album que l'on avait enfin sortis après des mois d'attente.

Mon père était mécanicien. Il retapait des vieilles bagnoles et chaque fois qu'il avait un moment de libre, il m'apprenait à jouer de la guitare sur sa vieille Gallagher. Et chaque moment que je passais avec lui étaient les meilleurs de mon enfance. Ma mère, quant à elle, était violoncelliste. Elle était à l'opposé de mon père et malgré tout, ces deux-là s'aimaient comme des dingues.

Sauf lorsqu'il s'agissait de choisir une playlist lors de nos virées en voiture. La vieille Chevrolet Impala de 1967 que mon père avait retapé.

Il arrivait à mon père de prévoir des moments en famille à la maison du lac. Un chalet qui se trouvait en Caroline du Nord et même s'il fallait conduire pendant des heures pour s'y rendre, il était important pour mes parents de nous déconnecter de notre vie de dingue à New-York. Et j'adorais ces moments que je passais avec mes parents. Ils étaient les plus belles personnes que j'avais dans ma vie, les personnes les plus importantes de ma vie.

Ils étaient toujours d'un calme olympien et remplis d'un amour inconditionnel et même s'ils n'étaient pas mes véritables parents, même si nous n'avions pas le même sang, je savais à quel point ils m'aimaient. Ils m'aimaient d'un amour si fort et si intense qu'ils auraient été capables de tout pour me rendre heureux. Et ces moments au chalet était la preuve que notre famille comptait plus que tout pour eux. Le long du trajet, la musique berçait l'habitacle et j'entendais mes parents débattre sur l'année à laquelle le pays avait vu mourir Kurt Cobain et ça avait le don de me faire toujours autant rire. Leurs disputes se résumaient à un débat sur les groupes mythiques qu'ils affectionnaient tous les deux.

The Lucky OneOù les histoires vivent. Découvrez maintenant