Quinn
La pile de dossiers trône encore au milieu de la table, posée sur ce qu’on appelle entre nous le Cercle. Pas un cercle physique, mais notre putain d’engrenage interne : un réseau huilé, discret, parfaitement verrouillé. Notre “agence”, si on peut appeler ça comme ça, n’a pas de plaque sur une porte ni de numéro de téléphone. On n’existe pas. Et pourtant, tout le monde sait où nous trouver quand il s’agit de faire disparaître un problème ou d’en protéger un. Les clients passent par l’Arche, notre interface. Un site planqué dans les profondeurs du dark web, accessible uniquement via une clé cryptée que seul un initié peut obtenir. Le genre de truc qu’aucun flic, aucun fédéral, aucun hacker du dimanche ne peut remonter. Charly et David ont passé des années à blinder le système : serveurs rebondissant sur plusieurs continents, paiements éclatés en micro-transactions anonymisées, contrats consultables uniquement une fois avant d’être détruits. Les demandes arrivent sous forme de « lots » : protection, élimination, intimidation, extraction. On trie. On accepte. On refuse. On fixe le prix. Et les dossiers papier, ceux qu’on consulte autour de cette putain de table ? Ce sont des copies anonymisées, codées, que Charly imprime depuis l’intérieur du réseau. Aucun client ne voit jamais nos visages. Aucun client ne connaît nos noms. Et de notre côté, on n’accepte jamais une mission sans vérifier trois fois son origine. Notre père dit toujours : Le Cercle n’existe que parce qu’il est fermé. Et il a raison. C’est verrouillé, secret, étanche. Une forteresse invisible.
— Putain mais non ! Sans déconner, on l’a déjà dit combien de fois ? Dix ? Cent ? Mille ?
Je referme le dossier d’un coup sec avant de le balancer au milieu de la table avec les autres. Ça fait une pile aussi haute que ma patience est morte.
— Détends-toi, Quinn… La plupart des demandes ne sont jamais abouties, intervient mon père, en ramassant les dossiers avec son calme de moine tibétain.
— C’est déjà le sixième de la semaine. Le sixième. On ne bute pas les enfants. Jamais. Point final.
— C’était pour quoi cette fois ? demande Drew en se laissant tomber sur une chaise.
De la merde. Encore.
— Un père de famille veut qu’on “intervienne” parce que son foutu gosse de quatorze ans s’est fait humilier en classe. Et il précise vouloir que ça soit “lent”.
— Le monde part en couilles… souffle Jay. Et David ? Pourquoi il est pas là pour trier cette merde ?
Épaules haussées. Silence.
— Sérieux… Le prochain parent qui nous demande de buter un gamin, c’est lui que j’éventre lentement, grogné-je en tirant un autre dossier vers moi.
On nettoie les criminels, les violeurs, les maris qui fracassent leurs femmes, les connards qui pensent être intouchables. Mais pas les enfants. Jamais. On a nos règles. Inflexibles. Pas de gamins. Pas d’ados. Même si on nous balance des millions sur la table.
— Ça fait longtemps qu’on n’a pas fait de protection, marmonne Drew en nous servant un verre. Les gens préfèrent payer pour faire supprimer le problème… plutôt que le protéger.
— C’est moins cher et plus rapide, dit mon père sans lever les yeux de sa tablette. Et puis souvent, la protection, c’est les fédéraux qui s’y collent.
Je roule des yeux. La protection… mon putain de cauchemar.
— Je me suis encore pas remis de la dernière protection, dis-je en m’enfonçant dans ma chaise.
Drew éclate de rire. Il doit encore m’imaginer en garde du corps baby-sitter, coincé avec la princesse de seize ans. Je l’ai surveillée jour et nuit pendant deux semaines ! Deux semaines ! J’ai failli l’étrangler plus d’une fois. Protéger des gens… c’est pas pour moi. Je préfère buter des salopards que de babysitter des bourgeois capricieux. Mais son père, gros PDG aux poches pleines et au slip serré, nous a offert un contrat qui aurait fait se lever un mort. Sa fille recevait des menaces de mort... Alors j’ai fait le job. On a fini par découvrir que le maître-chanteur était un ancien actionnaire frustré du père, décidé à se venger en menaçant la fille.
On l’a chopé.
On l’a fait parler.
Puis on l’a… réglé.
Comme toujours.
Normalement, c’est Drew qui gère la protection, mais il n'était pas libre. Il a la patience pour ça. Lui, il parle avant de cogner. Moi ? Je préfère cogner et ensuite décider si ça valait la peine de parler.
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SECRET LIES
RomansaLa vie paisible d'Ella prend un tournant sinistre du jour au lendemain, lorsque sa mère disparaît et que son beau-père sombre dans les vices de l'alcool et des jeux. Pour payer les dettes qui s'accumulent et protéger sa famille, Ella se retrouve con...
