Ella
Lundi matin, je pose Liam devant l’école en priant pour que personne ne remarque mes cernes façon zombie sous cocaïne. J’envoie un message à Flo : Je viens pas en cours aujourd’hui. De toute façon, qui je veux berner ? Ça fait des mois que je rate tout. Mon diplôme ? Mort. Mon rêve d’être architecte ? Re-mort. Peut-être que dans ma prochaine vie je construirai des gratte-ciels, mais dans celle-ci je vais déjà essayer de ne pas finir enterrée sous un. Je n’arrête pas de me répéter que c’est la seule solution : me casser loin d’ici avec Liam. Très loin. Genre un endroit où même Google Maps abandonne. Ad, Flo, Julie et sa fille vont me manquer, mais j’ai pas le choix. Et eux, il vaut mieux qu’ils m’oublient avant de se faire aspirer dans le siphon de merde qui me sert de vie. Je rentre chez moi récupérer la came de Xander. Puis je me mets à quatre pattes sous le lit pour attraper ma boîte. Il me faut du fric si je veux qu’on survive plus de 24 heures. Mes doigts tombent sur la montre de mon père et ça me fracasse le cœur. La seule chose que j’ai de lui. Selon ma mère, c’était un héros, mort au combat. Elle m’a filé cette montre en me disant que c’était tout ce qu’il restait.
J’aurais tellement voulu le connaître… Peut-être que ma vie aurait été différente. Peut-être que j’aurais eu quelqu’un qui m’aime aujourd’hui.
Je l’attache à mon poignet, et j’ai l’impression de porter un poids de dix kilos. Maintenant il me faut une arme. Pas pour jouer les Rambos, mais pour arrêter de trembler comme une feuille chaque fois que quelqu’un claque une porte. Je connais un endroit, loin d’ici, où on peut acheter du métal illégal sans trop se faire poser de questions. Là-bas, Xander a pas ses chiens de garde. Avec un peu de chance, ils savent même pas épeler son nom. Je prends une grande inspiration, la dernière avant de me jeter dans la gueule du loup. Ou au moins avant d’aller acheter de quoi ne plus être la brebis.
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Mon flingue est posé sur le siège passager. Si cette arme peut protéger mon frère, alors je n’hésiterai pas à m’en servir. Point. J’ai même un taser maintenant. Je deviens une putain de boutique de self-defense ambulante. Xander m’a déjà appelé quatre fois pour me hurler de ramener mon cul avant la fermeture, sinon je finis dans un coffre. Oh, je vais aller le voir. Mais après avoir fait quelque chose pour moi. Pour la dernière fois peut-être. Il est minuit quand j’arrive à la nouvelle course. Pas de filles ce soir, mais j’en ai rien à foutre : j’ai besoin d’y être. C’est peut-être la dernière fois que je peux le faire. Le monde grouille autour des voitures et des motos, les types balancent des sommes indécentes comme si c’était des centimes.
Et évidemment, le seul bon choix c’est de miser sur Q, sinon tu peux dire adieu à ton fric. Je le repère tout de suite, comme d’habitude. Toujours posé, immobile, concentré, dans son aura de “ferme-ta-gueule-et-regarde”. J’attache mes cheveux, avance vers lui.
— Je monte avec toi.
— Pas ce soir, mon petit chat.
Il a cru quoi ? Que ça allait m’arrêter ? J’enjambe sa moto, je me colle devant lui.
— Je monte avec toi. T’as pas le choix. Si tu veux me virer, force-moi. Essaye, je te regarde.
Il allume sa moto. Pas un mot. Juste cette montée de frissons le long de mon dos. Toujours ce putain d’effet sur moi. Bart s’approche, son souffle dans mon oreille :
— Pour cette fois, ça passe. Tu peux t’estimer heureuse qu’il me fasse gagner autant de fric.
Je lui souris, puis je m’accroche à Q. Le mec porte encore son jean et sa veste en cuir alors qu’il fait 25 degrés. Un radiator sur pattes. Un enfer. Mais un enfer qui sent bon. Ça râle autour quand on nous voit prêts à partir. Paraît que c’est pas "la règle" d’avoir une passagère ce soir. Le départ claque. Cette fois, je crie pas. Je ris presque. La vitesse m’explose dans la poitrine, la peur me traverse, la liberté me gifle. Je colle mon bassin au sien, je respire son odeur, je sens son cœur, d’abord calme… puis qui s’emballe quand mes mains glissent sous son tee-shirt. Il est brûlant. Mes doigts remontent de son ventre à son torse, effleurent ses tétons, puis je me penche pour embrasser le bas de son cou. Sa queue durcit contre moi, et merde, j’aurais dû mettre une robe, j’aurais fait un massacre. Q pilote comme un dieu. Il m’embarque dans un monde où rien n’existe hormis la vitesse, moi, et lui. Sa main gantée attrape brutalement ma queue de cheval, tire ma tête en arrière.
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SECRET LIES
RomanceLa vie paisible d'Ella prend un tournant sinistre du jour au lendemain, lorsque sa mère disparaît et que son beau-père sombre dans les vices de l'alcool et des jeux. Pour payer les dettes qui s'accumulent et protéger sa famille, Ella se retrouve con...
