Chapitre 35

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Taina

Les Résistants chantaient en cœur « La liberté ou la mort » et dansaient, fêtaient notre victoire. Mahana et Fubuki étaient revenus avec Orava, Najwa et les grands-parents. Tous cherchaient des visages familiers, des parents, de la famille, des amis. Des retrouvailles se passaient dans mon dos mais je ne trouvais pas mes parents ou Tatie Poekura. Je demandais à Najwa si elle avait vu Lai.

« Il a arrêté d'assurer notre protection quand il a compris qu'on avait vaincu Bingwen. Il est parti cherché «sa perle rare » c'est ce qu'il a dit en partant. »

Je tournais la tête pour chercher Tatie Poekura, peut-être qu'elle était en quête de mes parents aussi, et que Lai la cherchait. Ça faisait beaucoup de personnes à la recherche les unes des autres. Alors je décidais d'attendre, même si je haïssais ça.

Mahana et Orava étaient partis de leur coté. Fubuki et ses grands-parents recherchaient Denpo et Raito. Quant à Gaku il avait disparu.

A l'heure actuelle, je ne sentais toujours pas mes jambes, elles étaient plus qu'engourdies et pouvait à peine bouger le bassin. Je commençais à paniquer mais je me rassurant en me disant qu'au moins j'étais en vie. Plusieurs fois durant ce combat contre Ryuu avais-je pensé à Ele'i, à Ursa et Wailani. J'avais voulu venger Ele'i.

J'avais pensé à l'avenir si j'étais morte à ce moment-là. À Ursa et Wai, la croyance dit que l'ours lèche son ourson pour lui donner forme. Je me disais qu'il valait mieux qu'il ne soit pas un ourson mal léché. J'avais pensé à ma promesse, que j'aurai échoué à tenir, à la vie qu'il aurait vécue. Aurait-il eu plus de droits que nous n'en avions eus ? Ou aurait-il rencontré les mêmes obstacles ? Voire pire...

« Tu peux me passer de l'eau ? »

Je fus tirée de mes rêvasseries par la voix de Najwa.

« Oui attend. »

Indra ingurgita l'eau contenue dans sa bouteille. Il la tendit à Najwa.

« Tiens. »

Elle la pencha mais rien n'en sortit. Elle la mit à la verticale au dessus de sa bouche ouverte mais seules trois misérables gouttes coulèrent. Elle fusilla Indra du regard et lança la bouteille au sol qui se brisa.

« Oh ça va on rigole. » Fit-il en suivant Najwa qui s'en allait.

Tout le monde relâchait la pression. Bingwen descendit les marches, tenu par des rebelles. Youria et Gang félicitèrent les soldats Résistants et Lotfi souffla dans un olifant*.

A ce moment, des grues parsemèrent le ciel orangé par le levé du soleil. Je me croyais dans une estampe. Le brouillard nous entourant m'empêchait de voir clairement à plus de quinze mètres. Je vis quatre silhouettes s'approcher de moi. Quand elles furent assez proches, et visibles, je reconnaissais les visages de mes parents, mon oncle et ma tante.

Ils m'enlacèrent en voyant que j'allais bien. À première vue.

Ils avaient toujours leurs casques et armures, celui de Mama paraissait tellement grand sur sa tête.

Mama toucha de ses mains gelées mes joues, elle me regarda dans les yeux, alors que ses paumes devenaient rouges au contact de mon visage.

« Tu es en vie, ma fille, Tai j'ai bien cru que j'allais mourir, plusieurs fois, et j'ai eu peur...pour toi aussi, mais tu es là, et tu n'es pas morte. »

Elle sourit, j'examinais son visage et ses fossettes si familières étaient apparues. Les rides autour de ses yeux lui donnaient cet air très mature. Elle m'embrassa le front.

Je baillai. J'essuyai les larmes provoquées et indiquait à ma famille que je ne pouvais pas marcher. Je restai sur Argos durant tout le trajet. Tous les survivants déguerpissaient du champ de bataille.

...

J'étais allé à l'hôpital pour mon problème. Les médecins annoncèrent à ma famille et moi-même que la moelle épinière avait été endommagée. On m'apporta un fauteuil roulant. Auquel j'allais devoir m'habituer. Ils me gardaient en observation durant plusieurs jours. Je devais faire une réadaptation, les médecins m'informaient que je ne pourrais plus marcher. Ils me dirent que je pourrais peut-être me tenir debout grâce à des orthèses. Nous essayions mais je ne tenais pas plus de deux minutes.

