Chapitre 17

0 0 0
                                    

Taina

Les enfants de la maison se comptaient au nombre de trois : les jumeaux et le fils d'Ursa. Les jumeaux ne seraient bientôt plus des enfants, puisque depuis quelques semaines ils avaient, déjà, douze ans. Durant toutes ces années à perdre des dents, les mettre sous l'oreiller et se réveiller pour trouver à la place quelques okanes, j'étais leur petite souris. La petite souris qui s'introduit la nuit dans les chambres, prend les dents et échange de manière équivalente quatre ou cinq okanes. J'étais chargée de jouer ce rôle, mes parents donnaient l'argent et je devais le mettre sous l'oreiller une fois le marchand de sable étant passé. C'était divertissant, mais c'était fini, ils avaient tous les deux perdus toutes leurs dents de lait. Ma'am Faizi elle-même le disait, c'était bon, ils étaient « des grands ».

En revanche, Wailani avait quelques petites dents blanches apparaissant, d'autres poussant encore. Avec lui il y avait de la marge. Celles-ci ne tomberaient pas avant qu'on ait passé cinq ans de plus ensemble.

Je m'étais enfin vengé de mes frères. De cette nuit où on avait éclaté l'oreiller de Farerau, et oui je n'oublie pas, je suis rancunière. Valait mieux tard que jamais. Un de ces jours où il pleuvait, et qu'Argos avait été sorti sous ce même temps de shisa, on désignait quelqu'un pour le laver. Il était plein de boue et puant le komainu mouillé. Je l'avais sorti, alors il n'était pas question que je le lave et l'essuie. Alors que je rentrais à peine, Mama était assise devant la table, lisant un livre. Quand je croisai son regard, je pointai du doigt les jumeaux. Ils s'arrêtèrent de bouger comme pour ne pas être vu. Mama baissa légèrement ses lunettes de lecture et les fixa. Ils y échappaient toujours car il y avait souvent un débat pour désigner la personne en charge pour cette fois. Et en attendant ils s'échappaient en douce. Mais cette fois j'étais rentrée alors qu'ils étaient en train de dessiner dans le washitsu, pas au sol pour une fois, comme ils ont longtemps aimé faire. Ils étaient dans une embuscade, je les avais désigné, et ce devant Mama, et s'ils la considéraient comme un tyrannosaure Rex ce n'était pas pour rien. Aucune échappatoire.

Alors les deux, se levèrent, s'exécutant. Ils passaient entre Mama et moi, lentement, trainant les pieds et dépités. Nous les suivions du regard assidument. Ils prenaient Argos pour l'emmener dans la salle de bain. Il plongeait dans l'ofuro, une baignoire profonde en bois. En refermant la porte derrière eux, ils me lancèrent un regard austère. Eux aussi se vengeraient un jour, mais pour le moment c'était moi qui les avais piégés, et je profitai de mon heure de gloire. Je souriais à moi-même en allant dans ma chambre. Pas de toilettage de komainu pour moi aujourd'hui.

Dix jours après le douzième anniversaire des jumeaux, c'était celui de Mahana. Elle fêtait ses vingt-trois ans. Pour ça, elle nous invita tous au onsen. Cette fois Indra accepta de venir, il disait qu'il rêvait de se faire ce plaisir typiquement Mikazuki. Il négocia avec l'accueil pour faire entrer Aluva avec nous. Une petite liasse de cent okanes et la louve entra sans problèmes. On savait que c'était elle son vrai garde du corps, aucun endroit où il n'allait n'était manquant d'Aluva. Indra et Orava allaient dans le bain pour homme, Najwa, Mahana et moi nous dirigions entre filles dans celui nous étant réservé. Avant nous nous lavions et nous rincions pour être parfaites avant d'entrer. On devait être impeccable, l'inverse était inacceptable.

Il n'y avait personne, par chance, cet onsen pour Colorés n'était peut-être pas très connu. Nous avions donc le bassin pour nous seules. A peine étions nous entrées dedans que notre corps se décontractait. L'eau des sources volcaniques était censée avoir des vertus thérapeutiques. On était relaxées en moins de dix minutes. Le silence nous accompagnant était confortable lui aussi. Najwa avait sa serviette blanche sur la tête, Mahana aussi, je l'avais laissé sur le coté du bassin. Celles-là étaient inséparables, même dans leur façon de faire, celle de faire à peu près tout.

RakuenOù les histoires vivent. Découvrez maintenant