Chapitre 5

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Fubuki

Nous étions enfin en été, nous étions enfin en Juillet, fin de l'année scolaire. Débarrassée des trois petits pour deux mois. J'avais l'impression d'attendre ça depuis des années. Maintenant que nous étions dans la période tant attendue, je devais me fixer un jour. J'optais pour un vendredi, une veille de week-end serait un bon moment, ils auraient ou plutôt nous aurions deux jours pour nous remettre de nos émotions. J'imaginais déjà comment tout allait se passer, des retrouvailles émouvantes, des rires, des pleurs... mais je m'imaginais aussi le pire. Et s'ils avaient déménagé ? Et s'ils ne voulaient pas me revoir ? S'ils ne me reconnaissaient pas ?

J'essayais de me persuader que ces scénarios, les pires que je pouvais inventer, ne se produiraient pas. J'espérais qu'ils ne se produiraient pas.

En attendant la fin de la semaine je préparais une sorte de plan. J'étais chanceuse, à la météo on disait que vendredi il pleuvrait du matin au soir. Alors je mettrais mon imperméable à capuche pour éviter qu'on remarque que je suis une Mikazuki, en plein quartier noir. Bien sûr, j'irais la nuit, ou à la tombée de la nuit, à partir de vingt-et-une heures je pourrais y aller, c'est comme un couvre-feu à partir de là. Je prendrais avec moi un papier avec l'adresse notée, je ne me souvenais plus où était leur maison précisément. Je comptais aussi ramener quelques biscuits, un petit cadeau pour "fêter" ça.

Je passais la semaine la plus angoissante de ma vie, j'attendais avec encore plus d'impatience, mais aussi de peur. Jeudi après-midi je faisais les biscuits, ils seraient parfaits pour le lendemain soir. J'avais parlé de tout ça à ma mère, elle saurait où je serais ce soir là, au cas où.

Le vendredi soir, j'étais excitée comme une puce, je m'habillais en vitesse, enfilais mon imperméable gris et mettais ma capuche, effectivement il pleuvait averse. Je tenais ma boite de biscuits sous mon imperméable, après tout un après-midi de travail je n'allais pas les laisser baigner dans de l'eau de pluie. L'adresse était dans ma poche.

J'entamais mon chemin vers le quartier noir, à cette heure là il n'y avait pas de monde dehors, surtout qu'il pleuvait. Une fois devant les pâtés de maisons je m'y perdais, je regardais dans ma poche, pour ne pas sortir le papier qui ne ferait pas long feu sous la pluie.

Je cherchais en avançant à petits pas, la pluie empirait et je commençais à avoir froid.

Heureusement mon regard s'arrêta sur le machiya, c'était la bonne adresse. Je soupirais de soulagement tout en frissonnant. On aurait du mal à croire qu'on était en été.

Je m'avançais et toquais à la porte, tremblante. Une femme noire fit coulisser la porte et me regarda. Elle écarquilla les yeux. Je la regardais par dessus mes lunettes aux verres pleins de gouttes. Elle sourit de toutes ses dents quand une réalisation la frappa, visiblement.

"Entre donc voyons ! Ne reste pas plantée là !"

Elle me tira par le bras, elle tremblait aussi. Elle me prit mon imperméable et le posa sur le porte manteau.

"Fubuki c'est bien toi !?" Cria un homme en me voyant. C'était le père de Taina.

Je souriais en hochant la tête.

"Comme tu as grandi !" S'exclama la mère en mettant sa main sur sa bouche.

"Dis-moi, personne ne t'as vu j'espère ?"

"Non, il n'y avait personne dans les rues."

"Oui, il ne fait pas un temps pour trainer dehors."

Je les regardais en souriant, ils m'avaient manqué. Je leur tendais la boite de biscuits.

Hinaiti me sourit, elle prit la boite et l'ouvrit.

RakuenOù les histoires vivent. Découvrez maintenant