Mes parents me rendaient visite, à chaque fois avec des nouvelles. Loti, la mère d'Orava et Rahiti, avait succombé à ses blessures, dans le même hôpital que moi, à quelques chambres de la mienne. Son frère, Afaitu, affirmait que nous la reverrions, volant parmi les grues.

Najwa et son petit frère me rendaient visite. En tant que médecin, elle essayait de me rassurer et me disait que beaucoup de patients ne tenait pas debout au début puis réussissait à remarcher grâce à une rééducation assidue. Alors que je me dénigrais, son cher petit frère, rongeant un mais grillé en me regardant avec des yeux ronds, essayait de me réconforter.

« Non ne dis pas ça, allez, tiens une pomme. » Fit-il en sortant une pomme de son sac en papier et le mettant sur mon lit.

C'était l'intention qui comptait.

Fubuki restait à mon chevet durant ces jours à l'hôpital. Assise sur une chaise près de mon lit, elle m'offrait des fruits. Elle me disait que Mahana avait mis à l'adoption le baku qu'elle avait secouru après l'avoir fait soigné par les parents de Najwa. Elle m'expliquait que ses grands-parents étaient toujours à l'hôpital mais qu'ils allaient s'en sortir. Peut-être avec des séquelles. J'avais honte d'espérer ne pas être seule. Puis elle restait silencieuse.

« C'est de ma faute... »

« Non. »

Elle s'effondra sur mon lit, en sanglotant.

« J'aurais du venir t'aider dès le début ! » S'exclamait-elle.

« Non, j'ai juste été stupide... » Je regardai par la fenêtre. Le regard vide. « Tu sais, à ce moment j'étais juste avide de vengeance...je...je pense que je ressemblais moi-même à un assassin. »

Elle me regarda de ses yeux larmoyants et me tint la main.

« Tu sais, Fu, il y en a qui n'ont même plus leurs jambes à l'heure qu'il est. »

...

La Résistance était définitivement terminée. Je rentrais chez moi alors que mes parents avaient fait en sorte de rendre le machiya plus accessible à mon fauteuil roulant. Je ne préférais pas parler de ça avec quiconque. J'essayais de m'adapter. Je restais des heures dans ma chambre à lire des livres. Fubuki et sa famille étaient partis de l'ancien quartier Coloré pour habiter chez Mamoru. Il était mort au combat et leur avait légué son machiya. Ils avaient même la chance d'hérité de sa forgerie. Mamoru Watanabe n'avait pas de descendants.

Maintenant que les Résistants n'étaient plus considérés comme des terroristes, les gens s'en vantaient librement. Se vantaient d'avoir fait partie de ce mouvement qui changea le pays. Bingwen avait fini derrière les barreaux. Durant le procès, il avouait que des escadrons de la mort dont faisait partie Ryuu se chargeaient d'assassiner les Résistants. Pour avoir mis en place une dictature militaire, où les samurais étaient rois, et eut recours au terrorisme d'Etat, en oppressant une partie de la population, la retranchant dans la terreur, ainsi que pour le crime d'apartheid, Bingwen fut initialement condamné à la peine de mort. Cependant, Gang Ma jugea que ce n'était pas ce qu'il fallait faire. Non pas que quiconque espérait qu'il pourrait se repentir. Elle disait que sa mère, l'ancienne Impératrice, n'aurait pas voulu que ça se passe ainsi.

On lui ajouta comme délit faux et usage de faux. Suite à une enquête on avait découvert, grâce à des témoignages de samurais, que Muramasa Watanabe avait été tué par Ryuu. Bingwen lui avait promis le trône s'il l'aidait avec le soutien de tous les samurais Watanabe. Aucun document ne fut retrouvé mais l'analyse d'ossements trouvés près du palais révéla, choquant le clan tout entier, qu'ils appartenaient bien à l'héritier Watanabe.

Bingwen Ma fut condamné à la prison à perpétuité.

*instrument fait à partir d'une défense de haathee (leur éléphant) 

RakuenOù les histoires vivent. Découvrez maintenant