01-cauchemar éveillé

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Amelia se réjouissait de quitter cet enfer. Non, en réalité, elle ne le quittait pas. Elle se rendait juste dans un semblant de paradis qui allait se terminer en enfer. Elle le savait. Rien ne pourrait bien se passer. Elle ne voulait pas faire ça. Mais elle n'a jamais vraiment eu le choix.

-Tu vas me manquer, Amelia. »

Amelia se sentait légère. Comme si le calme l'entourait. Mais elle n'était que dans un jardin, adossée contre un arbre. Mais elle se sentait vraiment légère pourtant. Presque libre. Presque libérée une fraction de seconde de ses chaînes. Comme si elle n'était plus emprisonnée de leur emprise, de son emprise, le temps de quelques minutes.

Elle se sentait libre. Ça lui faisait étrange de se sentir libre.

Est-ce qu'elle l'a déjà été ? Probablement pas, non. Et elle ne l'était pas. Toujours pas. Malgré l'air frais de septembre sur sa peau, malgré l'herbe fraîche sous ses doigts et l'écorce contre son dos qui lui donnait l'impression d'être plus proche de lui, elle était toujours ici. Sans lui. Il n'était plus là et elle était coincée ici.

Des sons lointains se faisaient entendre. Comme des murmures qui effleuraient ses oreilles et tentaient de lui parler. Elle voulait pouvoir répondre quelque chose, mais elle n'y arrivait pas. Elle voulait vraiment. Mais elle ne pouvait pas. Sinon elle n'était plus libre. Elle voulait l'être encore un peu. Juste un peu plus longtemps.

Elle se sentait à la fois proche et tellement loin de ces voix. Ça lui faisait presque froid dans le dos.

Jusqu'à ce qu'elle se réveille en sursaut.

Tout un coup, tout était devenu réel et proche. Trop réel et trop proche.

Amelia se fit éblouir par le soleil, presque à son apogée dans le ciel, alors qu'une petite blonde était debout devant elle, l'air triste. Triste à cause d'elle.

Amelia sentit un pincement au cœur la tirailler. Non. Elle avait déjà mal au cœur, ce n'était pas de la culpabilité qu'elle ressentait. Elle ne se sentait pas coupable de voir dans cet état sa petite sœur à cause d'elle, c'était juste de la douleur. De la douleur et de la peur. Elle avait tellement peur. Elle ne pouvait pas faire ça. C'était égoïste.

-Pardon... » Elle se frotta les yeux et prit conscience du monde qui l'entourait.

Combien de temps avait-elle dormi dans le jardin ?

Ses mauvaises habitudes reprenaient visiblement ; se reposer près de la tombe de son frère pour le sentir un peu plus près d'elle, pour se sentir plus proche de lui alors qu'il était parti depuis longtemps.

Mais elle ne pourra plus se reposer à côté de sa tombe avant longtemps, elle profitait juste du temps qu'elle avait avec lui. Même si elle n'en avait pas beaucoup.

-Amelia ? Tu vas bien ? »

La voix de sa sœur résonna longtemps dans ses tympans. Elle avait tellement mal. Elle avait tellement peur. Non. Elle ne voulait pas partir. Elle préférait rester dans cet enfer que faire du mal à quelqu'un. Elle n'était pas comme ça. Elle ne pouvait pas le faire. C'était au-dessus de ses forces.

-Amelia ? »

-Tu disais quoi Zephy ? J'ai- J'ai pas entendu. »

Sa petite sœur avait soupiré avant de s'agenouiller vers elle et de la relever du sol calmement. Ça se voyait tant que ça qu'elle n'allait pas bien ? Qu'elle perdait pied ? Comment avait-elle pu croire qu'elle était capable de se servir de quelqu'un pour quoi ? Pour sauver sa famille ? Pour se sauver soi-même ?

C'était égoïste. Elle n'était pas égoïste.

Les yeux verts de sa petite sœur se déposa sur ses yeux. Ses beaux yeux verts qui l'apaisait à un point inimaginables et elle avait vraiment besoin de ça. De se sentir un peu moins angoissée. Surtout aujourd'hui.

MauditeOù les histoires vivent. Découvrez maintenant