05-et on aura enfin la paix

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Un trait. Deux traits. Trois. Quatre. Jusqu'à ce que ça fasse suffisament mal pour atténuer le chaos dans sa tête. Jusqu'à ce qu'elle ressente un semblant de paix quelques secondes.

Du sang coulait le long de son bras. Il peignait sa peau en traçant sa douleur jusqu'aux bouts de ses doigts, quelques gouttes tombant ensuite sur le sol blanc de la salle de bain. Des gouttes de sang qui tâchaient le sol sur lequel elle venait de s'effondrer il y a... Longtemps. Cela ne devait que faire quelques minutes depuis qu'elle avait cessé de pleurer sur le sol mais, pour elle, cela revenait à une éternité. Une éternité dans ses pensées sombres et mélancoliques.

Après des cauchemars elle perdait complètement la notion de ce qui était vrai ou faux, du réel et des illusions, elle ne savait plus faire la différence. Elle perdait naturellement la notion du temps avec. Peut-être qu'elle était là depuis déjà des heures ?

À la suite d'un cauchemars, elle avait l'habitude de se pincer pour s'assurer qu'elle était bien dans la réalité, que ça n'avait pas été réel et que tout allait bien. En tout cas tout devait avoir l'air normal. Mais ensuite, après le soulagement venait souvent l'effroie. Elle se souvenait ensuite qu'elle vivait dans un cauchemard éveillé constamment. Qu'elle avait beau essayer de tout oublier, à chaque fois ses cauchemars la rapprochait un peu plus de sa réalité. De la réalité qu'elle détestait. La réalité qu'il lui rappelait qu'ils étaient tous partis... Ils l'ont tous lâchée.

Elle regarda son avant-bras et du sang tomba sur sa chaussette. C'était... chaud.

Ça faisait moins mal maintenant. Elle avait l'impression de voir sa souffrance se vider d'elle en même temps que son sang s'échappait par des lignes qu'elle s'était elle-même affligées. Elle le méritait, elle pensait. Elle méritait tout ça. C'était la seule chose qu'elle pouvait avoir. Elle méritait de s'ouvrir les bras, toute seule, dans la salle de bain, au milieu de la nuit pour n'inquiéter personne. C'était la seule et unique chose qu'elle méritait.

La seule putain de chose qu'elle méritait.

-Ams ? »

Les bruits de pas sur le sol de leur dortoir envoya de l'électricité dans tout le corps d'Amelia. Il était minuit passé normalement tout le monde dormait.

Merde.

Amelia baissa rapidement sa manche et cacha la lame ensanglantée sous le pot où leur brosse à dents se tenaient. Elle détestait être prise au dépourvu comme ça.

-O-oui ? » Elle ne savait même pas si elle avait l'air crédible. Sa voix était tremblante et du sang était toujours sur le sol et ses doigts. Elle devait avoir l'air d'un gâchis de larmes et de sang. Elle avait tellement honte. Elle avait honte de se faire ça, d'être si facilement brisée par des cauchemars du passé. Elle avait honte du sang qu'elle laissait couler, de ses larmes, d'elle. Juste d'elle. Elle était le problème.

Elle avait tellement honte de ce qu'elle était.

Amelia n'eut pas le temps de prendre une inspiration confortable pour s'attendre au pire que la porte s'ouvrit timidement. Les cheveux flamboyants d'Eris se firent percevoir. Et... Non. Impossible. Eris pleurait-elle ? Oui. Eris pleurait. Elle pleurait vraiment. Amelia ne rêvait réelement pas. Son amie en pleurs était la confirmation qu'elle était bel et bien sortie de son cauchemars.

-Eris ? Qu'est-ce que-»

Non. Tais-toi, Amelia. Arrête de parler. Aide plutôt ton amie. Elle a besoin d'aide. Arrête de pleurer et aide la.

Ce n'était pas ses affaires. Amelia ne pouvait pas lui demander qu'est-ce qui s'était passé. En plus de risquer de lui causer encore plus de peine, c'était impoli et égoïste de vouloir savoir. Et elle n'était pas égoïste. Pas pour les personnes qu'elle aiment. Eris n'allait pas bien ça se voyait, on s'en fiche de la raison, elle devait la consoler. C'était son amie.

MauditeOù les histoires vivent. Découvrez maintenant